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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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— Et je m’efforce d’en convaincre Rashgallivak : c’est parce que tu l’as averti d’un danger imminent, Luet, que Wetchik s’est enfui, il ne s’agit pas d’une machination de sa part pour filer avec la fortune familiale. »

Luet comprit enfin ce qu’on attendait d’elle.

« J’ai en effet parlé à Nafai, dit-elle. Je l’ai prévenu que Gaballufix avait l’intention de tuer Wetchik et Roptat ; c’est du moins ce que mon rêve semblait indiquer. »

Rashgallivak hocha lentement la tête. « C’est insuffisant pour inculper Gaballufix, évidemment. À Basilica, on n’envoie pas les gens au tribunal, pas même les hommes, pour des actes demeurés à l’état d’intention. Mais cela suffit à me persuader de résister à Gaballufix et à ses tentatives de s’emparer des propriétés.

— J’ai été appariée avec Gabya autrefois, dit Rasa, et je le connais très bien. Je vous engage donc à prendre des mesures extraordinaires pour protéger cette fortune, les actifs liquides en particulier.

— Personne n’y touchera, sinon le chef de la maison de Wetchik, répondit Rashgallivak. Madame, je vous remercie, ainsi que vous, ô sage enfant ! »

Et il s’en alla sans un mot de plus. Il contrastait violemment avec les élégants – artistes, scientifiques, hommes de gouvernement et de finance – que Luet avait rencontrés jusque-là dans le salon de tante Rasa. Ceux-ci ne se décidaient jamais à partir, et Rasa était alors obligée de feindre la fatigue ou de prétexter des devoirs urgents à l’école (comme si le personnel enseignant n’avait pas la compétence voulue pour gérer les problèmes sans elle !) Mais il faut dire que Rashgallivak appartenait à une classe sociale qui ne lui permettait pas d’envisager raisonnablement un appariement avec quelqu’un comme tante Rasa, ni aucune de ses nièces.

« Je regrette que tu n’aies pu dormir plus longtemps, dit Rasa, mais je suis bien soulagée que tu te sois réveillée à un moment si opportun. »

Luet acquiesça. « La nuit dernière, j’ai tellement eu l’impression de dormir en marchant que j’avais peut-être besoin de moins de sommeil ce matin !

— Je te renverrais volontiers au lit sur-le-champ, reprit tante Rasa, mais j’ai d’abord une question à te poser.

— Je ne connais sûrement pas la réponse, ma dame, sauf si c’est un sujet qu’on a récemment étudié en classe.

— Allons ! ne fais pas semblant d’ignorer de quoi je parle, s’il te plaît.

— Allons ! n’allez pas imaginer que je comprends quelque chose de Surâme, moi ! »

Luet sentit immédiatement qu’elle avait parlé d’un ton trop désinvolte. Tante Rasa leva les sourcils, et ses narines se dilatèrent ; mais elle contint sa colère et reprit d’un ton calme : « Tu t’oublies, parfois, ma chérie. Tu prétends ne tirer aucun honneur de ce que Surâme t’a faite prophétesse, mais tu t’adresses à moi sur un ton d’impertinence qu’aucune femme de cette cité, jeune ou vieille, n’oserait employer. Que dois-je croire ? Tes humbles paroles ou tes manières orgueilleuses ? »

Luet inclina la tête. « Mes paroles, Maîtresse. Mes manières ne sont dues qu’à l’insolence naturelle d’une enfant. »

Tante Rasa éclata de rire. « C’est maintenant que j’ai le plus de mal à te croire ! Je vais néanmoins t’épargner mes questions, tout compte fait. Retourne te coucher, mais dans ton lit, cette fois ; personne ne viendra te déranger, je te le promets. »

Luet s’approchait de la porte quand elle s’ouvrit brusquement ; une jeune femme entra, repoussant Luet dans le salon.

« Mère, c’est abominable ! s’écria-t-elle.

— Sevet, je suis vraiment ravie de te revoir au bout de tant de mois – et sans un mot pour m’annoncer ta venue, ni même la courtoisie d’attendre que je t’invite dans mon salon ! »

C’était donc Sevet, la fille aînée de tante Rasa ! Luet ne l’avait vue qu’une fois auparavant. Suivant la coutume, Rasa n’élevait pas ses propres filles mais les confiait à sa grande amie Dhelembuvex ; Sevet, l’aînée donc, était appariée à un jeune savant de quelque renom – Vas, ou quelque chose dans le genre – mais cela n’avait pas gêné sa carrière de chanteuse, de plus en plus connue pour sa maîtrise des pichalnys, ces chants de deuil doux et mélancoliques d’ancienne tradition basilicaine. Cependant, il n’y avait rien de pichalny chez Sevet en ce moment ; elle était furieuse, tout autant que sa mère. Luet jugea préférable de quitter la pièce.

Mais tante Rasa ne l’entendait pas de cette oreille. « Reste, Luet. Je crois instructif que tu constates à quel point ma fille tient peu de sa mère, et pas davantage de sa tante Dhel. »

Sevet jeta un regard méprisant à Luet. « Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous vous occupez d’orphelines, maintenant ?

— Sa mère était une sainte femme, Sevya. Tu as déjà entendu prononcer le nom de Luet, j’imagine ? »

Sevet rougit brusquement. « Je vous demande pardon », souffla-t-elle.

Luet ne sut comment répondre : elle était effectivement orpheline et ne devait donc pas montrer que l’insulte de Sevet l’avait offensée.

Rasa lui évita de se creuser la tête. « Je vais considérer que l’une a demandé pardon et que l’autre l’a accordé ; maintenant, nous pouvons entamer notre conversation sur un ton plus civil.

— Bien sûr, dit Sevet. Mais comprenez que je viens directement de chez mon père.

— À en juger par la grossièreté de tes manières, j’imaginais bien que tu avais passé au moins une heure avec lui.

— Il enrage, le pauvre. Et comment en serait-il autrement, alors que sa propre compagne répand d’horribles mensonges sur lui ?

— Le pauvre, en effet, répondit tante Rasa. Je m’étonne néanmoins que la loque qui lui sert de compagne ait le courage de s’élever contre lui – ou assez d’esprit pour inventer un mensonge, d’ailleurs. Mais que dit-elle donc ?

— Mais non ! Je parlais de vous, évidemment, Mère, pas de sa compagne actuelle ! Personne n’y pense, à elle !

— Allons, étant donné que j’ai rompu il y a quinze ans le contrat de ce cher Gabya, il ne peut tout de même pas exiger que je m’abstienne de dire la vérité sur lui.

— Mère, vous êtes impossible !

— Je ne suis jamais impossible. Je m’autorise tout au plus à être parfois légèrement improbable.

— Vous êtes la mère des deux filles de Père, toutes deux plus qu’un peu célèbres ; ce sont les plus célèbres de tous vos enfants, et pour des motifs honorables, même si Korya n’en est qu’à ses débuts et qu’elle n’a pas encore sorti un seul myachik…

— Épargne-moi tes histoires de rivalité avec ta sœur, je te prie.

— Ce n’est que de son point de vue qu’il y a rivalité, Mère ; moi, la lenteur de ses débuts de chanteuse ne me préoccupe pas. Pour une soprano lyrique, c’est toujours plus difficile de se faire remarquer : il y en a tellement qu’il faut être une sœur bien loyale pour la distinguer des autres.

— Tu as raison, et je te donne toujours à mes nièces comme un exemple de loyauté. »

Un instant, Sevet rayonna ; puis elle s’aperçut que sa mère se moquait d’elle, et elle se rembrunit. « Vous êtes vraiment trop désagréable avec moi !

— Si ton père t’a envoyée pour me persuader de retirer mes remarques sur les événements de ce matin, tu peux lui dire que je sais de source indubitable ce qu’il projetait, et que s’il ne cesse pas de raconter partout que Wetchik méditait de l’assassiner, je présenterai mes preuves devant le conseil, moi, et le ferai bannir !

— Je ne peux… je ne peux pas dire ça à Père ! bredouilla Sevet.

— Alors, ne le lui dis pas, reprit tante Rasa. Il aura la surprise quand j’agirai.

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