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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Elle n’avait pas de mine; mais elle allongeait comme une divinité, la guenon!

M. Flamant est mort aussi. Le Pays latin a maintenant des calèches comme père et mère.

Les guenons vont dedans, dit l’histoire.

Le Pays latin a des boulevards magnifiques, des cafés fastueux. À peine reste-t-il un bout de la rue de la Harpe, comme une traînée de boue oubliée par les balayeuses au beau milieu d’une route impériale bien tenue.

Marion ne s’y reconnaîtrait plus, et M. Flamant, redivivus, s’y refuserait à lui-même une place de garçon d’écurie.

Mais étant donné, M. Flamant et son attelage, tous deux appartenant au quartier de la Sorbonne en 1835, nous ne surprendrons personne en constatant que Mme Soûlas, revenant de Saint-Germain, descendit au coin du quai des Orfèvres et de la rue de Jérusalem vers neuf heures du matin.

Il avait fallu le tour entier du cadran pour faire le voyage.

Mme Soûlas ne rentra pas tout de suite dans l’établissement du père Boivin, son propriétaire; elle avait bien autre chose en tête.

Tout le long de la route, ou du moins, depuis que le jour était venu, l’hôtesse de MM. les inspecteurs avait passé son temps à lire et à relire les deux lignes tracées par le général comte de Champmas au moment du départ:

«Ysole, Suavita, mes filles chéries, aimez et respectez celle qui vous portera ce mot, comme vous m’aimez, comme vous me respectez moi-même.»

Bien des fois ses yeux s’étaient mouillés.

– Ysole! s’était-elle dit, radotant à satiété ce mot délicieux qui jamais ne lasse les mères: ma fille! Elle était haute comme mon genou la dernière fois que je l’ai embrassée. Ah! je ne sais pas si j’ai bien fait, mais j’ai bravement souffert pour cette enfant-là… souffert, souffert, souffert!

Elle riait des larmes.

– Mlle de Champmas n’en saura jamais rien, poursuivait-elle. Tant mieux! Elle doit avoir bon cœur; ça lui mettrait du triste dans sa richesse et dans sa noblesse.

Le croiriez-vous? il y avait un grain d’amertume en ceci.

Vous ne pratiquerez jamais aucune amputation sans faire saigner et crier.

Thérèse Soûlas s’était opérée elle-même, héroïquement, mais la plaie énorme n’était pas guérie.

Il restait une blessure vive, incurable, à la place où était son bonheur de mère, avant l’amputation.

– Et l’autre enfant, reprenait-elle (mais alors, son bon sourire renaissait tout entier), la fille de la sainte femme! Y a-t-il assez longtemps que j’ai envie de la voir! Lui ressemble-t-elle? Ah! celle-là était belle sur son visage comme dans son âme!

Et le billet était relu encore, relu cent fois!

– «Celle qui vous portera ce mot…», c’est moi. Il me semble que si on m’avait montré maman, la pauvre chère femme, sans que je la connusse, mon cœur aurait sauté à son cou. Mais bien des gens disent que ce sont des folies. Me devinera-t-elle?… «Aimez-la!» Oh! oui, aimez-la; elle a fait de son mieux… «Respectez-la», respecter maman Soûlas qui cuit la soupe des chiens de garde! C’est fort! Mais elles ne sauront pas cela plus que le reste… Hue donc, Marion! tu n’es pas heureuse non plus, pauvre bête!

Aussitôt qu’elle eut mis pied à terre, au lieu de tourner par la rue de Jérusalem, elle suivit le quai au pas de course et arriva en quelques secondes à la porte de la maison à deux étages.

Son cœur battait, elle se sentait toute faible.

– C’est le besoin, se dit-elle; je n’ai rien pris depuis hier cinq heures, et j’aurais mieux fait de tremper une croûte de pain dans un verre de vin avant de venir; mais c’est que j’avais tant de hâte!

Elle s’arrêta pour se demander:

– Ah çà! qu’est-ce que je vais leur dire en commençant? D’ordinaire, la porte de la rue était toujours fermée.

Mme Soûlas savait bien cela, parce qu’elle passait devant la maison le plus souvent qu’elle pouvait.

Il n’y avait point de concierge, et le rez-de-chaussée était habité par les domestiques du général.

Aujourd’hui, la porte de la rue était entrebâillée.

Sans autrement s’étonner, Thérèse la poussa et se trouva en face de M. Badoît, qui avait le bras en écharpe, une bande de taffetas noir sur la joue, et qui semblait être là en sentinelle.

Mme Soûlas recula à sa vue.

– Tiens, tiens! fit l’inspecteur d’un air un peu contraint, ce n’était pas vous que j’attendais là!

Une seconde de réflexion suffit à Thérèse pour se remettre. Selon toute apparence, la police était sur pied à cause de l’évasion du général.

– Comme vous voilà arrangé, monsieur Badoît, dit-elle.

L’agent retint une parole qui était sur sa lèvre et répondit:

– Après ça, vous êtes libre de vos pas et démarches, madame Soûlas. On a travaillé cette nuit, rapport à l’arrestation du marchef.

– Ah! fit Thérèse, il est arrêté le marchef?

– Vous sauriez ça depuis un bout de temps, madame Soûlas, prononça gravement l’inspecteur, si vous aviez été présente à votre domicile, quand les habitués de votre ordinaire sont venus vous demander, sans vous commander, car ce n’était pas dû, un morceau à manger après la besogne faite. C’est drôle qu’une femme de mœurs comme vous découche, madame Soûlas.

– Chacun a ses devoirs à remplir, monsieur Badoît, repartit Thérèse doucement. Feu Soûlas était un brave homme et disait: Foin de ceux qui jugent leurs amis!

M. Badoît lui tendit la main et dit avec émotion:

– Celle-là irait au feu comme quoi vous n’êtes pas coupable, madame Soûlas.

– Coupable! répéta Thérèse en riant, comme vous y allez! mais ça gênerait-il le service de vous demander ce que vous faites ici?

– Avec vous jamais d’affront, belle dame! répondit l’agent. Vous êtes de la partie par la bonne soupe que vous lui communiquez et votre discrétion à l’épreuve de l’eau et du feu. Souricière! Par quoi nous en avons installé une ici de l’autorité privée du commis principal, les chefs et sous-chefs étant absents, vu l’heure indue où elle a commencé… cinq heures du matin!

– Et pourquoi la souricière?

– Pour contre-pincer les Habits Noirs.

Tant de gens avisés et instruits ont fait l’éducation des lecteurs à l’endroit de la langue savante des bagnes que nous jugeons complètement inutile d’expliquer le mot «souricière».

Autant vaudrait recommencer l’histoire naturelle des pieuvres et des trichines, ces deux bêtes «pourries de gloire».

– Les Habits Noirs! répéta Mme Soûlas, vous êtes donc sur leurs traces, monsieur Badoît?

– On a des motifs majeurs de le supposer. Mais laissez-moi pousser la porte tout contre, pour ne pas nous montrer à ceux du dehors. Voilà la chose en succinct: ma mouche, le jeune Clampin, dit Pistolet, et je vous engage à bien veiller sur votre minet, belle dame, est du bois dont on les fait dans la haute: sang-froid, langue dorée et astuce infernale; mais pas de prestance physique jusqu’à présent. Il nous a rabattu le Coyatier cette nuit, de dessus le mur où il s’était perché à califourchon, commodément, partisan de ses aises… je vous dirais bien l’affaire de Gautron à la craie jaune, que mon Clampin a gâchée par ses passions de Bobino, mais ça n’en finirait plus; d’autant que j’ai à vous parler du premier étage, ici dessus, où on a dévalisé le pied-à-terre du général et enlevé ses deux demoiselles.

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