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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Michael se rassit. Pour lui, Halden avait raison.

— Si nous n’arrivons pas à discuter calmement entre nous, reprit Halden en parcourant du regard son auditoire, nous n’avons aucune raison d’espérer que des étrangers acceptent de négocier avec nous. L’arrogance croissante envers les normaux que je détecte chez certains d’entre nous me met terriblement mal à l’aise. Je vous rappelle que nous sommes tous des êtres humains, qui avons reçu de la nature des dons différents. Je ne soulignerai jamais assez les dangers d’un excès de confiance de notre part.

— Alors, dans ce cas, ne choisissez pas Jeffers, intervint Skerry. C’est chercher les ennuis.

Halden redressa son siège et se rassit.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Il est plus conservateur que vous ne le pensez. Plus, et moins aussi.

— Arrête de parler par énigmes, dit James Ryton en s’essuyant le front.

Skerry reposa sa tasse.

— Vous n’avez pas d’autres candidats ? Toi, Halden, par exemple ?

L’homme secoua la tête.

— Je ne tiens pas à occuper ce poste. Et qui plus est, je ne suis pas qualifié pour cela.

— Et que savez-vous exactement de Stephen Jeffers ? demanda Skerry.

— On en dit beaucoup de bien. Même s’il n’a pas assisté récemment aux réunions du clan, il a la réputation d’être prudent, modéré et responsable.

— Je crois que vous devriez choisir quelqu’un de plus connu, de plus sûr. Je n’ai pas confiance en lui.

Ryton repoussa sa chaise.

— Venant de toi, je dirais que c’est un bel éloge.

Skerry préféra ignorer la remarque.

— Croyez-moi sur parole, d’accord ?

— Tu sais que nous pourrions te forcer à te soumettre à la communion d’esprits, lança Zenora d’un ton acerbe.

— Un viol psychique ? Toi et cette armée de mutants ? (La voix de Skerry criait son mépris.) Vous savez que je suis l’un des plus forts dans cette assemblée. Vous tenez vraiment à essayer ?

Il avait l’air prêt à la lutte. Michael frissonna. Skerry serait un adversaire redoutable.

— Évidemment non. Mais tu ne nous donnes pas beaucoup de renseignements utiles, dit Halden en adressant un regard sévère à sa femme.

Skerry se tourna vers lui.

— Je suis venu pour vous éclairer sur ce qui se trame au Brésil et pour voter contre Jeffers. Je n’ai aucune information précise à son sujet, mais je pense que vous vous trompez sur son compte.

— Si tu fréquentais un peu plus les réunions du clan, reprit Zenora, peut-être accorderions-nous davantage de crédit à tes intuitions.

— Arrête ton refrain, répliqua-t-il sèchement. Vous savez très bien que je m’intègre mal au clan. Si vous pouviez seulement vous rendre compte que je vous suis plus utile en restant en dehors qu’en ralliant votre petit cercle de claustrophiles, vous comprendriez que j’ai raison à propos de Jeffers.

— Skerry, tu ne peux pas nous donner une preuve de ce que tu avances ? demanda Michael.

— Rien qui puisse vous convaincre.

— En ce cas, nous ne pouvons pas simplement nous fier à ta parole, déclara Halden. Sois raisonnable. Tu t’excites un peu trop. Jeffers est un bon candidat.

— Ce sera notre enterrement, rétorqua Skerry en croisant les bras.

Au-dessus de la table, apparut une vision, un badge géant, symbole de l’unité des mutants. Et soudain, tous les bras qui entouraient l’œil doré gravé sur le badge se levèrent, poing fermé, en signe de révolte. Les bras se tendirent, s’allongèrent en direction des membres du clan assemblés, avant de se tordre selon des angles bizarres. La distance entre coudes et poignets s’accrut. Les poings disparurent. Étirés jusqu’à l’infini, les bras se dressèrent et soulevèrent dans les airs le disque central. C’était un corps à présent, non plus un œil. Le corps d’une araignée dorée géante qui déguerpit, cliquetant des mandibules en quête d’une proie. Skerry eut un sourire. L’image s’estompa.

Durant un moment, personne ne dit mot. Puis James Ryton abattit sa tasse sur la table.

— Assez avec ces stupides jeux de salon, dit-il. Je ne tiendrai pas compte de l’opinion de Skerry. Je propose que nous nommions Stephen Jeffers et que nous soutenions sa candidature.

— Je suis pour, dit Sue Li.

Halden appela à un vote qui fut quasiment unanime. Seul Skerry s’abstint.

— La motion est adoptée, déclara Halden. L’Union des Mutants du Centre-Est appuie par la présente la candidature de Stephen Jeffers.

À ses côtés, Zenora nota la délibération sur un écran portable relié au réseau C.S.T.

— Halden, l’assemblée de San Bernardino et le groupe de Berkeley ont également choisi Jeffers. Ainsi que ceux de l’Alaska, de Hawaii et du Midwest.

— Bien, commenta Halden. Je transmettrai la recommandation au gouverneur Akins dès lundi.

Skerry se leva.

— Eh bien, en tout cas, l’intention est louable.

Il grimpa l’escalier et disparut. Michael jeta un regard sur les visages qui faisaient cercle autour de la table. La réunion semblait toucher à sa fin. Il décida d’aller retrouver Andréa Greenberg.

— Cette communion télépathique ne ressemblait en rien à ce que j’imaginais, remarqua Andie.

Elle avait une tasse jaune à la main et sirotait un café dont elle semblait apprécier la chaleur bienfaisante.

— Vous vous imaginiez quoi ? demanda Michael en souriant. Qu’on allait vous attacher sur une table et vous envoyer une décharge électrique dans le corps ? Ou vous transformer en une espèce de zombie ?

— Pas exactement. Mais je ne pensais pas que ce serait comme ça, disons, agréable. Je vous envie presque de pouvoir vous unir et communiquer de cette façon.

— C’est un des plus grands avantages dont bénéficient les mutants.

— Alors que les crises mentales sont un des pires inconvénients ? Parlez-moi de ces crises.

— Elles semblent se produire pour la plupart chez les mutants mâles les plus âgés. Mon père commence tout juste à en avoir.

— Elles sont mortelles ?

— Pas en elles-mêmes, non. Mais parfois, le suicide paraît une solution préférable au vacarme et à la souffrance qu’elles entraînent.

— Ça a l’air terrible, murmura Andie avec une grimace.

— Je préfère ne pas trop y penser.

— Ça se soigne ?

Michael haussa les épaules.

— Nos guérisseurs arrivent à les contrôler plus ou moins. Après, on se rabat sur les drogues.

— Qu’avez-vous pensé de notre entrée ?

— Du Skerry tout craché. Il faut toujours qu’il se singularise. J’aime ça. Et lui aussi, je l’aime bien.

— Les aînés de votre clan ne semblent pas partager cette opinion.

— Disons qu’ils sont assez conservateurs. Traditionnels. Trop traditionnels, insista-t-il en se renfrognant.

— Que voulez-vous dire ? demanda Andie qui sentait son irritation.

— Eh bien, dans les relations, par exemple. Je fréquente une fille, et comme eux n’approuvent pas, il faut que je fasse attention à ne pas risquer le blâme.

— C’est une mutante ?

— Non.

— Que pourraient-ils vous faire ?

— Exiger que je cesse de la voir, ou alors je serais banni. Ils veulent que j’épouse quelqu’un du clan.

Andie le regarda, ébahie.

— Un mariage arrangé ? Je croyais que ça n’existait plus depuis l’invention du boulier.

— Pas si c’est la saison des mutants.

— Pardon ?

— Désolé. C’est une plaisanterie. Vous voyez, peu importe ce qui se passe en dehors du clan. Ici, c’est toujours la saison des mutants. Ce qui signifie que ce qui compte, c’est la tradition.

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