La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
Il allongea ses jambes sur l’aquafauteuil en face de lui, s’installa confortablement au milieu des coussins à eau bleus, et regarda défiler les images. Une scène attira son attention, et il demanda au sélecteur de se positionner sur le programme d’actualités. Un homme jeune et séduisant, à l’épaisse tignasse châtaine, le sourire éclatant sous ses yeux dorés, apparut sur l’écran en vision holographique.
Stephen Jeffers. Le nouvel espoir des mutants. Encore plus séduisant à la télévision qu’en chair et en os. Un menton superbe. Refait peut-être. Michael passa sur une autre chaîne. Le visage familier du présentateur retint son attention.
— J’espérais bien que tu me reconnaîtrais, lui dit ce personnage en le regardant sévèrement. Réveille-toi, petit.
Michael cligna des yeux et sourit.
— Skerry ! j’aurais dû m’en douter. Où es-tu ?
— Plus près que tu ne l’imagines. Écoute, il faut que je te parle, Mike.
— Tu nous en veux encore pour la réunion ?
— Disons que je suis ennuyé. C’est la raison pour laquelle il faut que je te voie.
— Quand ?
— Tout de suite.
— D’accord. Où ça ?
— Tu connais le Branché ?
— Sur Mountain Side ? Bien sûr.
— Retrouve-moi là dans un quart d’heure.
L’image vacilla et, tout à coup, le présentateur avait des cheveux blonds et des yeux bleus. Skerry avait disparu. Michael avala les dernières bouchées de burrito, fit léviter le plat jusqu’au lave-vaisselle et partit retrouver son cousin.
Le bar était désert, éclairé par quelques enseignes de bière rouge et bleu et une rangée de lumières blanches clignotantes. Le roboband jouait une raga interprétée par les I-Four. Les yeux de Michael s’adaptèrent peu à peu à la pénombre caverneuse. Il n’était pas venu au Branché depuis des années. La boîte n’était pas particulièrement fréquentée par les mutants et, depuis l’incident du couteau avec Mélanie, Kelly avait préféré l’éviter.
Au bar, il remarqua une femme fort séduisante qui lui souriait amicalement. Elle avait des cheveux noirs et plats, une tunique verte très échancrée qui montrait la naissance de seins plantureux. Sans doute une professionnelle, pensa Michael, ce qui ne l’empêcha pas de ressentir un indubitable picotement de désir. Kelly, reviens vite, dit-il en son for intérieur.
Son attention fut détournée par une flèche de couleur jaune fluo qui l’incitait à se diriger au fond de la salle. Il la suivit tandis qu’elle dansait devant lui. Là, il trouva Skerry tapi au fond d’un box. La flèche disparut en carillonnant. Michael envia, et ce n’était pas la première fois, cette maîtrise de la télépathie que possédait son cousin et qu’il ne serait jamais capable d’acquérir. Il s’assit sur un coussin brun, en face de Skerry.
— Salut. Prends un kimmer.
Skerry appuya sur un bouton intégré à la table et le roboserveur emplit un verre pour Michael.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Skerry avait l’air écœuré.
— Eh bien, cette fois, ça y est, les jeux sont faits.
Michael sirotait lentement le mélange amer, appréciant la forte saveur de l’alcool.
— Que veux-tu dire ?
— Je veux dire, cher cousin, que Stephen Jeffers n’est pas celui qu’il paraît être.
— Non ? Alors, il est quoi ?
— Ambitieux. Dangereux, répondit Skerry en se tassant encore plus sur son siège.
— Ambitieux ? Je trouve que ça n’est pas plus mal. Pour moi, c’est un type bien. D’ailleurs, il n’a pas eu trop de difficultés à passer. Et puis, j’en ai assez de ces mutants qui avancent sur la pointe des pieds pour ne pas offenser les normaux. Qu’est-ce qui te fait croire que ce gars est dangereux ?
Skerry vida son verre et s’en commanda un autre.
— Parce que je suis allé y voir, tu saisis ?
Michael resta un instant bouche bée.
— Tu quoi ?
— Épargne-moi le numéro, petit. De toute façon, j’imagine que tu ne me crois pas. Et pourtant, ce type a de mauvaises vibrations.
— Ah oui, comment ça ?
— C’est un de ces mutants qui prônent la suprématie de la race. Il hait les normaux.
— Tu m’en diras tant ! La moitié des membres du clan en est là. Et la plupart des normaux nous le rendent bien, non ?
— Peut-être. Mais il vaudrait mieux avoir aux affaires publiques quelqu’un qui soit moins de parti pris. Qui soit à l’aise dans les négociations avec les non-mutants. Les fanatiques me rendent nerveux.
Michael porta le verre à ses lèvres.
— Si tu es tellement inquiet, pourquoi n’as-tu rien dit à la réunion ?
— J’ai bien essayé. Mais je ne peux pas trop secouer le confort de notre petit comité, sinon je serai grillé. Ou alors je risque ma peau. D’ailleurs, ils n’ont pas voulu me croire. Jeffers est trop parfait. Et puis, ils étaient tous impatients de reléguer derrière eux la question de l’assassinat. Et aujourd’hui, Jeffers est sénateur.
Skerry se remplit un plein verre du breuvage rouge et resta à le contempler d’un air morose.
— Skerry, arrête de t’en faire pour ça. Jeffers n’est sans doute pas si mal. Et nous avons besoin que l’un des nôtres siège à cette place.
— Sans doute. Mieux vaut lui que Zenora.
— Dis, qu’est-ce qu’il y a entre vous deux ? s’étonna Michael en saisissant la carafe.
— Il y a trois ans, elle m’a fait du rentre-dedans après le grand rassemblement.
— Zenora ?
Skerry hocha la tête.
— Elle avait trop bu ou je ne sais quoi. Peut-être qu’elle et Halden avaient des problèmes. Va savoir. Au début, j’ai fait en sorte de l’ignorer. Mais elle insistait drôlement. En fin de compte, je l’ai prise au mot. Hé, ne me regarde pas comme ça, petit. Ce sont des choses qui arrivent. Et pour tout dire, ça a été plutôt bon entre nous. Mais j’ai fini par arrêter les frais. Je savais que ça poserait des problèmes. J’ai fait de mon mieux pour la larguer en douceur, mais ça ne lui a pas plu. Ça ne lui plaît toujours pas. C’est une des raisons pour lesquelles je me tiens à distance. Rejeter un mutant, c’est prendre de gros risques. N’en parle pas à Halden, tu veux ?
— Bien sûr que non.
Dans un coin de son cerveau, Michael se représenta sa tante, cette grande femme digne, en train de se déclarer à un homme plus jeune qu’elle ; à Skerry surtout, ça ne manquait pas de piquant. Mais c’était triste aussi, car il soupçonnait Halden d’être au courant. On gardait peu de secrets au sein du clan.
— Bon, qu’est-ce que tu envisages à présent ?
— Le Canada, répondit Skerry en reposant bruyamment son verre vide. Je file dans le Nord dans un jour ou deux. Je voulais savoir si ça t’intéressait. On pourrait utiliser tes talents. Le boulot que tu fais dans l’entreprise de ton vieux, tu ne trouves pas ça chiant ?
L’air piteux, Michael acquiesça.
— Ça, tu peux le dire.
— Alors, viens avec moi.
Michael resta un instant sans mot dire, le verre à mi-chemin de ses lèvres. C’était bien tentant. Quitter pour de bon la maison et le clan. Ne plus avoir à se tracasser pour les contrats gouvernementaux et les traditions. Skerry se pencha vers lui.
— On est quelques-uns à rester en contact à propos des mutants. Un joli réseau clandestin. Avec Jeffers à Washington et l’Union des Mutants qui recommence à fléchir, il va nous falloir creuser encore plus profond. Ce type doit être tenu à l’œil. Et il y a aussi cette menace de supermutants.
— Ça paraît intéressant, répondit Michael en reposant son verre.