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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Ce fut avec un sentiment de respect pieux, mais aussi avec cette volupté dont frissonnent les doigts de la jeune mère, «changeant» l’enfant bien-aimé, qu’il dépouilla ce pauvre petit corps glacé de ses vêtements encore humides pour l’envelopper doucement dans le premier drap chaud.

Il sentait, cette fois, le bien qu’il allait produire, il éprouvait ce bien en lui-même; son cœur était réchauffé en même temps que ces membres frêles et gracieux où la chaleur allait ramener la vie.

Suavita, en effet, au bout de quelques minutes, poussa un second soupir, bien faible encore, puis ses paupières battirent imperceptiblement.

Paul qui la contemplait en extase crut voir un peu de rose sous la peau diaphane de ses joues.

Il étendit le second drap sur le lit, et, développant sa chère enfant, sa fille, on peut le dire, avec précaution, il la coucha toute moite d’une douce chaleur entre les deux toiles tièdes.

Puis il arrangea la couverture, et avec quel soin! il drapa le bord du lit, il disposa l’oreiller. Il était heureux plus qu’un roi.

Et il avait déjà des fantaisies d’homme heureux. L’ambition le prenait.

Il se surprit à dire:

– Je donnerais n’importe quoi pour savoir son nom. N’importe quoi! voyez ce faste! n’avait-il pas assez de la voir vivre et de la sentir respirer?

Elle ouvrit les yeux cependant, et son regard vague se fixa devant elle.

Ses lèvres remuèrent, sans laisser échapper aucun son.

Paul écoutait passionnément, attendant une parole qui ne devait pas venir.

Il hésitait à parler lui-même.

– Vous sentez-vous mieux? demanda-t-il enfin d’une voix mal assurée.

Il eût mieux fait de ne point oser.

Suavita tressaillit de tous ses membres et une indicible terreur se peignit sur son visage contracté.

Ses lèvres s’agitèrent encore; on eût dit qu’elle voulait pousser un cri: un appel.

Aucun son ne sortit.

– Je vous en prie, murmura Paul désolé, ne vous effrayez pas…

Elle ferma les yeux, sa pâleur de morte était revenue.

Paul, désormais, retenait son souffle. Il pensait:

– Malheureux que je suis! c’est l’épouvante qui l’a tuée, et moi, je vais renouveler ses frayeurs!

Pendant plus d’une minute, il resta immobile et silencieux.

Par degrés, Suavita se calmait.

Après une autre minute écoulée, une nuance rose, moins fugitive, monta aux pommettes de l’enfant, qui leva ses deux bras à la fois et appuya ses mains sur son front dans une attitude pensive.

Les pauvres êtres qui ont perdu la raison font souvent ce geste qui trompe. Il est cruel à voir.

Chez Suavita, il était empreint d’une inimitable grâce.

Elle ouvrit les yeux lentement, et lentement elle les tourna vers Paul dont le cœur cessa de battre tant l’émotion le domptait.

C’étaient de grands yeux d’un bleu obscur.

Leur morne prunelle, en se fixant, donnait une sensation de froid.

Paul eut peine d’abord à soutenir ce regard de folle.

Mais bientôt ce regard changea d’expression. Si ce n’eût été là une chose insensée, Paul aurait juré que la fillette le reconnaissait, car il y eut sous les longs cils de sa paupière immobile un rayonnement doux et recueilli.

Une nuance d’étonnement passa parmi cette émotion inexplicable.

Puis l’enfant eut comme un vague sourire.

Ses longs cils retombèrent, la tête pesa davantage sur l’oreiller; le souffle s’égalisa et devint plus bruyant, tandis que la transpiration amenait des perles de moiteur sur le front ravivé.

Suavita s’était endormie, toujours tournée vers Paul, récompensé au centuple par son dernier regard.

La nuit était désormais fort avancée.

La première fois que Paul écouta l’heure, cinq coups tintèrent à l’horloge de la Sainte-Chapelle.

Au-dehors, les bruits de Paris naissaient.

Paul ouvrit sa fenêtre, parce qu’une odeur de linge brûlé emplissait la chambre. Le feu avait gagné les copeaux jetés tout autour du foyer, puis la chemise de l’enfant que Paul avait mise à sécher sur les chenets.

Il ne donna pas grande attention à l’accident. On pouvait pardonner au feu cette fredaine; il avait fait tant de bien.

Paul revint s’agenouiller près du lit et n’en bougea plus. Il n’avait pas changé de vêtements.

À vrai dire, depuis son retour, sa pensée ne s’était pas tournée un seul instant vers lui-même. Son linge et ses habits avaient séché sur son corps.

Une heure se passa, puis deux; le grand jour inondait la chambre de Paul, et Mme Soûlas, sa voisine, n’était pas encore rentrée.

Paul songeait à elle quelquefois; car la bonne dame avait part à ses calculs, c’était sur elle qu’il comptait pour donner à sa protégée ces soins qui n’appartiennent qu’aux femmes.

Mais il songeait surtout à l’enfant.

Dans sa pensée et en attendant qu’elle pût dire son nom, il l’appelait Blondette – depuis que le premier rayon du matin avait fait resplendir l’or de ses admirables cheveux.

Blondette dormait toujours. Elle dormait bien. Son sommeil était calme, presque souriant.

Depuis quelques instants, Paul souriait aussi: il souriait à un rêve.

Au-dessus de cette tête enfantine et blonde, une autre tête se penchait, brune et tout autrement belle.

Le cœur de Paul éprouvait un trouble où il y avait du plaisir et de la souffrance. C’était la première fois que la pensée d’Ysole venait le visiter, depuis qu’il avait voulu mourir, et la pensée d’Ysole amenait toujours en lui cette double sensation d’angoisse et de volupté.

Il murmura:

– Ce pauvre ange serait-il de trop entre nous deux? Puis il rougit, songeant avec amertume:

– Que lui importe ce qui se passe dans le grenier d’un inconnu? Elle aime.

Il eut froid; de toute la nuit il n’avait pas ressenti ce frisson qui lui perçait les os maintenant.

Il tâta ses vêtements qui étaient secs. En touchant le côté droit de sa poitrine, sa main rencontra, à travers l’étoffe de sa redingote, un papier dans sa poche.

Il le retira sans empressement. C’était la lettre à lui donnée, la veille au soir, par Mme Soûlas, et qu’il n’avait pas même regardée, à cette heure où il n’avait plus affaire à personne.

Il poussa un cri aussitôt que ses yeux eurent effleuré l’adresse.

– De mon frère! s’écria-t-il, de mon bien-aimé Jean!

Le cachet sauta et Paul poursuivit, le rouge de la joie au front:

– Embarqué pour la France! Il arrive.

Il se leva tout droit en ajoutant:

– Il est arrivé! arrivé d’hier soir!

XIX Maman Soûlas

Paris a bien changé depuis 1835. Marion est morte, la pauvre bête, incessamment insultée. M. Flamant, son maître, fit son oraison funèbre vers l’an quarante en ces termes:

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