Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
George dévisagea Rashaverak avec anxiété, ne sachant s’il espérait une confirmation ou un démenti. Le Suzerain garda le silence, ses larges yeux calmes fixés sur lui. Ils étaient presque face à face, car la pièce – manifestement conçue pour des entrevues de ce genre – était à deux niveaux : le massif fauteuil du Suzerain dominait d’un bon mètre celui de George, marque d’attention amicale visant à rassurer les humains qui demandaient audience et dont l’état d’esprit était rarement serein.
— Au début, poursuivit George, nous avons été ennuyés mais pas vraiment effrayés. Au réveil, Jeff semblait on ne peut plus normal et ses rêves n’avaient pas l’air de le troubler. Mais un soir… (Il hésita et ajouta, sur la défensive :) Je n’ai jamais cru au surnaturel. Je ne suis pas un scientifique mais je pense que tout est justiciable d’une explication rationnelle.
— En effet. Je sais ce que vous avez vu. J’observais.
— Je m’en suis toujours douté. Pourtant, Karellen avait promis que vous ne nous espionneriez jamais avec vos instruments. Pourquoi avoir rompu cette promesse ?
— Je ne l’ai pas rompue. Le Superviseur a déclaré que la race humaine ne serait plus placée sous surveillance. Nous avons tenu parole. C’étaient vos enfants que j’observais, pas vous.
Il fallut plusieurs secondes à George pour qu’il saisisse toutes les implications de la réponse de Rashaverak. Il blêmit.
— Vous voulez dire… (Les mots s’étranglèrent dans sa gorge.) Mais, au nom du ciel, que sont donc mes enfants ?
— C’est justement ce que nous nous efforçons de déterminer, laissa tomber Rashaverak d’une voix solennelle.
Jennifer Anne Greggson, naguère baptisée Poupée, était dans son berceau, les yeux hermétiquement clos.
Il y avait longtemps qu’elle ne les avait pas ouverts et elle ne les rouvrirait plus car, désormais, la vue était pour elle aussi superflue que pour les créatures aux sens multiples peuplant les ténébreux abîmes océaniques. Elle avait conscience du monde qui l’entourait. Et de beaucoup plus que cela, en vérité.
De sa première enfance, qui avait été si brève, demeurait un réflexe, fruit d’un inexplicable paradoxe du processus de son développement : la crécelle qui avait été sa joie crépitait sans interruption selon un rythme complexe et perpétuellement changeant. C’était cette étrange sonorité syncopée qui avait tiré Jean du sommeil. Elle s’était ruée dans la chambre des enfants. Mais ce n’était pas uniquement à cause de cela qu’elle avait appelé George à grands cris.
Non. C’était le fait de voir la banale crécelle bariolée tourner toute seule sans aucun support à cinquante centimètres au-dessus du sol tandis que Jennifer Anne, ses mains potelées étroitement nouées, arborait une expression de sereine satisfaction.
Elle avait commencé tard mais ses progrès étaient rapides. Bientôt, elle aurait dépassé son frère car elle avait beaucoup moins de choses à désapprendre que lui.
— Vous avez bien fait de ne pas toucher à son jouet, dit Rashaverak. Je ne crois pas que vous auriez pu le bouger, mais si vous y étiez parvenu cela l’aurait peut-être contrariée et, alors, je ne sais pas ce qui serait arrivé.
— Vous voulez dire que vous ne pouvez rien ?
— Je ne veux pas vous bercer d’illusions. Nous pouvons observer et étudier, ce que nous sommes en train de faire. Mais nous sommes incapables d’intervenir parce que nous ne comprenons pas.
— Mais qu’allons-nous faire ? Et pourquoi est-ce tombé sur nous ?
— Il fallait bien que cela tombe sur quelqu’un. Vous n’avez rien de plus exceptionnel que le premier neutron qui déclenche la réaction en chaîne dans une bombe atomique. Il se trouve simplement que c’est le premier. N’importe quel autre aurait pareillement pu servir d’allumette. Ce qui est arrivé à Jeff aurait pu arriver à n’importe qui d’autre. C’est ce que nous appelons la Percée Totale. Le secret n’est plus indispensable, maintenant, et je m’en réjouis. Nous attendons cet événement depuis que nous sommes arrivés sur la Terre. Il nous était impossible de prédire où et comment cela commencerait. Jusqu’au moment où – et ce fut un pur hasard –, nous nous sommes rencontrés chez Rupert Boyce. J’ai alors su avec une quasi-certitude que les enfants de votre femme seraient les premiers.
— Mais nous n’étions pas encore mariés. Nous n’avions même pas…
— Certes. Mais l’esprit de Mlle Morrel a été le canal éphémère qui a véhiculé un savoir que personne au monde ne pouvait alors posséder. Cela n’a été possible que parce qu’il avait pour source un autre esprit intimement lié au sien. Que cet esprit-là ne fût pas encore né était sans importance car le Temps présente beaucoup plus de bizarreries que vous le pensez.
— Je commence à comprendre. Ces choses, Jeff les connaît. Il voit d’autres mondes et il peut dire d’où vous venez. Et Jean a capté ses pensées avant même sa naissance.
— Cela va beaucoup plus loin, mais vous ne serez jamais aussi près de la vérité. Tout au long de l’histoire, il y a eu des gens dotés de pouvoirs inexplicables qui semblent transcender le temps et l’espace. Ils ne les ont jamais compris et les explications qu’ils tentaient d’avancer étaient presque sans exception des niaiseries. J’ai lu suffisamment de récits de ce genre pour le savoir ! Mais on peut utiliser une analogie suggestive et commode que l’on retrouve fréquemment dans votre littérature. Imaginez l’esprit de chaque homme comme une île au milieu d’un océan. Toutes ces îles paraissaient isolées alors qu’en réalité l’assise rocheuse dont elles sont les surgeons les unit entre elles. Si l’océan disparaissait, il n’y aurait plus d’îles. Elles feraient toutes partie d’un seul et même continent mais elles auraient perdu leur individualité.
« Ce que vous avez appelé télépathie est quelque chose de comparable à cette image. Si les conditions favorables sont réunies, les esprits peuvent fusionner, mettre leur contenu respectif en commun et garder le souvenir de cette expérience, une fois retournés à leur isolement. Sous sa forme la plus parfaite, ce pouvoir échappe aux cadres du temps et de l’espace. Voilà pourquoi Jean a pu capter le savoir de son fils alors que celui-ci n’était pas encore né.
Dans le long silence qui suivit, George s’efforça de maîtriser ces notions stupéfiantes. Un schéma commençait à s’ébaucher. Invraisemblable, mais qui possédait une logique interne. Et qui expliquait – pour autant que l’on pût utiliser ce mot pour quelque chose d’aussi incompréhensible – tout qui était advenu depuis cette soirée chez Rupert Boyce. Qui, de plus – George le réalisait soudain – rendait compte de l’intérêt que Jean portait au surnaturel.
— Comment cela a-t-il démarré ? s’enquit-il. Et où cela aboutira-t-il ?
— Nous sommes dans l’incapacité de répondre à cette question. Mais il existe de nombreuses races dans l’univers et certaines ont découvert ces pouvoirs longtemps avant l’apparition de votre espèce et de la mienne. Elles attendaient que vous les rejoigniez. Et l’heure a sonné.
— Mais alors vous, que venez-vous faire là-dedans ?
— Vous nous avez sans doute considérés à l’instar de la plupart de vos congénères comme vos maîtres. C’était une erreur. Nous n’étions rien de plus que des gardiens accomplissant une mission qui nous avait été imposée… d’en haut. Il est malaisé de donner une définition de notre tâche. Si vous voulez, disons que nous sommes des sages-femmes chargées de mener à bien une naissance difficile. Nous contribuons à mettre au monde quelque chose de nouveau et de merveilleux.