Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
Shimon sourit, tandis que l’aube commençait à poindre entre les hêtres. Son destin était changé. Et il le devait peut-être à Mercurio qui, en le détroussant, l’avait ruiné. Il l’avait obligé à affronter sa propre nature, étouffée pendant des années. C’était grâce à lui, en fait, qu’il avait enfreint la loi et s’était procuré une arme, qu’il l’avait enfoncée dans le corps d’un ennemi en hurlant sa haine, sa colère, sa rébellion. Contre les hommes et contre Dieu. Au fond, c’était grâce à ce voyou qui, avec cette même arme, lui avait ôté la parole que Shimon en avait une, plus forte encore, qui sortait de son cœur, de ses viscères, de son être de chair et de sang.
Oui, c’était grâce à Mercurio. Et il le remercierait comme il se devait.
Mais pour l’instant il devait remercier la fille qui l’avait fait se sentir aussi stupide, et lui avait donné une leçon. Parce qu’il savait maintenant, après des années et des années de léthargie, ce que ça voulait dire d’être vivant. Il avait senti ce qu’on peut vraiment éprouver pour une femme. Senti la chair entre ses jambes se gonfler de passion. Senti jusqu’à l’ivresse de désobéir à sa propre peur. De risquer. Oui, le risque : il était au centre de la nouvelle ivresse de Shimon. Et les faits avaient prouvé que l’homme qui prend des risques est aidé par les Dieux. Peut-être pas le Dieu des Juifs, mais Shimon avait fermé cette porte aussi. Il était sourd au Dieu de ses pères. De nouveaux dieux, païens, sanguinaires, bestiaux, l’avaient protégé. Ils lui avaient fait un cadeau extraordinaire. Injustement condamné à être jeté en prison, il avait été libéré par des événements indépendants de sa volonté. Gracié une seconde fois. Il s’était reconnu dans le brigand qui lui avait sauvé la vie. À cet instant-là, il n’avait pas ressenti la peur de la mort. Il avait ressenti de la colère, peut-être, parce qu’il avait une tâche à accomplir. Mais de la peur, non. Il avait franchi une limite, passé une frontière maintenant. Aucun retour en arrière n’était possible.
Il se leva et se rinça le visage. Il voulut laver aussi son épée, mais cette lame noircie par le sang séché lui donnait un sentiment de puissance. Aussitôt en selle, il éperonna son cheval.
Près de l’auberge, il attacha le cheval à un chêne vert et s’assit sur le sol pour réfléchir. À part le Général et la fille, il y avait dans l’auberge deux vieilles femmes et trois valets d’écurie. Mais c’était la fille qui l’intéressait.
Après quelque temps, il vit que deux valets montaient dans une charrette tirée par un mulet et s’éloignaient. Et qu’aussitôt après le troisième poussait une brouette en direction des bois. C’était le moment d’agir.
Le Général était assis devant l’auberge, sous une pergola où il s’était fait porter une carafe de vin. Il but et essuya sa barbe blanche, puis sortit de sa ceinture une pipe courte qu’il bourra.
Pendant qu’il était occupé à l’allumer, Shimon arriva derrière lui. Il le prit par la mèche qui lui retombait sur le front, lui souleva la tête et posa la lame de l’épée sur son cou rugueux. D’un mouvement rapide, il enfonça la lame dans la chair du Général.
Une des deux femmes, qui sortait avec le déjeuner du vieil homme, hurla, lâchant assiette et couverts. Puis elle se pencha, ramassa le couteau et tenta de poignarder Shimon, qui la frappa sur la tête avec la poignée de l’épée. Elle gémit et s’écroula au sol. Shimon ne se soucia plus d’elle et entra dans l’auberge. L’autre vieille, à sa vue, tomba à genoux, fit un signe de croix et commença à prier. Shimon ne la regarda même pas. Il cherchait la fille. En passant devant une fenêtre, il la vit qui s’échappait.
Il sortit en courant et empoigna l’arbalète, qu’il avait déjà chargée. Il ne s’était jamais servi d’une arme pareille. Il respira à fond, s’agenouilla et visa. La fille avait traversé presque toute la cour et s’approchait de la grange. Si elle y arrivait, elle disparaîtrait de son angle de tir. Shimon posa l’index sur la détente et appuya.
Le trait jaillit avec violence, faisant vibrer l’air.
La fille lança un hurlement mais poursuivit sa course. Le trait l’avait frôlée et s’était planté dans le mur de la grange.
Quand Shimon vit qu’elle pénétrait dans le bois, il jeta l’arbalète et courut jusqu’à son cheval. Il monta en selle et la rattrapa en un instant. Il la frappa d’un grand coup de pied. La fille tomba et ne se releva pas. Elle haletait. Elle était écarlate, les yeux remplis de peur.
« Tu veux ton or ? Il est dans la chambre du Général, dit-elle, effrayée. Je voulais pas… je voulais pas… Il m’a forcée… »
Shimon lui fit signe de se remettre debout, puis la saisit par les cheveux et retourna à l’auberge, au pas de son cheval. La fille suivait en gémissant, les mains agrippées à celles de Shimon pour diminuer la tension douloureuse sur sa chevelure.
Ils passèrent devant le cadavre du Général. La fille cria puis éclata en sanglots. « Non… non… je t’en supplie… »
Shimon descendit de cheval. Il la regarda. Lui donna une gifle, avec violence. Il la tuerait, mais elle n’allait pas mourir aussi vite que le Général : elle devait souffrir. Comme Mercurio. Parce qu’ils l’avaient tous les deux humilié.
Il la poussa vers la pièce à l’arrière de l’auberge, là où elle l’avait drogué.
« Tu veux faire l’amour ? pleurnicha la fille. Tu veux faire l’amour ? »
Shimon ouvrit la porte d’un coup de pied, et tira son épée, qui dégouttait encore de sang. Il poussa violemment la fille à l’intérieur puis ferma la porte derrière eux.
Elle s’agenouilla à ses pieds, les mains jointes. « Ne me tue pas ! Ne me tue pas, je t’en supplie… » D’un geste soudain, elle ouvrit sa robe, arrachant les boutons et découvrant un sein généreux. « Tu veux faire l’amour ? » Elle s’approcha de lui, toujours à genoux, et se frotta contre ses jambes. « Tu veux faire l’amour ? répéta-t-elle. Prends-moi… prends moi… » Elle recula jusqu’au lit où Shimon avait perdu conscience. Elle s’y étendit, en se touchant les seins. « Regarde-moi. Je te plais ? Tu as envie de moi ? »
Shimon se dit qu’il aurait dû la tuer dans les bois. Il se sentait faible. Faible comme quand elle l’avait séduit. Il la regardait et pensait au matin précédent, quand on le faisait monter dans le coche pénitentiaire et qu’il l’avait vue défraîchie. Cette image lui revint à l’esprit et le troubla. Parce qu’elle n’était plus la jeune fille à laquelle il n’aurait jamais pu prétendre. Ce matin-là, il avait vu une femme qu’il aurait pu avoir. Et sur le moment, à la voir ainsi vaincue, en son pouvoir, il se sentit encore plus faible. Avant même de se le dire, il savait qu’il la désirait de tout son être.
Il jeta son épée et fit un pas vers la fille.
Elle releva sa jupe. « Oui, viens… oui… », murmura-t-elle en écartant les jambes et en découvrant une touffe de poils clairs. « Viens… je te veux… regarde comme je te veux… », continua la fille, et elle porta la main à sa bouche, se lécha les doigts et la descendit entre ses jambes.
Shimon sentit le sang courir dans tout son corps, comme un ressac : il montait à sa tête puis redescendait instantanément à son entre-jambe. Son cœur s’accélérait. Sa respiration devenait haletante. Il s’approcha encore.
La fille tendit la main et lui dénoua son pantalon, avec habileté. Elle avait l’habitude, pensa Shimon. Et de nouveau il se sentit faible. Et seul. La main de la fille saisit son membre. Elle commença à bouger, avec fougue, en essayant de faire se dresser la chair.