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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Ce fut une nuit sans fantômes, dit-il. Ce désert n’est-il pas censé être hanté ?

— C’est après le col que commencent les véritables difficultés, répondit le petit homme.

Ils continuèrent d’aller de l’avant durant les premières heures de la journée. Dinitak servit un petit déjeuner frugal, pain sec et vin aigre. En se retournant, Dekkeret eut une vue superbe ; le terrain s’étalant en pente au-dessous de lui comme un grand tablier fauve, succession de plis, de crevasses et de rides, la ville de Tolaghai à peine visible en contrebas, ses maisons en désordre blotties les unes contre les autres, et au nord l’immensité de la mer s’étendant jusqu’à l’horizon. Le ciel était sans nuages et le bleu était tellement rehaussé par les teintes ocre de la terre qu’il semblait presque être une seconde mer au-dessus de Dekkeret. La chaleur augmentait déjà. Au milieu de la matinée, elle était presque intolérable, mais le flotteur conduit par la Skandar continuait à gravir imperturbablement les pentes de la montagne. Dekkeret s’assoupissait de temps à autre, mais il était impossible de dormir dans le véhicule exigu. Allaient-ils avancer toute la journée après l’avoir fait toute la nuit ? Il ne posa pas de questions. Mais juste au moment où la lassitude et l’inconfort devenaient insoutenables, Khaymak Gran engagea brusquement le flotteur sur une courte voie de dégagement et fit halte.

— Notre premier campement, annonça Barjazid.

Au bout de la voie de dégagement, une saillie rocheuse s’élevait du sol du désert, formant un abri voûté. Devant l’abri, ombragée à cette heure du jour, se trouvait une vaste étendue sablonneuse qui avait manifestement été maintes fois utilisée comme emplacement de campement. À la base de la formation rocheuse Dekkeret vit une tache sombre où de l’eau suintait mystérieusement du sol, pas exactement une source jaillissante mais utile et bienvenue pour les voyageurs assoiffés dans ce terrible désert. L’endroit était idéal. Et manifestement tout le trajet du premier jour avait été calculé pour les y amener avant le plus fort de la chaleur.

La Skandar et le jeune Barjazid sortirent des nattes de paille d’un compartiment du flotteur et les étalèrent sur le sable ; le déjeuner fut servi, des morceaux de viande séchée, un fruit acidulé et de l’hydromel skandar chaud ; puis, sans un mot, les deux Barjazid, le Vroon et la Skandar s’étendirent sur leur natte et sombrèrent instantanément dans un profond sommeil. Dekkeret resta seul, se curant les dents pour en retirer un fragment de viande. Maintenant qu’il pouvait dormir, il n’avait plus du tout sommeil. Il se promena au bord du campement, regardant les étendues désertiques brûlées par le soleil juste au-delà de la zone d’ombre. Il n’y avait pas un animal en vue et même les plantes, chétives et pitoyables, semblaient essayer de s’enfoncer dans le sol. Les versants abrupts des montagnes s’élevaient au sud ; le col ne pouvait être loin. Et après ? Et après ?

Il essaya de dormir. Des images importunes le harcelaient. Golator Lasgia se tenait au-dessus de sa natte, si proche qu’il eut l’impression de pouvoir lui prendre la main et de l’attirer vers lui, mais elle se déroba d’un bond et s’évanouit dans la brume de chaleur. Il se revit pour la millième fois dans la forêt des Marches de Khyntor, poursuivant sa proie, visant et se mettant soudain à trembler. Il chassa cela et se retrouva avançant le long de la grande muraille de Normork, les poumons remplis d’air frais et délectable. Mais ce n’étaient pas des rêves, seulement des images décousues et des réminiscences fugaces. Le sommeil ne voulut pas venir avant un long moment, et quand il vint, il fut profond, sans rêve et bref.

Des sons étranges l’éveillèrent : des bourdonnements, des chants, des instruments de musique au loin, les bruits faibles mais distincts d’une caravane composée de nombreux voyageurs. Il crut entendre des cloches tinter et des tambours résonner. Pendant quelque temps, il resta immobile, tendant son oreille, essayant de comprendre. Puis il se dressa sur son séant, cligna des yeux et regarda autour de lui. Le crépuscule était arrivé. Il avait dormi durant les heures où la chaleur était la plus forte et l’ombre s’allongeait maintenant de l’autre côté. Ses quatre compagnons étaient debout et rangeaient les nattes. Dekkeret dressa l’oreille pour découvrir la source des bruits. Mais ils semblaient provenir de partout, ou de nulle part. Il se souvint de l’histoire que lui avait racontée Golator Lasgia, les fantômes du désert qui chantent le jour, troublant les voyageurs et leur faisant perdre le bon chemin avec leurs cliquetis et leur musique.

— Quels sont ces bruits ? demanda-t-il à Barjazid.

— Des bruits ?

— Vous n’entendez pas ? Des voix, des cloches, des pas, les bruits de nombreux voyageurs.

— Vous parlez des chants du désert, fit Barjazid, l’air amusé.

— Les chants des fantômes ?

— C’est peut-être cela. Ou simplement les bruits de voyageurs descendant la montagne, faisant cliqueter des chaînes et frappant sur des gongs. Qu’est-ce qui est le plus vraisemblable ?

— Ni l’un ni l’autre, répondit Dekkeret d’un ton morose. Il n’y a pas de fantômes dans le monde où je vis. Mais il n’y a pas non plus de voyageurs sur cette route, à part nous.

— En êtes-vous sûr, Initié ?

— Qu’il n’y a pas de voyageurs, ou pas de fantômes ?

— Les deux.

Dinitak Barjazid, qui était resté à l’écart en écoutant cette conversation, s’approcha de Dekkeret.

— Avez-vous peur ? demanda-t-il.

— L’inconnu est toujours inquiétant. Mais pour l’instant, j’éprouve plus de curiosité que de peur.

— Alors je vais satisfaire votre curiosité. Quand la chaleur du jour diminue, les escarpements rocheux et les sables libèrent leur chaleur et, en refroidissant, ils se contractent et émettent des sons. Ce sont les tambours et les cloches que vous entendez. Il n’y a pas de fantômes ici.

Barjazid père fit un geste brusque. Le garçon s’éloigna paisiblement.

— Vous ne vouliez pas qu’il me raconte cela, n’est-ce pas ? demanda Dekkeret. Vous préférez que je pense qu’il y a des fantômes tout autour de moi.

— Cela m’est égal, répliqua Barjazid en souriant. Croyez l’explication qui vous paraît la plus réconfortante. Vous trouverez des fantômes en quantité suffisante, je vous l’assure, de l’autre côté du col.

7

Toute la soirée du steldi, ils gravirent la route sinueuse qui se lançait à l’assaut du versant de la montagne et atteignirent le col de Khulag vers minuit. L’air y était plus frais, car ils étaient à plus de mille mètres au-dessus du niveau de la mer et les vents apportaient un peu de soulagement à l’étuve. Le col était une large brèche dans la muraille de la montagne, et d’une profondeur surprenante ; ce n’est que le soldi matin de bonne heure qu’ils achevèrent la traversée et commencèrent la descente vers le désert plus vaste de l’intérieur.

Dekkeret fut abasourdi par ce qui s’étendait devant lui. À la vive clarté de la lune, il contempla une scène d’une incomparable tristesse, telle que les terres situées de l’autre côté du col paraissaient être des jardins. L’autre désert était un désert de pierres, mais celui-ci était un désert de sable, un océan de dunes interrompu çà et là par des surfaces dégagées de sol ferme jonché de pierraille. Il n’y avait presque pas de végétation, pas du tout sur les dunes et quelques plantes pitoyablement chétives partout ailleurs. Et la chaleur ! Du bassin obscur qui s’étendait devant eux remontaient des souffles d’air incroyablement brûlants, d’air qui paraissait privé de tout élément nutritif, d’air cuit et recuit. Dekkeret était sidéré de savoir que quelque part dans cette fournaise se trouvaient des pâturages. Il essaya de se souvenir de la carte qu’il avait vue dans le bureau de l’Archiregimand : la région d’élevage formait une ceinture entourant le cœur du désert, mais là, en contrebas du col de Khulag, un bras de la zone désertique centrale avait réussi à empiéter sur elle – c’était cela. De l’autre côté de cette bande à l’impressionnante stérilité s’étendait une zone verdoyante d’herbages où paissait le bétail, du moins il priait pour qu’il en fût ainsi.

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