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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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Que Mahaut fût le seul pair de France excepté de cette correspondance prouvait assez ses relations avec Édouard, et que celui-ci ne jugeait pas de besoin de l’avertir officiellement de l’affaire.

Robert, en décachetant le pli qui lui était destiné, entra en grande joie et arriva, tout s’esclaffant et se frappant les cuisses, chez sa cousine d’Angleterre. La bonne histoire, et bien faite pour qu’il la savourât ! Ainsi le roi Édouard envoyait chevaucheurs aux quatre coins du royaume pour instruire chacun de ses déboires conjugaux, défendre son ami de cœur et clamer son impuissance à faire rentrer son épouse au foyer. Infortuné pays d’Angleterre ; en quelles mains d’étoupe le sceptre de Guillaume le Conquérant était-il tombé ! Depuis les brouilles de Louis le Pieux et d’Aliénor d’Aquitaine, on n’avait rien ouï de meilleur !

— Faites-le bien cornard, ma cousine, criait Robert, et sans s’y mettre de gantelet, et que votre Édouard soit forcé de se courber en deux pour passer les portes de ses châteaux. N’est-ce pas, cousin Roger, que voilà tout ce qu’il mérite ?

Et il frappait gaillardement l’épaule de Mortimer.

Édouard, dans son emportement, avait aussi décidé des mesures de rétorsion, confisquant les biens de son demi-frère le comte de Kent et ceux du Lord de Cromwell, chef d’escorte d’Isabelle. Mais il avait fait plus : il venait de sceller un acte par lequel il s’instituait « gouverneur et administrateur » des fiefs de son fils, duc d’Aquitaine, et réclamait en son nom les possessions perdues. Autant dire qu’il réduisait à néant et le traité négocié par sa femme, et l’hommage rendu par son fils.

— Libre à lui, libre à lui, dit Robert d’Artois. Nous allons donc lui reprendre une nouvelle fois son duché, du moins ce qu’il en reste. Les arbalètes de la croisade commencent à se rouiller !

Nul besoin, pour ce faire, de lever l’ost ni d’expédier le connétable dont l’âge durcissait les jointures ; les deux maréchaux, à la tête des troupes permanentes, suffiraient bien à aller cogner un peu, en Bordelais, sur les seigneurs gascons qui avaient la faiblesse, la sottise, de demeurer fidèles au roi d’Angleterre. Cela devenait une habitude. Et l’on trouvait, chaque fois, moins de monde en face de soi.

La lettre d’Édouard II fut l’une des dernières que lut Charles de Valois, l’un des derniers échos qui lui parvinrent des affaires du monde.

Monseigneur Charles mourut au milieu de ce mois de décembre ; ses obsèques furent pompeuses, comme l’avait été sa vie. Toute la maison de Valois, dont on s’aperçut mieux de la voir ainsi en cortège combien elle était nombreuse et importante, toute la famille de France, tous les dignitaires, la plupart des pairs, les reines veuves, le Parlement, la Chambre des Comptes, le connétable, les docteurs de l’Université, les corporations de Paris, les vassaux des fiefs d’apanage, les clergés des églises et abbayes inscrites sur le testament, conduisirent jusqu’à l’église des Franciscains, pour qu’il y fût couché entre ses deux premières épouses compagnes, le corps, rendu bien léger par la maladie et par l’embaumement, de l’homme le plus turbulent de son temps.

Les entrailles, ainsi que Valois en avait disposé, furent transportées en l’abbaye de Chaâlis, et le cœur, enfermé dans une urne, remis à la troisième épouse pour attendre le moment où elle aurait elle-même une sépulture.

Sur quoi le royaume subit une extrême froidure, comme si les os de ce prince, d’y avoir été descendus, faisaient geler d’un coup la terre de France. Il serait aisé pour les gens de cette époque de se rappeler l’année de sa mort ; ils n’auraient qu’à dire : « C’était au temps du grand gel. »

La Seine était entièrement prise par les glaces ; on traversait à pied ses petits affluents, tels le ruisseau de la Grange Batelière ; les puits étaient gelés, et l’on puisait aux citernes non plus avec des seaux mais avec des haches. L’écorce des arbres craquait dans les jardins ; des ormes se fendirent jusqu’au cœur. Les portes de Paris connurent quelques grands dégâts, le froid ayant fait éclater même les pierres. Des oiseaux de toutes sortes, qu’on ne voyait jamais dans les villes, des geais, des pies, cherchaient leur nourriture sur le pavé des rues. La tourbe de chauffage se vendit à prix double et l’on ne trouvait plus fourrure dans les boutiques, ni une peau de marmotte, ni un ventre de menu-vair, ni même une simple toison de mouton. Il mourut beaucoup de vieillards et beaucoup d’enfants dans les demeures pauvres. Les pieds des voyageurs gelaient dans leurs bottes ; les chevaucheurs délivraient leur courrier avec des doigts bleus. Tout trafic fluvial était arrêté. Les soldats, s’ils avaient l’imprudence d’ôter leurs gants, laissaient la peau de leurs mains collée sur le fer des armes ; les gamins s’amusaient à persuader les idiots de village de poser la langue sur un fer de hache. Mais ce qui devait demeurer surtout dans les mémoires était une grande impression de silence parce que la vie paraissait arrêtée.

À la cour, l’an neuf fut célébré de façon assez discrète, en raison à la fois et du deuil et du gel. On s’offrit néanmoins le gui, et l’on échangea les cadeaux rituels. Les comptes du Trésor laissaient prévoir pour l’exercice qui se clôturerait à Pâques[39] un excédent de recettes de soixante-treize mille livres – dont soixante mille provenaient du traité d’Aquitaine – sur lequel Robert d’Artois se fit allouer huit mille livres par le roi. C’était bien justice, puisque, depuis six mois, Robert gouvernait le royaume pour le compte de son cousin. Il activa la nouvelle expédition de Guyenne, où les armes françaises remportèrent une victoire d’autant plus rapide qu’elles ne rencontrèrent pratiquement aucune résistance. Les seigneurs locaux, qui essuyaient une fois de plus la colère du suzerain de Paris contre son vassal de Londres, commencèrent à regretter d’être nés Gascons.

Édouard, ruiné, endetté, et qui se heurtait à des refus de crédit, n’avait plus les moyens d’expédier des troupes pour défendre son fief ; il envoya des bateaux pour ramener sa femme. Celle-ci venait d’écrire à l’évêque de Winchester afin qu’il en fit part à tout le clergé anglais :

« Vous, ni autres de bon entendement, ne devez croire que nous laissâmes la compagnie de notre seigneur sans trop grave cause et raisonnable, et si ce ne fut pour un péril de notre corps par ledit Hugh qui a le gouvernement de notre dit seigneur et de tout notre royaume et nous voudrait déshonorer comme nous en sommes bien certaine pour l’avoir éprouvé. Si longtemps que Hugh sera comme il est, tenant notre époux en son gouvernement, nous ne pourrons rentrer au royaume d’Angleterre sans exposer notre vie et celle de notre très cher fils à péril de mourir. »

Et cette lettre se croisa justement avec les nouveaux ordres qu’au début de février Édouard adressait aux shérifs des comtés côtiers. Il les informait que la reine et son fils, le duc d’Aquitaine, envoyés en France dans un désir de paix, avaient, sous l’influence du traître et rebelle Mortimer, fait alliance avec les ennemis du royaume ; de ce fait, au cas où la reine et le duc d’Aquitaine débarqueraient des nefs par lui, le roi, envoyées, et seulement s’ils arrivaient avec de bonnes intentions, sa volonté était qu’ils fussent reçus courtoisement, mais s’ils débarquaient de vaisseaux étrangers, et montrant des volontés contraires aux siennes, l’ordre était de n’épargner que la reine et le prince Édouard, pour traiter en rebelles tous les autres qui sortiraient des navires.

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Rappelons que l’année traditionnelle commençait au premier janvier alors que l’année administrative commençait à Pâques.

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