La Louve de France
- Автор: Дрюон Морис
- Серия: les rois maudits #5
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 9782253004066
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:
Le retour précipité de l’évêque Stapledon à Londres justifia toutes les craintes d’Édouard et lui montra l’urgence qu’il y avait à faire revenir sa femme. Encore fallait-il agir avec habileté et, comme disait Hugh le Vieux, endormir la louve si l’on voulait qu’elle regagnât le repaire. Aussi les lettres d’Édouard pendant quelques semaines furent celles d’un époux aimant, qu’affligeait l’absence de sa compagne. Les Despensers eux-mêmes participaient à ce mensonge en adressant à la reine des protestations de dévouement et en se joignant aux supplications du roi pour qu’elle leur accordât la joie de son prompt retour. Édouard avait également chargé l’évêque de Winchester d’user de son influence auprès de la reine.
Mais le 1er décembre, tout changea. Édouard, ce jour-là, fut saisi d’une de ces colères soudaines et démentes, une de ces rages, si peu royales, qui lui donnaient l’illusion de l’autorité. L’évêque de Winchester venait de lui transmettre la réponse de la reine ; celle-ci répugnait à regagner l’Angleterre par la crainte que lui inspiraient les entreprises de Hugh le Jeune ; elle avait d’ailleurs fait part de cette crainte à son frère le roi de France. Il n’en fallut pas plus. Le courrier qu’Édouard dicta à Westminster, pendant cinq heures d’affilée, allait plonger les cours d’Europe dans la stupéfaction.
Et d’abord il écrivit à Isabelle elle-même. Il n’était plus question, à présent, de « doux cœur ».
« Dame, écrivit Édouard, souventes fois nous vous avons mandé, aussi bien avant l’hommage qu’après, que pour le grand désir que nous avons que vous fussiez auprès de nous et le grand mésaise de votre longue absence, vous vinssiez par devers nous en toute hâte et toutes excusations cessantes.
« Avant l’hommage, vous étiez excusée pour cause de l’avancement des besognes ; mais depuis lors vous nous avez mandé par l’honorable père évêque de Winchester que vous ne viendriez point, par peur et doute de Hugh Le Despenser, ce dont nous sommes grandement étonné ; car vous envers lui et lui envers vous vous êtes toujours faits louanges en ma présence, et nommément à votre départir, par promesses spéciales et autres preuves de confiante amitié, et encore par vos lettres particulières qu’il nous a montrées.
« Nous savons de vérité, et vous le savez également, Dame, que ledit Hugh nous a toujours procuré tout l’honneur qu’il a pu ; et vous savez aussi que oncques nulle vilenie ne vous fît depuis que vous êtes ma compagne, sinon, et par aventure, une seule fois, et par votre faute, veuillez vous en souvenir.
« Trop nous déplairait, à présent que l’hommage a été rendu à notre très cher frère le roi de France et que nous sommes en si bonne voie d’amitié avec lui, que vous fussiez, vous que nous envoyâmes pour la paix, cause de quelque distance entre nous et pour des raisons inexactes.
« C’est pourquoi nous vous mandons, et chargeons, et ordonnons, que toutes excusations cessantes et feints prétextes, vous reveniez à nous en toute hâte.
« Quant à vos dépenses, quand vous serez venue comme femme doit faire à son seigneur, nous en ordonnerons de telle manière que vous n’ayez faute de rien et ne puissiez en rien être déshonorée.
« Aussi voulons et vous mandons que vous fassiez notre très cher fils Édouard venir par devers nous à plus de hâte qu’il pourra, car nous avons moult grand désir de lui voir et parler.
« L’honorable père en Dieu Wautier, évêque d’Exestre,[38] nous a fait entendre naguère que certains de nos ennemis et bannis, lorsqu’ils étaient devers vous, le guettèrent pour vouloir faire mal à son corps s’ils en avaient eu le temps, et que, pour échapper à tels périls, il se hâta devers nous sur la foi et l’allégeance qu’il nous devait. Nous vous mandons ceci pour que vous entendiez que ledit évêque, lorsqu’il partit si soudainement de vous, ne le fit pour autres raisons.
« Donné à Westminster le premier jour de décembre 1325.
Édouard. »
Si la fureur éclatait dans le début de la missive et le mensonge ensuite, le venin était bien savamment placé à la fin.
Une autre lettre, celle-ci plus courte, était adressée au jeune duc d’Aquitaine :
« Très cher fils, si jeune et de tendre âge que vous soyez, remembrez-vous bien ce dont nous vous chargeâmes et que vous commandâmes à votre départir de nous, à Douvres, et ce que vous nous répondîtes alors, dont nous vous avons su moult bon gré, et ne dépassez ou contrevenez en nul point ce dont nous vous chargeâmes alors.
« Et puisqu’il est ainsi, que votre hommage est reçu, présentez-vous devers notre très cher frère le roi de France votre oncle, et prenez votre congé de lui, et venez par devers nous en la compagnie de notre très chère compagne la Reine votre mère, si elle vient tantôt.
« Et si elle ne vient pas venez en toute hâte sans plus longtemps demeurer ; car nous avons très grand désir de vous voir et parler ; et ce ne laissez de le faire en aucune manière, ni pour mère, ni pour autrui. Notre bénédiction. »
Les redites, ainsi qu’un certain désordre irrité des phrases montraient bien que la rédaction n’avait pas été confiée au chancelier ni à quelque secrétaire, mais était l’œuvre du roi lui-même. On pouvait presque entendre la voix d’Édouard dictant ces messages. Charles IV le Bel n’était pas oublié. La lettre qu’Édouard lui adressait reprenait et presque terme pour terme, tous les points de la lettre de la reine.
« Vous avez entendu par gens dignes de foi, que notre compagne la Reine d’Angleterre n’ose venir par devers nous par peur de sa vie et doute qu’elle a de Hugh Le Despenser. Certes, très aimé frère, il ne convient pas qu’elle se doute de lui ni de nul autre homme vivant en notre royaume ; car, par Dieu, il n’y a ni Hugh ni autre vivant en notre territoire qui mal lui voulut et, s’il nous venait de le sentir, nous le châtierions en manière que les autres en prendraient exemple, ce dont nous avons assez le pouvoir, Dieu merci.
« C’est pourquoi, très cher et très aimé frère, encore vous prions spécialement, pour honneur de vous et de nous, et de notre dite compagne, que vous veuillez tout faire pour qu’elle vienne par devers nous le plus en hâte qu’elle pourra ; car nous sommes moult chagriné d’être privé de la compagnie d’elle, chose que nous n’eussions en nulle manière faite sinon par la grande sûreté et confiance que nous avions en vous et en votre bonne foi qu’elle reviendrait à notre volonté. »
Édouard exigeait également le retour de son fils, et dénonçait les tentatives d’assassinat imputables aux « ennemis et bannis au-delà » dirigées contre l’évêque d’Exeter.
Certes, la colère de ce 1er décembre avait dû être forte et les voûtes de Westminster en répercuter longtemps les échos criards. Car, pour le même motif et sur le même ton, Édouard avait écrit encore aux archevêques de Reims et de Rouen, à Jean de Marigny, évêque de Beauvais, aux évêques de Langres et de Laon, tous pairs ecclésiastiques, aux ducs de Bourgogne et de Bretagne, ainsi qu’aux comtes de Valois et de Flandre, pairs laïcs, à l’abbé de Saint-Denis, à Louis de Clermont-Bourbon, grand chambrier, à Robert d’Artois, à Miles de Noyers, président de la Chambre aux Comptes, au connétable Gaucher de Châtillon.
38
Wautier (ou Wauter, ou Vautier, selon les rédactions différentes) pour Walter. Il s’agissait toujours du Lord Trésorier Stapledon, Walter de son prénom. L’original de cette lettre, ainsi que des suivantes, est en français.