Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
— Est-ce que tout s’est bien passé ? s’enquit-elle quand son mari se fut attablé devant une tardive collation.
— Je le pense, mais on ne sait jamais comment fonctionnent ces super-cerveaux. En tout cas, ce qu’il a vu l’a intéressé et il a même eu des mots flatteurs à notre égard. À propos, je me suis excusé de ne pas l’inviter à la maison. Il m’a répondu qu’il comprenait très bien et qu’il n’avait pas envie de se cogner la tête contre le plafond.
— Que lui as-tu montré ?
— L’aspect intendance de la Colonie, qu’il n’a d’ailleurs pas eu l’air de trouver aussi assommant que moi. Il m’a posé toutes les questions imaginables sur la production, la manière dont nous équilibrons notre budget, nos ressources minérales, notre taux de croissance, la façon dont nous nous procurons les denrées alimentaires et ainsi de suite. Heureusement, le secrétaire Harrison était avec nous et il avait pris soin d’apporter tous les rapports d’exploitation annuels depuis la fondation de la Colonie. Dommage que tu ne les aies pas entendus se lancer mutuellement des chiffres à la tête ! L’Inspecteur lui a emprunté toute sa paperasserie et je suis prêt à parier que demain, quand nous le reverrons, il saura toutes les statistiques par cœur. Je trouve ce genre de prouesse intellectuelle terriblement démoralisante. (Il bâilla et commença à chipoter dans son assiette.) Mais le programme de demain sera plus intéressant, enchaîna-t-il. Nous lui ferons visiter les écoles et l’Académie. Et, cette fois, ce sera moi qui lui poserai des questions pour changer. J’aimerais bien savoir comment les Suzerains élèvent leurs enfants – à supposer qu’ils en aient, naturellement.
Charles devait rester sur sa faim : cette question-là demeura sans réponse, mais l’Inspecteur fut infiniment plus loquace sur d’autres points. Il éludait les interrogations maladroites avec une élégance merveilleuse et, soudain, se lançait dans les confidences les plus inattendues.
Ce fut après la visite de l’école, qui était l’orgueil de la Colonie, que la glace se rompit vraiment.
— Préparer ces jeunes esprits pour l’avenir est une lourde responsabilité, fit remarquer le Dr Sen. Heureusement, la souplesse de l’être humain est extraordinaire. Il faut une pédagogie réellement aberrante pour produire des dégâts irréversibles. Même si nos objectifs se révèlent erronés, nos petites victimes s’en sortiront probablement. Et vous avez pu constater que ces gosses ont l’air tout à fait heureux.
Il se tut et lança un coup d’œil en coulisse à la haute stature de son passager. L’Inspecteur était emmailloté dans une espèce de fourreau d’étoffe argentée de sorte que pas un seul centimètre carré de son épiderme n’était exposé à l’éclat ardent du soleil. Sen devinait que derrière les verres teintés qui les protégeaient, les larges yeux du Suzerain l’observaient d’un regard dépourvu d’émotion – ou chargé d’émotions qu’il ne comprendrait jamais.
— Éduquer ces enfants, reprit-il, doit, j’imagine, être un problème qui ressemble beaucoup à celui qui s’est posé à vous quand vous avez été confrontés à la race humaine, n’est-ce pas ?
— Sous certains aspects, en effet, répondit gravement le Suzerain. Pour d’autres, l’histoire de vos puissances coloniales constituerait peut-être une meilleure analogie. C’est pourquoi l’Empire romain et l’Empire britannique ont toujours présenté pour nous un intérêt considérable. Le cas de l’Inde est particulièrement instructif. La principale différence entre nous et les Anglais réside en ceci que ces derniers n’avaient pas de motifs réels pour s’implanter en Inde. Pas de motifs conscients, pour être plus précis, en dehors de mobiles insignifiants et circonstanciels comme l’ambition commerciale ou l’hostilité envers d’autres nations européennes. Les Britanniques se sont subitement retrouvés à la tête d’un Empire dont ils ne savaient que faire et ils n’ont été véritablement satisfaits que lorsqu’ils s’en sont débarrassés.
— Et vous ? demanda Sen, incapable de résister à la tentation de saisir la balle au bond. Vous débarrasserez-vous de votre empire quand le moment en sera venu ?
— Sans l’ombre d’une hésitation, répliqua l’Inspecteur.
Le Dr Sen n’insista pas davantage. La brutalité de la réponse n’était guère flatteuse. D’ailleurs, ils étaient arrivés à l’Académie où le corps enseignant au grand complet attendait de se mesurer à un Suzerain en chair et en os.
— Ainsi que notre distingué collègue vous l’aura indiqué, disait le Pr Chance, doyen de l’université de la Nouvelle-Athènes, nous visons essentiellement à maintenir éveillé l’esprit des gens et à leur permettre de réaliser toutes leurs potentialités. Hors de cette île (le mouvement du bras de l’orateur désignait et rejetait tout à la fois le reste du globe), il est à craindre que l’humanité ait perdu ses capacités d’initiative. Elle vit dans la paix, elle connaît l’abondance, mais elle n’a pas d’horizons…
— Tandis qu’ici, bien sûr…, lança le Suzerain avec affabilité.
Le Pr Chance, qui manquait d’humour et en avait vaguement conscience, décocha un regard soupçonneux au visiteur avant d’enchaîner :
— Ici, l’ancienne obsession du loisir considéré comme un péché est exorcisée. Mais nous ne pensons pas qu’il suffise d’être des spectateurs passifs. Tous les habitants de cette île ont une ambition que l’on peut exprimer très aisément de la façon suivante : faire quelque chose, même de fort modeste, et le faire mieux que n’importe qui d’autre. Certes, c’est là un idéal qu’il n’est pas donné à tous d’atteindre, mais dans le monde d’aujourd’hui, l’important est d’avoir un idéal. Le concrétiser est tout à fait subsidiaire.
L’Inspecteur ne paraissait pas avoir de commentaires à formuler. Il s’était défait de ses vêtements protecteurs mais avait gardé ses lunettes noires bien que la lumière de la salle de conférences fût tamisée, et le doyen se demandait si cet accessoire lui était physiologiquement nécessaire ou si ce n’était qu’un camouflage.
Le fait était que ces verres fumés rendaient absolument impossible la tâche, déjà malaisée, de lire dans les pensées du Suzerain. Toutefois, ce dernier semblait accepter sans broncher les interpellations en forme de défi dont on le bombardait, tout comme les critiques relatives à la politique terrienne de ses congénères qu’elles sous-entendaient.
Au moment où le doyen s’apprêtait à repartir à la charge, le Pr Sperling, directeur du département scientifique, jugea bon d’intervenir dans le débat :
— Vous n’êtes évidemment pas sans savoir, commença-t-il à l’adresse de l’Inspecteur, que l’un des grands problèmes de notre culture était la dichotomie existant entre les arts et les sciences. Je serais fort désireux de connaître votre point de vue sur cette question. Souscrivez-vous à l’opinion professant que tous les artistes sont des anormaux ? Que leurs créations – ou, tout au moins, la pulsion qui les détermine – ont leur source dans une insatisfaction psychologique profonde ?
Le Pr Chance toussota ostensiblement, mais l’Inspecteur fut plus prompt que lui :
— Si j’en crois ce qui m’a été dit, tous les hommes sont dans une certaine mesure des artistes. Chacun est, par conséquent, capable de créer quelque chose, ne serait-ce qu’à un niveau rudimentaire. En visitant vos écoles, j’ai remarqué, par exemple, que vous mettez l’accent sur l’expression individuelle dans les disciplines telles que le dessin, la peinture et le modelage. Cette pulsion fait l’effet d’être universelle, même chez ceux dont la vocation est visiblement de devenir des spécialistes dans le domaine de la science. Donc, si tous les artistes sont des anormaux et si tous les hommes sont des artistes, nous nous trouvons en face d’un intéressant syllogisme…