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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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Dormant mais conscient, observant le Dekkeret du rêve, il attendait la consommation, l’union du Dekkeret du songe avec la Dame du songe, l’immolation dans le volcan qui apporterait la révélation d’une vérité, un instant de connaissance conduisant à la félicité. Mais c’est alors que quelque chose d’étrange se produisit dans le rêve, comme si un voile s’étendait. Les couleurs perdirent leur éclat ; les visages s’estompèrent. Il continua de descendre le versant de la montagne en courant, mais il se mit à trébucher, il perdait l’équilibre et s’étalait de tout son long, il s’écorchait les mains et les genoux sur les pierres brûlantes du désert, puis il s’écarta de la bonne direction, se déplaçant obliquement au lieu de continuer à suivre la ligne de pente, incapable de progresser. Il avait été sur le point d’atteindre au bonheur, mais celui-ci était maintenant hors de portée et il en éprouvait de l’anxiété, de la stupéfaction et de la détresse. Le ravissement que le rêve avait semblé promettre s’effaçait. Les couleurs vives furent noyées dans une grisaille générale et tout mouvement cessa : il restait pétrifié sur le flanc de la montagne, le regard fixé sur le cratère mort en contrebas, et cette vue le fit trembler et ramener ses genoux sur sa poitrine et il resta dans cette position en sanglotant jusqu’à ce qu’il s’éveille.

Il cligna des yeux et se mit sur son séant. Le crâne lui élançait affreusement, il avait les yeux irrités et il sentait une forte tension dans sa poitrine et ses épaules. Ce n’était pas ce que les rêves, même les plus terrifiants, étaient censés provoquer, un résidu tenace de malaise, de confusion et de peur. C’était le début de l’après-midi et le soleil aveuglant était haut au-dessus de la cime des arbres. Près de lui étaient allongés Khaymak Gran et le Vroon, Serifain Reinaulion ; un peu plus loin se trouvait Dinitak Barjazid. Ils paraissaient dormir profondément. Dekkeret ne vit pas l’aîné des Barjazid. Il se retourna, pressa ses joues contre le sable chaud à côté de la natte et s’efforça de se détendre. Il savait que quelque chose avait cloché dans son sommeil, qu’une force obscure s’était ingérée dans son rêve, en avait subtilisé la vertu et lui avait infligé une souffrance à la place. Ainsi c’était donc cela qui faisait dire que le désert était hanté. Qu’il y avait des voleurs de rêves. Il se roula en boule. Il se sentait souillé, utilisé, violé. Il se demanda s’il allait en être de même pour chaque période de sommeil, à mesure qu’ils s’enfonçaient plus profondément dans cet horrible désert ; il se demanda si cela pouvait même devenir pire.

Au bout d’un moment, Dekkeret se rendormit. Il fit d’autres rêves, fragmentaires, indistincts et isolés, dénués de rythme et de forme. Il n’y attacha aucune importance. Quand il se réveilla, le jour touchait à sa fin et les bruits du désert, les bruits des fantômes lui parvenaient, des tintements, des murmures et des rires lointains. Il se sentait plus fatigué que s’il n’avait pas fermé l’œil.

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Rien n’indiquait que le sommeil des autres eût été perturbé. En se levant, ils saluèrent Dekkeret comme à leur habitude – la gigantesque et taciturne Skandar pas du tout, le petit Vroon avec d’aimables murmures indistincts et force tortillements et entrelacements de tentacules, les deux Barjazid d’un bref signe de tête –, et s’ils savaient que l’un d’entre eux avait été tourmenté dans ses rêves, ils n’en parlèrent pas. Après le petit déjeuner, Barjazid père s’entretint rapidement avec Serifain Reinaulion pour déterminer quelle route ils allaient suivre cette nuit-là, puis ils partirent une nouvelle fois au clair de lune.

Je vais faire comme s’il ne s’était rien passé d’extraordinaire, décida Dekkeret. Je ne vais pas leur montrer que je suis vulnérable à ces fantômes.

Mais ce fut une résolution de courte durée. Alors que le flotteur traversait une région de lacs asséchés où d’étranges bosses pierreuses gris-vert s’élevaient par milliers, Barjazid se tourna soudain vers lui et rompit un long silence.

— Avez-vous fait de beaux rêves ? demanda-t-il.

Dekkeret comprit qu’il ne pouvait dissimuler sa fatigue.

— J’ai passé de meilleures nuits, grommela-t-il.

Les yeux brillants de Barjazid restaient inexorablement fixés sur lui.

— Mon fils prétend que vous avez gémi dans votre sommeil, que vous vous êtes retourné à plusieurs reprises et que vous vous êtes étreint les genoux. Avez-vous senti le contact des voleurs de rêves, Initié ?

— J’ai senti dans mes rêves la présence d’une force inquiétante. Je ne saurais dire si c’était le contact des voleurs de rêves.

— Voulez-vous me décrire vos sensations ?

— Êtes-vous donc un interprète des rêves, Barjazid ? lança Dekkeret avec une brusque flambée de colère. Pourquoi vous laisserais-je fouiller et fouiner dans mon esprit ? Mes rêves n’appartiennent qu’à moi !

— Du calme, du calme, beau chevalier. Je ne voulais pas être indiscret.

— Alors laissez-moi tranquille.

— Je suis responsable de votre sécurité. Si les démons de ce désert ont commencé à atteindre votre esprit, il est dans votre propre intérêt de m’en informer.

— Alors ce sont des démons ?

— Des démons, des fantômes, des esprits, des Changeformes rebelles, peu importe, fit Barjazid avec agacement. Les êtres qui s’attaquent aux voyageurs endormis. Vous ont-il attaqué ou non ?

— Mes rêves n’étaient pas agréables.

— Je vous demande de me dire de quelle manière.

Dekkeret poussa un long soupir.

— Je croyais recevoir un message de la Dame, un rêve de paix et de joie. Mais il a progressivement changé de nature, vous voyez ? Il s’est assombri et est devenu chaotique, toute la joie s’en est retirée et la fin du rêve était bien pire que le début.

— Oui, oui, dit Barjazid en hochant gravement la tête. Ce sont les symptômes. Un contact avec l’esprit, une invasion du rêve, une troublante superposition, une perte d’énergie.

— Une sorte de vampirisme ? suggéra Dekkeret. Des créatures qui sont à l’affût dans ce désert et absorbent la force vitale des voyageurs sans méfiance ?

— Vous tenez à faire des suppositions, dit Barjazid en souriant. Je n’émets aucune sorte d’hypothèse, Initié.

— Avez-vous senti cette agression dans votre sommeil ?

— Non, non, jamais, répondit le petit homme en fixant bizarrement Dekkeret.

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