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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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Mahaut s’était rapprochée du groupe anglais. Elle avait salué Isabelle d’un regard où luisait une vieille haine, souri au petit prince Édouard comme si elle l’eût voulu mordre, et enfin elle avait regardé Robert.

— Mon bon neveu, te voilà bien en peine ; c’était un vrai père pour toi… dit-elle à voix basse.

— Et pour vous aussi, ma bonne tante, c’est là un coup navrant, répondit-il de même. Vous comptez à peu près le même nombre d’ans que Charles. L’âge où l’on meurt…

Dans le fond de la salle, on entrait, on sortait. Isabelle s’aperçut soudain que l’évêque Stapledon avait disparu ; ou plus exactement qu’il était en train de disparaître, car elle le vit qui franchissait la porte, de ce mouvement onctueux, glissant et assuré qu’ont les ecclésiastiques pour traverser les foules. Et le chanoine d’Hirson, le chancelier de Mahaut filait dans son sillage. La géante suivait du regard cette sortie elle aussi, et les deux femmes se surprirent dans leur commune observation.

Isabelle aussitôt se posa d’inquiètes questions. Que pouvaient avoir à se dire Stapledon, l’envoyé de ses ennemis, et le chancelier de la comtesse ? Et comment se connaissaient-ils, alors que Stapledon était arrivé de la veille ? Les espions d’Angleterre avaient travaillé du côté de Mahaut, ce n’était que trop évident. « Elle a toutes raisons de vouloir se venger et me nuire, pensait Isabelle. J’ai dénoncé autrefois ses filles… Ah ! Comme je voudrais que Roger fût là ! Que n’ai-je insisté pour qu’il vienne ! »

Les deux ecclésiastiques en vérité n’avaient guère eu de peine à se joindre. Le chanoine d’Hirson s’était fait désigner l’envoyé d’Édouard.

— Reverendissimus sanctissimusque Exeteris episcopus ? lui avait-il demandé. Ego canonicus et comitisso Artesiensis cancellarius sum.[35]

Ils avaient mission de s’aboucher à la première occasion. Cette occasion venait de se présenter. À présent, assis côte à côte dans une embrasure de fenêtre, au retrait de l’antichambre, et leur chapelet en main, ils conversaient en latin, comme s’ils se fussent envoyé les répons des prières pour les agonisants.

Le chanoine d’Hirson possédait la copie d’une très intéressante lettre d’un certain évêque anglais qui signait « O », adressée à la reine Isabelle, lettre qui avait été dérobée à un commerçant italien pendant son sommeil, dans une auberge d’Artois. Cet évêque « O » conseillait à la destinataire de ne point revenir pour l’heure, mais de se faire le plus de partisans qu’elle pourrait en France, de réunir mille chevaliers et de débarquer avec eux pour chasser les Despensers et le mauvais évêque Stapledon. Thierry d’Hirson avait sur lui cette copie. Monseigneur Stapledon souhaitait-il en prendre connaissance ? Un papier passa du camail du chanoine aux mains de l’évêque, qui y jeta les yeux et y reconnut le style habile, précis, d’Adam Orleton. Si Lord Mortimer, ajoutait celui-ci, prenait le commandement de l’expédition, toute la noblesse anglaise se rallierait en quelques jours.

L’évêque Stapledon se rongeait le coin du pouce.

— Ille baro de Mortuo Mari concubinus Isabellæ reginæ aperte est,[36] précisa Thierry d’Hirson.

L’évêque d’Exeter en voulait-il des preuves ? Hirson lui en fournirait quand il voudrait. Il suffisait d’interroger les serviteurs, de faire surveiller les entrées et sorties du palais de la Cité, de demander simplement leur avis aux familiers de la cour.

Stapledon enfouit la copie de la lettre dans sa robe, sous sa croix pectorale.

Monseigneur de Valois, pendant ce temps, avait nommé les exécuteurs de son testament. Son grand sceau, fait d’un semis de fleurs de lis entouré de l’inscription : « Caroli regis Franciæ filli, comitis Valesi et Andegaviae »[37] s’était imprimé dans la cire coulée sur les lacets qui pendaient au bas du document. L’assistance commençait à évacuer la chambre.

— Monseigneur, puis-je présenter à votre haute et sainte personne ma nièce Béatrice, damoiselle de parage de la comtesse ? dit Thierry d’Hirson à Stapledon en désignant la belle fille brune, au regard coulant et aux hanches ondoyantes, qui s’approchait d’eux.

Béatrice d’Hirson baisa l’anneau de l’évêque ; puis son oncle lui dit quelques mots à voix basse. Elle rejoignit alors la comtesse Mahaut et lui murmura :

— C’est chose faite, Madame.

Et Mahaut, qui se tenait toujours à proximité d’Isabelle, avança sa grande main pour caresser le front du jeune prince Édouard.

Puis chacun repartit pour Paris. Robert d’Artois et le chancelier, parce qu’ils avaient à veiller aux tâches de gouvernement. Tolomei, parce que ses affaires l’appelaient. Mahaut, parce que, sa vengeance mise en route, elle n’avait plus rien à faire là. Isabelle, parce qu’elle désirait au plus tôt parler à Mortimer, les reines veuves parce qu’on n’eût pas su où les loger. Même Philippe de Valois eut à regagner Paris, pour l’administration de ce gros comté dont il était déjà le tenant de fait.

Il ne resta auprès du moribond que sa troisième épouse, sa fille aînée la comtesse de Hainaut, ses plus jeunes enfants et ses proches serviteurs. Guère plus de monde qu’autour d’un petit chevalier de province, alors que son nom et ses actes avaient tant agité le monde, depuis les bords de l’Océan jusqu’aux rives du Bosphore.

Et le lendemain, Monseigneur Charles de Valois respirait toujours, et le surlendemain encore. Le connétable Gaucher avait vu juste ; la vie continuait à se battre dans ce corps foudroyé.

Toute la cour, pendant ces jours-là, se transporta à Vincennes, pour l’hommage que le jeune prince Édouard, duc d’Aquitaine, rendit à son oncle Charles le Bel.

Puis, à Paris, une pièce d’échafaudage chut tout près de la tête de l’évêque Stapledon ; une passerelle, le lendemain, se rompit sous les fers de la mule du clerc qui le suivait. Un matin qu’il s’éloignait de son logis à l’heure de la première messe, Stapledon se trouva nez à nez dans une rue étroite avec Gérard de Alspaye, l’ancien lieutenant de la tour de Londres, et le barbier Ogle. Les deux hommes paraissaient se promener, insouciants. Mais sort-on de chez soi à pareille heure, simplement pour entendre chanter les oiseaux ? Dans une encoignure se tenait aussi un petit groupe d’hommes silencieux parmi lesquels Stapledon crut reconnaître le visage chevalin du baron Maltravers. Un convoi de maraîchers qui encombra la chaussée permit à l’évêque anglais de regagner précipitamment sa porte. Le soir même, sans avoir fait aucun adieu, il prenait la route de Boulogne, pour aller secrètement s’embarquer.

Il emportait, outre la copie de la lettre d’Orleton, de nombreuses preuves rassemblées pour convaincre de complot et de trahison la reine Isabelle, Mortimer, le comte de Kent et tous les seigneurs qui les entouraient.

Dans un manoir d’Ile-de-France, à une lieue de Rambouillet, Charles de Valois, abandonné de presque tous et reclus dans son corps comme déjà dans un tombeau, existait toujours. Celui qu’on avait appelé le second roi de France n’était plus attentif qu’à l’air qui pénétrait ses poumons d’un rythme irrégulier, avec par instants d’angoissantes pauses. Et il continuerait de respirer cet air, dont toute créature se nourrit, de longues semaines encore, jusqu’en décembre.

TROISIÈME PARTIE

LE ROI VOLÉ

I

LES ÉPOUX ENNEMIS

Depuis huit mois, la reine Isabelle vivait en France ; elle y avait appris la liberté et rencontré l’amour. Et elle avait oublié son époux, le roi Édouard. Celui-ci n’existait plus en ses pensées que d’une façon abstraite, comme un mauvais héritage laissé par une ancienne Isabelle qui eût cessé d’être ; il avait basculé dans les zones mortes du souvenir. Elle ne se rappelait même plus, lorsqu’elle voulait s’y forcer pour aviver ses ressentiments, l’odeur du corps de son mari, ni la couleur exacte de ses yeux. Elle ne retrouvait que l’image vague et brouillée d’un menton trop long sous une barbe blonde, et l’onduleux, le désagréable mouvement du dos. Si la mémoire fuyait, la haine en revanche restait tenace.

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35

Très révérend et saint évêque d’Exeter ?… Moi, je suis chanoine et chancelier de la comtesse d’Artois.

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36

Le baron Mortimer vit ici en concubinage ouvert avec la reine Isabelle.

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37

De Charles, fils de roi de France, comte de Valois et d’Anjou.

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