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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Qu’est-ce que c’était ? demanda Dekkeret.

Barjazid avait l’air troublé, ce qui ne lui ressemblait guère.

— Rien. Ce n’est qu’un jouet.

Barjazid sembla faire un signe. Du coin de l’œil Dekkeret vit Khaymak Gran se relever et étendre les bras vers lui, mais avant que la lourde Skandar ne l’atteigne, Dekkeret s’était écarté et avait fait le tour du flotteur à toute allure pour se retrouver aux côtés de Barjazid. Le petit homme s’occupait encore de son appareil compliqué. Dekkeret, le dominant de toute sa taille, saisit vivement la main de Barjazid et la fit brusquement passer derrière son dos. Puis il sortit l’appareil du compartiment de rangement et l’examina.

Maintenant, tout le monde était réveillé. Le Vroon regardait ce qui se passait avec des yeux ronds et le jeune Dinitak, sortant un couteau qui n’était pas sans rappeler celui du rêve de Dekkeret, lui lança un regard furieux.

— Lâchez mon père, dit-il.

Dekkeret fit pivoter Barjazid pour se faire un rempart de son corps.

— Dites à votre fils de ranger ce couteau, ordonna-t-il.

Barjazid garda le silence.

— Soit il laisse tomber son couteau, soit je fracasse l’objet que je tiens à la main, dit Dekkeret. Choisissez.

Barjazid grogna à son fils l’ordre d’obéir. Dinitak lança le couteau dans le sable presque aux pieds de Dekkeret et ce dernier, faisant un pas en avant, le tira vers lui et le repoussa du pied derrière lui. Il balança l’appareil devant le visage de Barjazid ; c’était un objet d’or, de cristal et d’ivoire, délicatement ouvragé, avec des fils et des contacts électriques mystérieux.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Dekkeret.

— Je vous l’ai dit. Un jouet. Je vous en prie… donnez-le-moi, avant que vous le cassiez.

— Quelle est la fonction de ce jouet ?

— Il me distrait durant mon sommeil, répondit Barjazid d’une voix rauque.

— De quelle manière ?

— Il améliore mes rêves et les rend plus intéressants.

Dekkeret regarda plus attentivement l’appareil.

— Si je le mets sur mon front, améliorera-t-il mes rêves ?

— Il ne vous fera que du mal, Initié.

— Expliquez-moi ce qu’il vous apporte.

— C’est très difficile à expliquer.

— Essayez. Efforcez-vous de trouver les mots. Comment êtes-vous devenu un personnage de mon rêve, Barjazid ? Vous n’aviez rien à faire dans ce rêve-là.

Le petit homme haussa les épaules.

— J’étais dans votre rêve ? dit-il, l’air mal à l’aise. Comment pourrais-je savoir ce qui se passait dans votre rêve ? Tout le monde peut être dans les rêves de tout le monde.

— Je pense que cet appareil a pu vous aider à y apparaître. Et a pu vous aider à savoir ce que je rêvais.

Pour toute réponse, Barjazid garda un silence lugubre.

— Décrivez-moi le fonctionnement de cet appareil, dit Dekkeret, ou je le réduis en miettes dans ma main.

— Je vous en prie…

Les gros doigts robustes de Dekkeret se refermèrent sur l’une des parties à l’aspect le plus fragile de l’appareil. Barjazid retint son souffle et son corps se raidit sous la poigne de Dekkeret.

— Alors ? demanda Dekkeret.

— Vous avez deviné juste. Il… il me permet de pénétrer dans l’esprit des dormeurs.

— Vraiment ? Et où avez-vous déniché cet appareil.

— Il est de ma propre invention. Une idée que j’ai perfectionnée au fil des ans.

— Comme les machines de la Dame de l’Ile ?

— Différent. Plus puissant. Elle ne peut que s’adresser aux esprits ; je peux lire les rêves, contrôler leur forme et exercer dans une grande mesure ma domination sur l’esprit d’une personne endormie.

— Et vous avez entièrement fabriqué cet appareil ? Vous ne l’avez pas volé sur l’Ile ?

— Je l’ai fabriqué tout seul, murmura Barjazid.

Une vague de colère submergea Dekkeret. Pendant un instant, il eut envie de broyer l’appareil de Barjazid dans sa main et de mettre Barjazid lui-même en charpie. En se souvenant de toutes les demi-vérités de Barjazid, de ses faux-fuyants et de ses vrais mensonges, en songeant à la manière dont Barjazid s’était immiscé dans ses rêves, dont il avait gratuitement déformé et transformé le repos réparateur dont Dekkeret avait si grandement besoin et dont il avait interposé des couches de peurs, de tourments et de doutes dans ce présent de la Dame, son sommeil bienfaisant, Dekkeret éprouva une fureur meurtrière à s’être fait violer et manipuler de la sorte. Son cœur se mit à battre la chamade, sa gorge se dessécha, sa vue se brouilla. Sa main se resserra sur le bras tordu de Barjazid jusqu’à ce que le petit homme se mette à geindre et à pousser des cris plaintifs. Plus fort… encore plus fort… pour le briser…

Non.

La colère de Dekkeret atteignit son point culminant, y resta en équilibre pendant quelques instants avant de basculer et de décroître lentement jusqu’à ce qu’il retrouve son calme. Petit à petit, l’apaisement le gagna, son haleine redevint égale, le martèlement dans sa poitrine diminua. Il ne relâcha son étreinte sur Barjazid que lorsqu’il se sentit totalement calmé. Puis il lâcha le petit homme et le poussa en avant contre le flotteur. Barjazid tituba et s’agrippa au bord incurvé du véhicule. Toutes les couleurs semblaient s’être retirées de son visage. Il massa délicatement son bras meurtri et leva les yeux vers Dekkeret avec une expression où se lisaient à la fois la terreur, la douleur et le ressentiment. Dekkeret étudia soigneusement l’étrange instrument, passant doucement le bout de ses doigts sur ses éléments élégants et compliqués. Puis il fit mine de s’en ceindre le front.

— Non ! souffla Barjazid.

— Que va-t-il se passer ? Vais-je l’abîmer ?

— Oui. Et vous allez vous faire du mal.

Dekkeret hocha la tête. Il doutait que Barjazid bluffât, mais il ne tenait pas à le découvrir.

— Il n’y a pas de voleurs de rêves changeformes cachés dans ce désert, c’est bien cela ? dit-il au bout d’un moment.

— C’est bien cela, murmura Barjazid.

— Il n’y a que vous qui vous livrez secrètement à des expériences sur l’esprit des voyageurs ?

— Oui.

— Et qui causez leur mort.

— Non, dit Barjazid. Je ne voulais tuer personne. S’ils sont morts, c’est parce qu’ils ont pris peur et ont été bouleversés, parce qu’ils ont été frappés de panique et qu’ils sont partis dans des endroits dangereux… parce qu’ils ont commencé à marcher dans leur sommeil, comme vous…

— Mais ils sont morts parce que vous vous étiez immiscé dans leur esprit.

— Qui peut en être sûr ? Certains sont morts, d’autres pas. Je ne désirais faire périr personne. Souvenez-vous, quand vous vous êtes égaré, nous nous sommes mis avec diligence à votre recherche.

— Je vous avais engagé pour me guider et me protéger, dit Dekkeret. Les autres étaient d’innocents inconnus auxquels vous vous êtes attaqué de loin, n’est-ce pas ?

Barjazid ne répondit pas.

— Vous saviez que vos expériences avaient pour résultat direct de faire périr des gens et vous les avez poursuivies.

Barjazid haussa les épaules.

— Depuis combien de temps vous livrez-vous à cela ?

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