La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Ne te laisse pas trop distraire par cette fille, disait la voix masculine.
— Ne t’inquiète pas. Et puis, c’est toi qui en tires tout le bénéfice.
— Tu vois, je ne dirais pas tous les bénéfices.
Les deux hommes se mirent à rire.
— Comment est-elle ?
— Inexpérimentée, répondît Ben. Mais chaude. Et elle en veut. Dès lors qu’elle s’est glissée dans mon lit, comment refuser ?
Mélanie fut saisie d’un tremblement. Était-ce d’elle qu’il parlait sur ce ton narquois et désinvolte ?
— Au fait, comment l’as-tu dénichée ?
— Un coup de chance. J’étais par hasard dans cette boîte. Tu ne vas pas me croire, Tamlin était en train de l’étrangler.
— Ce cinglé ? Étonnant qu’il ait repéré la bonne cible.
— Oui. Enfin, de toute façon, il s’est fait sauter le caisson.
Tamlin… Ce nom rappelait quelque chose à Mélanie. C’était l’homme qui avait tué Eleanor Jacobsen.
— Allez, ne te tracasse pas pour lui, dit la voix inconnue. Dans combien de temps on aura la fille ?
— Tu sais, ça me coûte de l’abandonner maintenant que je lui ai fait son éducation, répliqua Ben.
Les éclats de rire reprirent.
Non ! pensa Mélanie. Non ! Non ! Non !
— Ne sois pas si gourmand, Ben. Tu auras une bonne récompense. Peut-être même qu’on te la rendra quand on en aura fini avec elle. Mais il y a un docteur au Brésil qui brûle d’impatience de la rencontrer.
— Je croyais que cette livraison d’ovules devait les tenir occupés pendant un an.
— Ils en veulent davantage. Tu es certain que personne n’a repéré sa trace ?
— Affirmatif. J’ai vérifié dès que je l’ai amenée ici.
— Parfait. Eh bien, tiens-la-nous au chaud. On la récupère d’ici une semaine.
— Entendu. Je vais lui dire que nous partons en vacances.
Mel recula, anéantie. C’était tout juste si elle parvenait à croire ce qu’elle venait d’entendre. Fuir. Elle devait fuir. Que projetait-il de lui faire ? Le Brésil ? Les ovules ? Elle en avait des nausées. Elle réussit toutefois à poser sa main sur la porte d’entrée pour en commander l’ouverture et se précipita dans le couloir moquetté de beige.
— Mel ? Mel, c’est toi ?
Elle entendit vaguement le cri de Ben. Puis la porte de l’ascenseur glissa et se referma. Haletante, elle pressa le bouton du sous-sol où était garé le glisseur.
Elle devait s’enfuir. C’était ça. Elle allait prendre le glisseur et retourner chez elle. Retrouver ses parents. Et leur dire ce qu’elle venait d’entendre.
Non.
Elle irait à la police. C’était ce qu’il fallait faire.
Lorsque la porte de l’ascenseur s’ouvrit, elle courut vers le glisseur. Au moment où elle posait la main sur la portière, une autre main lui saisit le poignet.
— Tu fais quoi, là ?
— Ben, dit-elle dans un souffle. Je, euh, je voulais aller faire les magasins.
— Sans me le dire ? Pourquoi es-tu si pâle ? (Il se rapprocha, le visage dur.) Si je n’avais pas pris l’ascenseur express de l’appartement, je te ratais. Si on remontait ?
— Je n’en ai pas envie.
Elle s’écarta, mais il la poussait peu à peu vers l’ascenseur.
— J’aimerais te parler du voyage que nous allons faire.
La porte était ouverte et il était en train de l’attirer à l’intérieur. Elle vit un éclair argenté briller dans sa main : c’était une seringue.
— Lâche-moi, espèce de salaud !
En désespoir de cause, elle lança sa jambe en avant et frappa l’homme à l’aine d’un coup de genou appuyé. Il s’affaissa en gémissant.
— Et moi qui croyais que tu m’aimais ! dit-elle avec un second coup de pied.
Il lui empoigna la cheville et la fit tomber.
— Espèce de sale garce de mutante ! cria-t-il en lui assenant une gifle. Tu te figures que baiser, c’est aimer ?
Il chercha à reprendre la seringue qui traînait sur le plancher de l’ascenseur. Elle réagit avec une frénésie qui décupla la rapidité de son geste, et sa main se referma sur l’ampoule une seconde avant celle de Ben. Toute tremblante, elle enfonça la seringue dans le cou de l’homme et perçut le soupir qui sortit de sa gorge. Son étreinte faiblit, ses traits se relâchèrent, ses yeux se fermèrent et il s’effondra sans connaissance.
Avec la même détermination, elle fouilla dans ses poches en quête de plaques de crédit et trouva son portefeuille. Il contenait une somme suffisante pour lui permettre de vivre au moins un mois. Elle prit la clef du glisseur et monta dedans. Il lui faudrait abandonner l’engin au plus vite, mais au moins la conduirait-il à la station de métro la plus proche. Et là, elle prendrait la navette.
Elle recula jusqu’au monte-charge, attendit d’arriver au niveau de la rue, puis emballa le moteur vers la liberté.
15
Michael repéra d’un œil gourmand une grosse prune pourpre dans l’arbre qui se dressait au milieu de la pelouse. C’était en septembre que mûrissaient les fruits les plus délectables. Il cueillit le fruit juteux, puis appliqua son autre main sur la porte pour en déclencher l’ouverture.
La maison était vide. Michael mordit généreusement dans la prune, s’arrêta pour suspendre son sac de sport, puis consulta le courrier sur l’écran dans l’entrée. Il y avait l’assortiment habituel de sollicitations et de contrats. Il nota quelque part dans son cerveau de régler les derniers détails de la négociation avec Haytel prévue pour le lendemain. La lumière témoin des messages continuait à clignoter. Il pressa la touche de défilement, et l’image de sa mère se matérialisa.
« Nous serons de retour dans deux jours, disait celle-ci. Les crises de ton père ont l’air de vouloir se calmer, mais il a besoin de se reposer encore un peu. À mardi. »
Michael termina son fruit et jeta le noyau dans le récupérateur d’ordures près de la porte. Son père était trop jeune pour commencer si tôt ce genre de crises ; c’est ce qu’il pensait, mais apparemment, il se trompait. Le fait d’être mutant avait décidément son revers.
Il entra dans la cuisine et fit un survol rapide des possibilités alimentaires, pour sélectionner finalement des burritos avec des champignons au shoki et du porc lyophilisé. Le convoyeur du réfrigérateur se mit en marche. Quand la sonnerie retentit, il fit léviter l’étui décongelé dans le four à convection, enclencha la minuterie et laissa le plat cuire trois minutes. Tandis qu’il mettait la table, il se demanda comment faisaient ceux qui n’avaient que leurs mains pour tout préparer. Cela prenait du temps. Il prit un Red Jack dans le bar et le sirota en attendant que son repas refroidisse un peu.
Il régla alors la sélection automatique de l’écran sur dix secondes. Docile, celui-ci diffusa des images de danseurs au corps peint en noir et jaune, puis un vieux film qui avait au moins vingt ans, avec des voitures à l’ancienne, des bagarres au fusil et des femmes poussant des cris perçants. Ce furent ensuite des journaux télévisés où des présentateurs en costume sombre couvraient les événements du monde vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; la chaîne des achats, offrant un kaléidoscope de flashes : glisseurs, maisons flottantes, appartements en copropriété sur la station lunaire, extenseurs musculaires électroniques, colliers à orgasme fonctionnant à l’énergie solaire ; et pour finir une présentation de chirurgie plastique. Le marché de la semaine était particulièrement enthousiasmant.
Il prit une bouchée de burrito, savourant le goût piquant des poivrons sur sa langue. Mais il avait surtout envie de voir Kelly, qui était malheureusement partie travailler avec son père et qui ne rentrerait pas avant la fin de la semaine. Il n’avait donc que la télé comme ressource. Au moins Jimmy était-il chez des cousins jusqu’au lendemain.