Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
Mais Shimon était pétrifié par la sensation qu’il éprouvait. “Tu n’as jamais eu une femme, se disait-il. Ton épouse n’était pas une femme et toi, tu n’as jamais été un homme. Un vrai homme.” Il sentit jusqu’au tréfonds de lui toute sa faiblesse. Il fit mine de s’écarter, décidé à empoigner son épée, quand la fille, comme si elle le devinait, le saisit par les flancs et l’attira à elle. Shimon se retrouva couché sur le lit. La fille lui baissa le pantalon, releva sa jupe sur ses hanches et monta sur lui. Elle lui prit la main et l’appuya sur ses seins. Puis elle commença à bouger, allant et venant, se frottant sur le membre mou de Shimon.
Elle haletait : « Oh, oui… comme ça… tu sens comme je te veux ? Oui, tu me fais jouir… oui… » Mais le pénis de Shimon ne semblait pas vouloir se gonfler ni grandir. Il se dit qu’avec son épouse, qui n’était pas une femme, il n’avait jamais failli. Et que là, avec cette fille superbe, il n’y arrivait pas. C’était absurde. Il sentit la peur revenir dans son âme, avec cette sensation de solitude qu’il n’avait jamais voulue admettre. Il était une nullité.
La fille, toujours gémissant, s’écarta de lui et descendit avec sa bouche entre ses jambes. Shimon sentit la chaleur. Le mouvement. Il n’avait jamais pensé qu’une chose pareille pourrait lui arriver. Il en avait entendu parler mais ne l’avait jamais vécu. C’était merveilleux, il parvenait à se le représenter, et pourtant il ne se passait rien. Il ferma les yeux, porta la main à son front.
Comment était-il possible qu’il se sente si faible, si insignifiant ?
En cet instant il perçut un geste anormal. Quelque chose le mit en alarme. Il ouvrit brusquement les yeux.
La fille empoignait l’épée mais n’était pas encore prête à frapper. Shimon lui lança un coup de genou et se dressa sur ses pieds, ce qui la surprit. Il lui prit l’épée et la brandit au-dessus d’elle.
La fille savait qu’elle allait mourir. Elle avait raté sa seule chance.
Shimon tenait l’arme au-dessus de sa tête et regardait la fille, qui se protégeait instinctivement avec les mains. Et alors il se vit, avec son pénis tout mou, trempé de la salive de la fille. Il s’imagina, avec cette épée brandie et son pantalon baissé. Et il ressentit de la douleur, pour lui-même. Parce qu’il allait tuer la fille avec ce membre sorti et flasque. Et qu’il avait espéré — il ne se l’avoua qu’à cet instant — faire l’amour avec elle, dès la première fois, et même après qu’elle l’avait trahi, volé, ridiculisé. Même quand elle avait dit au Général qu’il la dégoûtait, il l’avait désirée. Elle avait toujours été plus forte. Et elle le resterait, quand bien même il lui trancherait la tête. À cause de ce pénis flasque, qui avait eu peur d’une femme à laquelle il ne pouvait pas prétendre.
Il porta sa main à son entre-jambe, honteux. Puis il baissa son arme.
La fille le regarda sans comprendre.
Shimon remonta son pantalon, arracha le drap, en fit des bandes et lui noua les mains et les pieds.
Non, il ne la tuerait pas. Il n’en avait pas le courage. Pas aujourd’hui.
Il monta dans la chambre du Général et la mit sens dessus dessous jusqu’à ce qu’il ait trouvé ses bottes, son manteau et son or. Il y avait ses cinq florins, plus cinq autres pièces d’or et une vingtaine en argent. Et des bijoux d’homme et de femme. Il regarda dans les armoires, prit des vêtements qui pourraient lui être utiles et les chargea dans la voiture de Scavamorto qu’il trouva dans la grange avec le petit cheval arabe.
Dans la cuisine, il s’empara de touts les vivres possibles. Les vieilles femmes avaient disparu. Il prit du papier et une plume, et se rendit compte alors qu’il avait voulu écrire un mot pour la fille.
Les larmes lui montèrent aux yeux. “Tu es vraiment un faible”, se dit-il.
Il sortit, désespéré, se sentant plus seul que jamais, monta sur le siège et fouetta le cheval qui s’élança aussitôt avec nervosité.
Quand il repassa à l’endroit où le coche pénitentiaire avait été attaqué, le soleil se couchait presque.
Sur la petite esplanade entourée de hêtres séculaires, deux grands loups rôdaient, inquiets et furtifs. À l’arrivée de la voiture, ils se réfugièrent dans les bois. Shimon pleurait encore, sans bruit. Il alluma une lanterne. Le petit cheval était inquiet, et ne cessait de taper des sabots sur le sol et de hennir. Dans les fourrés brillèrent une dizaine d’yeux rouges. Les deux loups qu’il avait vus n’étaient que les plus courageux. Il tendit l’oreille. Les autres étaient tapis dans l’obscurité et grognaient, tourmentés par l’odeur du sang.
Shimon ouvrit la bouche et poussa son sifflement effrayant. Puis il fit claquer le fouet en l’air.
Dans le bois, les loups hurlèrent.
Shimon quitta la clairière en se demandant s’il aurait la force de continuer, de mener jusqu’au bout sa recherche et sa vengeance, de tuer Mercurio.
La fille lui avait montré combien il était faible.
Les cris féroces des loups qui se disputaient la chair humaine résonnèrent dans la hêtraie et s’élevèrent jusqu’à la lune.
Mais Shimon ne les entendit pas. Il n’avait dans les oreilles que le rire de la fille. Il était sûr qu’en ce moment elle riait de lui.
26
La vieille femme, soutenue par une jolie jeune fille, entra d’un pas hésitant dans la boutique de l’orfèvre sur le campo San Bartolomeo. Elle s’arrêta à deux pas du comptoir, appuyée sur sa canne, avec une expression douloureuse. Elle serra les dents, ferma à demi les paupières, devint toute rouge.
« Vous vous sentez mal, madame ? », demanda l’orfèvre.
La vieille serrait les dents, secouait la tête.
« Vous vous sentez mal ? », répéta l’homme, inquiet.
Tout à coup elle lâcha un pet sonore.
L’orfèvre rougit. Il regarda la jeune fille qui l’accompagnait et reçut en réponse un sourire.
« Ah, quelle libération ! », soupira la vieille femme. Les traits de son visage, cachés par un chapeau qui lui tombait sur le front et par un maquillage lourd, à base de blanc de céruse, se détendirent. Elle s’approcha du comptoir et parla, laissant voir des dents noires et pourries. « Montre-moi des bagues de valeur, dépêche-toi. »
L’orfèvre demeura interdit. Certes, la vieille n’était pas mal accoutrée. Et même, pour ce qu’on pouvait en voir sous le voile, elle portait une série de colliers avec des pierres énormes qui devaient valoir une fortune. Mais il ne l’avait jamais vue jusque là. L’orfèvre déplaça son regard vers la jeune fille, qui lui sourit de nouveau, un sourire presque effronté.
« Putain ! », cria la vieille, qui s’était tournée au même instant et l’avait vue lui sourire. Elle leva sa canne et, sans pitié aucune, l’abattit sur le dos de la jeune fille, qui s’était promptement tournée. « Tu n’es qu’une putain !
— Madame… permettez-moi… », intervint timidement l’orfèvre.
La vieille le regarda avec une expression hargneuse, la canne encore levée.
L’homme, d’instinct, fit un pas en arrière.
La vieille se tourna de nouveau vers la jeune fille. « Putain », répéta-t-elle dans un sifflement mauvais. Puis elle se tourna vers l’orfèvre. « Ce n’est pas une servante, c’est une putain, mon cher. Et elle est en train de t’embobiner toi aussi, je parierais. Méfie-toi. Elle n’est pas du genre à garder les jupons baissés et les jambes serrées. »
L’homme déglutit, gêné.
« Alors, cette bague ? le houspilla la vieille. Ou je dois changer de boutique ? Tu n’es pas le seul orfèvre à Venise, je suppose.