La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Que me suggérez-vous, sénateur Jeffers ?
— Appelez-moi Stephen, je vous en prie. Vous m’embarrassez.
Il sourit de ses yeux dorés. Il avait un regard candide, amical. Andie lui rendit son sourire.
— Très bien. Stephen. Mais vous n’avez pas répondu à ma question.
— Bon, si vous voulez mon avis, à votre place je prendrais les huîtres au poivre, les coquilles Saint-Jacques farcies aux ormeaux, mais uniquement si vous êtes amateur de fruits de mer. Sinon, l’aloyau blanchi est succulent.
— Les coquilles Saint-Jacques, alors. Avec les huîtres.
Andie admirait l’aisance de cet homme avec les serveurs, la grâce de ses gestes. Elle ne s’attendait pas à lui trouver tant de charme, un charme rehaussé d’une touche d’exotisme. Les yeux dorés ajoutaient encore à sa séduction. Il y avait quelque chose de surprenant et d’un peu embarrassant à se sentir ainsi attirée par ce nouveau patron.
— Je suis ravi que vous restiez, dit celui-ci. J’avais peur que vous n’en ayez assez de Washington après cette tragédie et que vous ne soyez tentée d’aller travailler ailleurs dans quelque cabinet d’avoués.
Andie hocha la tête, ignorant la voix qui s’était insinuée en elle pour lui demander à quel moment elle avait accepté de rester à titre définitif.
— Parmi mes priorités, j’ai l’intention de poursuivre l’œuvre de mon prédécesseur. J’aimerais que ce que je fais soit une sorte d’hommage commémoratif à Eleanor, si vous voyez ce que je veux dire.
Il avait dit cela d’une voix basse, sur le ton de la confidence.
— Je trouve que c’est une idée merveilleuse, sén… Stephen.
— Je n’ai peut-être pas toujours été d’accord avec ses priorités, mais j’ai pour elle un grand respect. Et je l’aurai toujours. Je vais commencer par créer une bourse qui portera son nom. J’ai aussi réfléchi sur l’éventualité de financer un prix, le prix Jacobsen, qui récompenserait les efforts de ceux qui œuvrent à améliorer et accroître la coopération entre mutants et non-mutants. Ce gouffre entre nous est ridicule.
Andie but une gorgée d’un vin rosé léger qui emplissait sa bouche d’un parfum exquis. Son patron était en train de faire les promesses habituelles. Bon, parfait, dès lors qu’il les mettrait en pratique.
— Ça me paraît une bonne idée, dit-elle sans trop s’avancer. De quoi gagner la confiance des électeurs tout en honorant la mémoire de votre prédécesseur.
— C’est exactement ce que je pensais, acquiesça-t-il.
— Au fait, qu’en est-il du rapport sur le Brésil ? demanda-t-elle, attentive à sa réaction.
Jeffers lui lança un regard perplexe.
— Le rapport sur le Brésil ? Je suis assez mal informé là-dessus.
— L’enquête non officielle sur les expériences génétiques effectuées au Brésil ?
— J’attends que vous me mettiez au fait, Andie. Mais vous pouvez être sûre que je prendrai part aux déclarations en me faisant le porte-parole d’Eleanor.
Bien, songea Andie. Puis, à haute voix :
— Envisagez-vous de faire réactiver l’enquête sur le meurtre de Jacobsen ?
Il fronça les sourcils.
— Naturellement. Je vais m’y employer de toutes mes forces, faites-moi confiance. C’est notre devoir de découvrir les motifs qui sont derrière cet assassinat, qui a engagé le meurtrier, ce Tamlin, et dans quel but. Je vais faire en sorte que tout le monde comprenne que la saison de la chasse aux mutants est bel et bien terminée.
Il y avait brusquement dans la voix de Jeffers une dureté telle qu’Andie se sentit frissonner. Le regard semblait lointain, puis moins absent lorsque l’homme se tourna vers elle pour lui sourire.
— Plutôt sinistre, non ? Désolé, Andie. Je me suis laissé prendre un instant dans un mauvais souvenir. Oublions cela. Il y a tant à faire et je suis impatient de me mettre au travail. (Il avança la main et prit la sienne. Les ongles étaient soigneusement polis, impeccables.) Je suis convaincu qu’ensemble nous allons accomplir de grandes choses. Eleanor serait fière de nous.
— Bien sûr, approuva Andie.
Ou bien il était le politicien le plus habile qu’elle eût jamais rencontré, ou bien il était totalement sincère. Comme il tardait à libérer sa main, elle commença à trouver que son nouveau patron outrepassait la simple prise de contact avec l’employée compétente. Ce qui la tracassait, c’était moins ses manières de séducteur que cette constatation : cela n’était pas fait pour lui déplaire.
Mélanie s’étira voluptueusement et roula sur le côté pour rechercher la chaleur de Ben. Lorsqu’elle se retrouva au bord du lit, elle comprit qu’il n’était plus là. L’horloge indiquait cinq heures du matin. La pièce était encore plongée dans la pénombre. Où était-il passé ?
Tout en bâillant, elle se dirigea à pas feutrés, toute nue, vers la salle de bains où elle but un verre d’eau. Les yeux papillotant sous le néon, elle se regarda dans le miroir. Sous la chaude lumière rose, elle se trouva transformée ; plus réelle, plus femme. Cela faisait deux mois à présent qu’elle vivait avec Ben. Elle se sentait apaisée, heureuse. Chaque nuit, Ben lui faisait faire de nouvelles découvertes, et elle adorait lui plaire.
Au début, elle s’était inquiétée de tomber enceinte, mais elle était allée voir le gynécologue que Ben lui avait conseillé et, après cela, son amant lui avait assuré qu’elle n’avait plus de souci à se faire. Le médecin lui avait prescrit un anti-ovulatoire d’une durée de deux ans. C’était la première fois que Mélanie entendait parler de cette méthode mais, du moment que Ben affirmait qu’il n’y avait aucun risque, c’était sûrement vrai. Cela expliquait sans doute la longueur de l’intervention. Le médecin avait décidé de fourrager en elle pendant une année entière, tandis que ses pieds étaient prisonniers de ces maudits étriers.
Elle sortit dans le couloir et aperçut de la lumière sous la porte du bureau. N’entendait-elle pas des voix ? Des gens qui parlaient ?
— Ben ? (Elle frappa à la porte. Pas de réponse.) Ben ? Je sais que tu es là. Qu’est-ce que tu fais ?
La porte s’ouvrit et Ben empoigna Mélanie par les épaules ; son visage n’était qu’un masque de colère.
— Tu me déranges pendant un appel du boulot, dit-il d’un ton désagréable. Retourne te coucher !
Il la poussa vers la chambre.
— Ben ! Qu’est-ce qu’il y a ?
— Je travaille, bon sang ! Maintenant, tire-toi !
Il claqua la porte. En larmes, elle s’enfuit dans la chambre. Qu’avait-elle fait de mal ? Elle resta là à sangloter pendant ce qui lui parut des heures, jusqu’à ce qu’elle sentît une présence à ses côtés, puis une main qui la caressait tendrement dans la lueur annonciatrice de l’aube.
— Mel ! Je suis désolé. Tu m’as surpris au beau milieu de délicates négociations.
— À cinq heures du matin ?
— Un appel d’outre-mer. Promets-moi de ne pas te mêler de ça.
Elle se tourna sur le lit pour lui faire face.
— Je t’ai déjà dérangé dans ton travail ?
— Non.
— C’est simplement que tu me manquais et que je me demandais où tu étais.
— Je suis désolé de m’être montré si brutal.
Il avait passé ses bras autour d’elle. Elle sentit ses doigts exercer leur magie.
Deux jours plus tard, elle rentra plus tôt du travail et entendit des voix qui venaient du fond de l’appartement.
— Ben ?
Pas de réponse.
Prudemment, elle s’approcha du bureau. La porte était ouverte. Ben parlait à quelqu’un sur l’écran, quelqu’un dont elle ne reconnut pas la voix.