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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Il ne sait pas encore qu’outre-Atlantique, Robert Dhéry pense à lui. Alors qu’avec Colette Brosset, le « patron » des Branquignols fait la promotion de La Belle Américaine dans différentes villes américaines, une tempête de neige contrarie tout décollage d’avion à Rochester. Coincé pendant trois jours dans l’aéroport, Dhéry n’a rien d’autre à faire… qu’à penser. Il laisse vagabonder son imagination au rythme de quelques souvenirs cocasses, et en ayant toujours en tête un vœu formulé par Louis quelques mois plus tôt : « Tu sais, mon rêve, ce serait de danser et de chanter dans une comédie musicale  ». Une idée en nourrissant une autre, Dhéry imagine dans un aéroport un petit monsieur assis sur une malle qui s’envolerait vers les cintres avec de la « zizique à trois temps, des hôtesses de l’air danseuses, des douaniers, des sketches pour voyageurs imaginaires et des refrains qu’on siffle ensuite dans sa salle de bains[207] ». Ce début d’histoire trottine lentement dans les méninges du metteur en scène qui, en pleine nuit, sort Colette Brosset de son sommeil en s’écriant : « Ça y est, j’ai trouvé. Ça s’appellera La Grosse Valse. Faut tout de suite avertir Louis pour qu’il arrête son marathon à la Porte Saint-Martin !  » Sans perdre une seconde, Dhéry lui fait expédier un télégramme rédigé en ces termes : « Idée comédie musicale pour toi. Stop. Ne signe rien. Stop. Pour l’hiver. Stop. Amitiés. Stop. Dhéry.  »

Le « petit bleu » arrive quelques minutes avant que Louis entre en scène. Il est encore dans sa loge quand Max Régnier l’en avertit par le téléphone intérieur. « Lisez-le-moi », lui lâche de Funès. On imagine aisément la réaction d’un Régnier qui tenait absolument à ne pas perdre sa « poule aux œufs d’or » ! En une seconde, il a compris que de Funès lui échappe et qu’il ne renouvellera pas son contrat. De fait, à l’issue du spectacle, sans rien connaître du sujet sur lequel travaille Robert Dhéry, Louis fait part de son intention de quitter le navire à un Max Régnier déconfit et en rage, d’autant qu’il ne voit pas quel comédien[208] pourrait faire aussi bien que ce diable de De Funès qui attire les foules et remplit le tiroir-caisse ! Ce soir-là, Louis est plus heureux qu’un gerfaut qu’on vient de décapuchonner… À lui la liberté. À lui le confort des Branquignols où il se sait aimé, voire chouchouté. À lui cet univers farfelu, déjanté et furieusement drôle où il se sent comme dans sa propre maison. À lui ce monde burlesque où il trouve toujours godasse… à son pied.

Sitôt terminée sa randonnée « oscarienne », Louis s’empresse de regagner Saint-Clair-sur-Epte où il ne perd pas une minute pour mettre un terme à l’invasion du chiendent, des orties et des liserons. Il en profite pour sabler le champagne en l’honneur de Patrick qui vient de décrocher son baccalauréat en sciences expérimentales avant de lui offrir, pour le récompenser, une Volkswagen Coccinelle noire. Il ne manque pas en cette occasion de sermonner Olivier afin qu’il suive les traces de son frère. Olivier n’a-t-il pas été renvoyé du collège Sainte-Barbe pour indiscipline et scolarisé en urgence à Sainte-Marie de Monceau ? Louis en profite également pour recevoir Robert Dhéry et Colette Brosset qui viennent lui en dire davantage sur cette Grosse Valse qui devrait, si tout va bien, être créée début octobre au Théâtre des Variétés. Il apprend ainsi qu’il y est question d’un douanier voulant empêcher l’arrivée de marchandises illicites à la descente de tous les avions atterrissant à Orly. Le sous-officier Roussel, personnage lâche et infâme, doit déjouer toutes les ruses et, surtout, concentrer sa surveillance sur une « grosse valise » censée être bourrée d’objets ou de substances interdits. Louis sait encore qu’il n’aura que peu de texte à se mettre en bouche — une quinzaine de lignes —, mais qu’il sera présent en permanence sur scène. Il devra bien évidemment chanter et danser. Tout cela lui convient à merveille et rendez-vous est pris pour la fin août pour les premières répétitions. Dans l’immédiat, Louis ne tarde pas à rejoindre Deauville non seulement pour son plaisir mais aussi pour être l’un des protagonistes du film de Francis Rigaud Nous irons à Deauville, produit par Ray Ventura.

Celui qui lança en France l’une des premières formations musicales à sketches — Ray Ventura et ses collégiens — dans les années trente, offrant à ses contemporains l’occasion de fredonner en chœur « Tout va très bien Madame la marquise », s’est reconverti depuis quelque temps au montage financier de longs métrages par le biais de sa société Hoche Productions. Il a notamment remporté un certain succès avec Nous irons à Paris en 1953. Aidé de ses complices habituels, Jacques Vilfrid pour le scénario et Paul Misraki pour la musique, Ventura souhaite profiter de l’engouement suscité par Deauville, devenue station balnéaire à la mode. Il confie au réalisateur quasi inconnu Francis Rigaud[209] d’assurer les prises de vues et fait en sorte de réunir une distribution où se croisent des vedettes du music-hall — Roger Pierre et Jean-Marc Thibault —, des chanteurs comme son neveu Sacha Distel et des habitués de la cité normande comme Eddie Constantine ou Fernand Raynaud. Pour les rôles principaux, il parvient à s’attirer les faveurs de Michel Serrault, de Claude Brasseur, des jeunes Pascale Roberts et Colette Castel[210] et d’un Louis de Funès ravi de travailler… à domicile. Si l’intrigue ne tient qu’à un fil — les tribulations d’un couple de vacanciers louant une villa en piteux état à Deauville —, en revanche les dialogues de Jacques Vilfrid ne manquent pas d’attirer l’attention de Louis, toujours à l’affût d’un bon auteur capable de lui offrir des répliques faisant mouche. Un tournage tranquille pendant lequel il fait aussi la connaissance de Michel Galabru lors d’un concours de pâtés de sable et où il se paie le luxe de demander à Jeanne d’être sa partenaire lors d’une joute verbale avec Michel Serrault et Pascale Roberts en automobilistes irascibles à la suite d’un accrochage. Bref, rien de très fatigant pour Louis qui se prépare physiquement à affronter les premières répétitions de La Grosse Valse au Théâtre des Variétés.

Trente comédiens[211], pas un de moins, pour entourer Louis de Funès dans ce qu’il faut bien appeler une superproduction théâtrale flirtant avec un budget de 15 millions de francs. Quelque cent dix costumes, une centaine de perruques, quatre faux chevaux, un « boxeur nègre électrique », sept éléphants roses en caoutchouc… et surtout une valise aux impressionnantes dimensions. Robert Dhéry privilégie le visuel au parlant. « Pour moi, dit-il aux nombreux journalistes qui lui rendent visite, le comique n’est pas un dialogue des mots mais une situation. C’est ce qui me paraît le plus efficace. Si un monsieur se promène sur un trottoir, plus il est riche, plus il est tiré à quatre épingles, plus il est prétentieux, plus il fait tournoyer sa canne avec suffisance, plus ce sera drôle de le voir tomber. Dans ce spectacle, les machinistes ont autant d’importance que les acteurs. Le mécanisme doit être réglé, huilé. J’essaie de faire quelque chose qui n’a jamais été fait et c’est toute la difficulté. Aussi mon inquiétude est grande car le plateau est encombré par des accessoires qui sont difficiles à mettre en place : un tapis roulant, quatre tuyaux d’égout, un automate… Après la situation, ce qui est capital pour moi c’est le rythme. Dans La Grosse Valse, qui est l’histoire d’un douanier à Orly, il y a unité de temps, de lieu et d’action. Ces entrées de clowns sont comme une pièce classique de Racine. Les deux heures et demie du spectacle correspondent exactement à ce qui peut se passer à Orly en deux heures et demie, si l’on est en présence d’un douanier particulièrement pointilleux. » Pour sa part, Louis de Funès souligne qu’il aime « jouer des rôles où je peux me mettre dans la peau d’un personnage qui cause des tracas à ses semblables. Ainsi, je peux rendre comique ceux qui ennuient l’humanité comme par plaisir[212] ».

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207

Robert Dhéry, op. cit., p. 239.

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208

C’est le comédien et metteur en scène Fred Pasquali qui le remplacera jusqu’à la 1200e représentation.

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209

Il a tourné son premier film, Les Nouveaux Aristocrates, l’année précédente.

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210

Alors épouse de l’animateur de radio José Artur.

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211

Outre Louis de Funès, Robert Dhéry et Colette Brossset, la troupe était composée de : Gaston Modot, Jean Roucher, Robert Burnier, Luis Bernardo, Alain Guttin, Guy Patrick, Mireille Chazal, Ariel Aucler, Guy Grosso, Jean Gras, Pierre Tornade, Marthe Serres, Janine de Waleyne, Bernard Gauthron, Liliane Montevecchi, Christian Leguillochet, Romuald Figuier, Jacques Legras, Annick Tanguy, Robert Destain, Michel Modo, Bernard Cara, Michèle Frascoli, Annick Jamois, André Badin, Sylvaine Siobud, Françoise Moncey et Roger Poirier.

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212

Louis de Funès à Hervé Balland in Paris-Match daté du 13 octobre 1962.

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