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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Et bien sûr, ce n’est jamais la saison des amours illicites, dit Andie en lui tapotant amicalement l’épaule. Ne vous laissez pas décourager, Michael.

— Ça ne risque pas, dit-il avec un sourire. Pour changer de sujet, que pensez-vous de Stephen Jeffers ? C’est lui que nous avons décidé de recommander pour remplacer Jacobsen.

— Cela me paraît un excellent choix. Assurément, Jacobsen l’appréciait. Je me rappelle, il était toujours après elle à faire le forcing en faveur d’une législation pro-mutants. Mais vous allez pouvoir convaincre le gouverneur Akins de le nommer à ce poste ?

Michael s’appuya au comptoir de la cuisine et hocha la tête.

— Bien sûr. Halden peut se montrer très persuasif quand il le faut. Et Akins sait qu’il doit apaiser la population mutante si on ne veut pas connaître un retour de la violence des années 95, à l’époque où l’Union des Mutants a été constituée.

— Mon Dieu, j’espère que non !

— S’il y a quelqu’un qui peut l’éviter, c’est Jeffers. Est-ce que vous travaillerez pour lui ?

— J’en doute. Il voudra probablement réunir toute une nouvelle équipe. J’en profiterai pour prendre des vacances. Je rêve encore à cet assassinat. Des cauchemars. J’envisage un implant hypnotique pour m’en protéger.

— S’ils persistent, vous pourriez demander l’assistance de nos guérisseurs.

Andie sourit.

— Eh bien, si le traitement ressemble à cette espèce de thérapie de groupe dont je viens de faire l’expérience, je pourrais bien faire appel à vous. (Elle consulta sa montre.) Grands dieux, il est tard ! Je ferais mieux de me dépêcher si je veux attraper la navette de Washington. Bonne chance, Michael. On reste en contact.

14

Le premier septembre, Timon Akins, gouverneur de l’Oregon, nomma Stephen Jeffers à la succession de Jacobsen, avec mission d’exercer le mandat de l’ex-sénateur jusqu’à la prochaine échéance. Andie apprit la nouvelle au Sénat pendant le déjeuner, lorsque la télévision de la cafétéria montra le beau visage de Jeffers. Le nouveau sénateur donnait une interview. Andie écarta son assiette de tofu au curry, ayant perdu tout appétit.

Ainsi, Halden avait fait valoir son point de vue, comme l’avait promis Michael. Et maintenant, qu’est-ce que je deviens ? pensa-t-elle.

— Vous ne mangez pas, fit remarquer Karim d’un ton faussement réprobateur. Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Rien, mentit-elle. Je pensais au rapport d’enquête sur le Brésil. Je suppose que votre patron va en faire état, à présent.

— À choisir, Craddick vaut sans doute mieux que Horner. Vous savez, je lui ai suggéré de le présenter avec vous à ses côtés, maintenant que Jacobsen est morte.

— Oui. Et il a délicatement refusé. Je ne l’en blâme pas. Après tout, qui suis-je ? L’ex-assistante d’un sénateur disparu.

— Qu’allez-vous faire, désormais ?

— Vider mon bureau et partir en vacances. (La jeune femme repoussa sa chaise et se leva.) Je crois que je vais y aller. À ce soir.

L’ascenseur la mena au quinzième étage, où la climatisation lui donna la chair de poule. En frissonnant, Andie actionna l’ouverture de son bureau.

Elle n’avait eu aucun écho des mutants depuis sa visite à Denver. Il ne s’était écoulé qu’une semaine, il est vrai, et ils avaient pourtant déjà réussi à installer leur nouveau sénateur. Bon, s’ils avaient besoin d’elle, ils l’appelleraient.

La prise de fonction de Jeffers était prévue pour le lendemain. Comment la presse allait-elle accueillir le successeur de Jacobsen, avec ses airs de vidéostar et ses costumes italiens en soie ?

Si elle pensait bien ne pas être maintenue à son poste, Andie était prête à offrir ses services pour assurer la liaison avec la nouvelle équipe. Et ensuite, peut-être serait-il temps d’aller passer deux semaines à Cancun ou Mendocino, ou encore au Luna-Club. Après, eh bien, il faudrait songer à l’avenir.

L’interphone se mit à sonner. Elle entendit Caryl parler à quelqu’un. La porte de son bureau s’ouvrit, et entra un homme à l’épaisse chevelure châtaine, au teint hâlé et aux yeux dorés.

— Madame Greenberg ? Ravi de vous revoir.

Andie se leva d’un bond.

— Sénateur Jeffers. Nous ne vous attendions pas avant demain…

Jeffers la gratifia d’un sourire éblouissant.

— Excusez-moi de vous déranger. Je voulais rencontrer l’équipe un peu avant la date prévue et j’avais peur que vous n’organisiez une de ces cérémonies guindées où tout le monde est mal à l’aise.

Andie sourit à son tour. Il avait l’air assurément moins formaliste que Jacobsen. Elle saisit la main qu’il lui tendait et, en la serrant, sentit la chaleur qui s’en dégageait.

— Je sais que vous étiez indispensable au sénateur Jacobsen, et j’ai bien peur de devoir pas mal m’appuyer sur vous pour commencer. Vous restez, naturellement ?

— Euh, naturellement.

Andie se demanda pourquoi elle acceptait. Mais il était si charmant. Et puis, prendre la suite d’un sénateur assassiné représentait une tâche considérable. Bien sûr qu’elle allait lui donner un coup de main. Elle pouvait bien remettre ses vacances à un peu plus tard.

— Formidable ! Je sais que vous êtes occupée en ce moment, mais j’aimerais parler avec vous, essayer de vous connaître un peu mieux. Nous allons devoir travailler en étroite collaboration. (À nouveau, le fameux sourire.) Avez-vous des projets pour le dîner ?

Andie songea à Karim. Elle lui avait promis de cuisiner ce soir. Mais il comprendrait. C’était l’occasion de partir sur de bonnes bases de travail avec son nouveau patron. Jacobsen ne l’avait jamais invitée à dîner.

— Rien que je ne puisse reporter, répondit-elle.

— S’il n’y a pas de problème, j’enverrai un glisseur vous chercher à sept heures. (Sa montre sonna. Il y jeta un œil et fronça les sourcils.) Hum, faut que je file. Je dois voir quelques-uns de mes collègues. (Encore un sourire, moins électrisant cette fois. La jeune femme avait-elle imaginé la chose, ou l’avait-il assorti d’un clin d’œil ?) À ce soir, Andie.

Avant qu’elle ait pu acquiescer, il avait disparu. Caryl entra, releva une mèche blonde rebelle derrière son oreille et s’appuya au chambranle de la porte.

— Pas mal, si je peux me permettre.

Andie s’assit.

— Quel contraste avec Jacobsen ! dit-elle.

— Disons que les femmes qui travaillent dans l’administration doivent se montrer plus compassées. Elles n’ont pas le droit d’avoir l’air détendu.

— Sans doute.

— J’adore ses fossettes.

— Caryl, vous n’êtes pas censée parler ainsi du patron.

— Peut-être, mais pourquoi vous pomponnez-vous tout à coup devant ce miroir ?

Andie referma brusquement son petit nécessaire à maquillage.

— Ce n’est pas votre écran que j’entends bourdonner ?

Caryl tourna les talons.

— Amusez-vous bien ce soir, lança-t-elle.

Un éclairage discret, disposé dans des niches à claire-voie, projetait sur le plafond émaillé de chaudes tonalités ambre et rose. Sur chacune des tables recouvertes de nappes en tissu, vacillait la flamme d’une chandelle dressée sur une fine coupelle. Andie se félicita d’avoir gardé dans son armoire de bureau le chemisier de soie rose et les escarpins en cuir qu’elle portait ce soir-là dans ce qui était l’un des meilleurs restaurants de Washington. Un menu sans soja. Merveilleux. Elle faillit rester bouche bée devant la variété de viandes et de fruits de mer exotiques dont elle aurait cru certains impossibles à se procurer.

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