Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 41 42 43 44 45 46 47 48 49 ... 188
Перейти на страницу:

« Ce serait mieux que votre fille attende dehors, docteur, suggéra Donnola.

— Hors de question, répliqua Isacco. Ma fille va là où je vais. Qu’est-ce qui te passe par la tête ? Regarde autour de toi…

— Oui, mais à l’intérieur…

— On n’en parle même pas. Fin de la discussion », dit Isacco d’un ton catégorique. Je ne veux pas la laisser dehors.

Donnola haussa les épaules, ouvrit la porte de la taverne et entra. Isacco le suivit et Giuditta leur emboîta le pas.

Une odeur nauséabonde les agressa aussitôt, pire que celle de la ruelle : un fumet pestilentiel à base de transpiration, de dattes pourries, de fruits écrasés sur le sol et recuits par l’humidité et le sel, de poisson avarié, de poix et de bois, et de latrines jamais nettoyées. Et sur tout cela flottait l’odeur tenace du vin rance. La taverne était grande mais obscure, bien qu’on fût en plein jour. Devant les fenêtres pendaient de lourdes tentures sombres et les flammèches des lampes à huile étaient si basses qu’on distinguait à peine les visages. Dans un coin, Giuditta vit un ivrogne pisser le long d’un mur sans que personne ne lui dise rien. Tandis qu’elle avançait en suivant son père, elle voyait par éclairs un sein, une jupe qui se relevait sur un cul blanc. L’air bruissait de paroles obscènes, de rires vulgaires, de soupirs, de jurons. On aurait dit l’antichambre de l’enfer, pensa Giuditta, mal à l’aise.

Elle s’arrêta quand elle vit une main de femme se glisser sous la houppelande d’Isacco et lui tâter le membre à travers le tissu de son pantalon. « Tu l’as bien grosse, mon amour », dit une voix, comme récitant un couplet. Puis de l’obscurité émergea le visage d’une prostituée passé au blanc de céruse, les joues et les lèvres fardées de pourpre. « Je te suce pour un quart de rouge et une pièce de six bagattins. Une bouche comme la mienne, t’as jamais essayé. » Elle approcha une lampe de son visage. Elle sourit et montra une bouche privée de dents, aux gencives rougies. Giuditta fit un pas en arrière et cria. La femme disparut dans la pénombre et l’on n’entendit plus que son rire, suivi d’un autre rire aviné.

« Ma fille ne peut pas rester ici. Où nous as-tu amenés ? lança Isacco à l’adresse de Donnola.

— Je vous l’avais dit, Docteur.

— Tu aurais dû être plus clair ! explosa Isacco. Et toi, attends-moi dehors ! ordonna-t-il à Giuditta en l’emmenant rapidement à l’entrée de la taverne. J’en ai pour un instant. Ne t’éloigne pas et ne parle à personne. » Il la regarda. Elle était pâle. « Donnola est un crétin, et toi tu ressembles à un fantôme », marmonna-t-il. Puis il s’encadra dans la porte et cria : « Capitaine Lanzafame ! »

L’espace d’un instant, le silence se fit dans la gargote. Puis le bourdonnement reprit. Mais une silhouette imposante sortit de l’obscurité. « Ah, tu es là », dit Lanzafame d’une voix empâtée par le vin. Sa chemise était sortie, ouverte sur une poitrine couverte de cicatrices violacées.

Derrière lui surgit Donnola. « Vous nous avez fait demander… », dit-il.

Le capitaine acquiesça. « Allons dehors. »

Quand ils furent à l’air libre, Isacco regarda Lanzafame. Il y avait un fond de tristesse dans son visage, et comme une vieille blessure dans ses yeux.

« T’avise pas de me juger, Juif », dit rudement le capitaine, le doigt pointé sur lui.

Isacco regarda la taverne et haussa les épaules. Des endroits comme celui-là, il en avait vu des dizaines. Il y avait passé des journées entières. Et des hommes qui noyaient leurs pensées dans le vin, comme le capitaine, il en avait vu des centaines. Il avait été ce genre d’homme, lui aussi. « Ce que vous faites ne m’intéresse pas. »

Lanzafame soupira. « Eh bien, moi, je vais te le dire. Et je vais le dire à ta fille, qui est si jolie. Je fais ce que je fais parce que celui qui a été à la guerre, il a perdu son âme, il l’a vendue au diable, les remords le tourmentent et il doit se souiller jusqu’à la fin de ses jours pour expier les péchés qu’il a commis. » Il regarda Isacco. Puis Giuditta. Et enfin, il éclata de rire. « C’est ce genre de couillonnades que tu veux entendre, Juif ?

— Cessez de m’appeler juif », dit Isacco.

Le capitaine Lanzafame acquiesça vaguement, sans parler. « J’ai besoin de ta science, dit-il ensuite. Quelqu’un… qui va très mal. » Il lui mit la main sur l’épaule et lui parla à l’oreille. Son souffle sentait le vin épicé. La prise sur l’épaule devint agressive. « Si tu la tues, docteur… je te tue. » Il le fixait de ses yeux brouillés par la boisson. « Et l’autre condition, c’est que tu peux pas refuser. » Il éclata de rire à nouveau. Puis, d’un pas instable d’homme ivre, il partit devant eux sans se retourner. « Allons-y ! », lança-t-il.

Arrivés dans la ruga dei Speziali, ils entrèrent par une porte délabrée et montèrent quatre étages d’un escalier étroit et sombre. Le logement du capitaine était une mansarde, sale et dans un grand désordre. Une servante qui avait du mal à marcher, vieille et grasse, était venue ouvrir. Elle ressemblait à une bonne de curé et paraissait plus sale encore que la maison. Le plancher de bois brut était recouvert d’un bon doigt de poussière et de boue séchée. Il y avait une odeur désagréable, de fluides corporels et de nourriture qui a tourné.

« Elle est muette », expliqua le capitaine en désignant la vieille femme.

La servante regarda Isacco et montra son oreille.

« On en a rien à foutre que tu entendes, dit Lanzafame. De toute façon, on a pas l’intention de te parler. Bouge-toi, gros cul. » Le capitaine se tourna vers Donnola et Giuditta. « Vous, vous attendez ici. »

La vieille escorta Isacco et le capitaine jusqu’à une chambre au fond d’un bref couloir. L’odeur y était encore plus forte. Une femme, la trentaine, était couchée sur un lit. Elle avait l’air souffrante. Pâle, elle transpirait. Sur le dos de sa main, qu’elle tenait hors des couvertures, s’étendait une large plaie, ouverte presque jusqu’à l’os. Plus haut, sur le bras, une autre pustule sanguinolente, mais moins profonde.

« C’est votre femme ? demanda Isacco.

— Qui ? Elle ? » Lanzafame partit d’un rire grossier. Presque méprisant. Mais, comme si tout à coup il n’était plus saoul, les yeux pleins d’émotion et la voix basse, il dit : « Sauve-la. Je t’en supplie ».

25

Shimon avait décidé de ne pas chevaucher sur la route. Il voulait éviter de rencontrer des gardes de Sa Sainteté, dont il portait l’uniforme. Mais les fourrés étaient plus épais qu’il n’aurait cru et il ne fut de retour à l’auberge qu’à la nuit tombée.

Il décida d’attendre le lendemain et s’installa sur un rocher, à côté d’un torrent, où il alluma un feu. Il n’avait rien mangé, mais ne se sentait pas faible. Il but, fit boire son cheval, et se prépara à attendre le jour.

Il repensait aux événements de la veille, à la fille, à la désarmante facilité avec laquelle elle l’avait ferré. Aussi facilement que Mercurio, d’ailleurs. Shimon avait beau être plein de colère et de haine, être devenu un homme radicalement différent en abandonnant la peur qui le paralysait depuis toujours, il n’avait pas la moindre expérience de la vie. La seule difficulté qu’il eût jamais rencontrée était d’être né juif. Il avait hérité du fonds et des contacts commerciaux de son père, marchand comme lui, lequel avait hérité du fonds et des clients de son propre père. Aucun d’eux n’avait jamais souffert de la pauvreté, mais tous avaient été gouvernés par la peur. La peur de perdre ce qu’on a, la peur d’être juif dans un monde chrétien. La peur d’éprouver de la passion, de la colère, mais de la joie aussi. La peur de vivre.

1 ... 41 42 43 44 45 46 47 48 49 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)