Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
« J’ai aussi rencontré le père du Sujet. J’ai eu l’impression qu’il voulait me parler. J’ai heureusement réussi à éviter la confrontation. Il est hors de doute qu’il soupçonne quelque chose bien qu’il soit incapable de deviner la vérité ni d’influer sur le résultat.
« J’ai de plus en plus de peine pour ces gens. »
George Greggson aurait confirmé le verdict de l’Inspecteur déclarant que le comportement de Jeff n’avait rien d’anormal. Il n’y avait eu que cet unique incident déconcertant, tel un coup de tonnerre brisant le calme d’une longue journée. Après cela, plus rien.
Jeff avait le dynamisme et la curiosité de n’importe quel gosse de sept ans. Il était intelligent – quand il voulait s’en donner la peine – mais il n’y avait aucun risque qu’il devienne un génie. Jean se disait parfois en soupirant qu’il répondait admirablement à la définition bien connue du petit garçon : « Beaucoup de bruit enveloppé de poussière. » Il se montrait tantôt affectueux et tantôt renfermé, tantôt réservé et tantôt plein d’effervescence. Il ne manifestait pas de préférence pour l’un de ses parents plutôt que pour l’autre et la naissance de sa petite sœur n’avait pas suscité le moindre symptôme de jalousie. Il était d’une santé à toute épreuve : il n’avait jamais été malade un seul jour. Mais en cette époque et sous un pareil climat, cela n’avait rien d’insolite.
Contrairement à d’autres garçons, la compagnie de son père ne lui pesait pas et il ne jouait pas des pieds et des mains pour s’éclipser afin de retrouver des camarades de son âge. Il avait de toute évidence hérité des talents artistiques de George et dès qu’il avait commencé à marcher, ou presque, il était devenu un habitué des coulisses du théâtre de la Colonie. En vérité, on l’avait adopté en tant que mascotte officieuse et il était passé maître en l’art d’offrir des bouquets aux célébrités de la scène et de l’écran en visite.
Oui, Jeff était un petit garçon tout à fait ordinaire. Cette idée réconfortait George quand il se promenait à pied ou à bicyclette avec lui. Ils parlaient comme les pères et les fils parlent entre eux depuis le commencement des temps – à ceci près qu’il y avait désormais beaucoup plus de sujets de conversation. Bien que Jeff n’eût jamais quitté l’île, l’œil ubiquiste de la télévision lui permettait de voir tout ce qu’il avait envie de voir du monde extérieur. Comme tous les colons, il nourrissait un vague mépris à l’endroit du reste de l’humanité. Les insulaires étaient l’élite, le fer de lance du progrès. Ils conduiraient l’Humanité jusqu’aux cimes que les Suzerains avaient atteintes – peut-être même plus loin encore. Ce n’était pas pour demain, certes, mais un jour…
Ils ne se doutaient pas que ce jour ne viendrait que trop tôt.
18
Les rêves commencèrent six semaines plus tard.
George Greggson émergea lentement à la conscience dans l’obscurité de la nuit subtropicale. Il ne savait pas ce qui l’avait réveillé et il resta quelques instants immobile, plongé dans l’hébétude. Soudain, il se rendit compte qu’il était seul. Jean s’était levée et était allée sans bruit dans la chambre des enfants. Elle parlait à Jeff à voix basse – trop basse pour que George entende ce qu’elle disait.
Il se leva à son tour et la rejoignit. Ces expéditions nocturnes étaient monnaie courante du fait de Poupée mais, dans ces cas-là, le tapage qu’elle faisait ne permettait pas à George de rester endormi. Cette fois, rien de tel et il se demandait bien ce qui avait inquiété sa femme.
La seule source de lumière de la nurserie était les motifs fluorescents qui ornaient les murs, et il distingua à leur faible lueur Jean assise au bord du lit de Jeff. Elle se tourna vers George lorsqu’il entra et chuchota :
— Ne réveille pas Poupée.
— Que se passe-t-il ?
— J’ai senti que Jeff voulait que je vienne et cela m’a réveillée.
J’ai senti que Jeff voulait que je vienne… Comme si c’était la chose la plus banale qui soit ! La gorge de George se noua d’appréhension. Comment l’avait-elle su ? Mais il se contenta de demander :
— Il avait un cauchemar ?
— Je ne suis pas sûre. Maintenant, tout va bien mais il était terrifié quand je suis arrivée.
— Pas du tout, maman ! protesta Jeff avec indignation. Je n’avais pas peur mais c’était un si drôle d’endroit…
— Quel endroit ? s’enquit son père. Raconte-moi.
— Il y avait des montagnes, répondit le petit garçon d’une voix rêveuse. Terriblement hautes et elles n’avaient pas de neige comme il y en a sur toutes celles que j’ai vues. Quelques-unes brûlaient.
— Tu veux dire que c’étaient des volcans ?
— Pas vraiment. Elles brûlaient de partout et ça faisait de drôles de flammes bleues. Et puis, le soleil s’est levé.
— Continue. Pourquoi t’arrêtes-tu ?
Jeff leva les yeux vers son père. Son regard était intrigué.
— Ça non plus, je ne comprends pas, papa. Il est apparu d’un seul coup, très vite, et il était beaucoup trop gros. En plus, il y avait sa couleur. Il était d’un joli bleu.
Un long silence tomba. Un silence glacé.
— C’est tout ? fit doucement George.
— Oui. Je commençais à me sentir un peu seul. À ce moment, maman est entrée et elle m’a réveillé.
D’une main, George caressa la tignasse ébouriffée de son fils tandis que, de l’autre, il resserrait la ceinture de sa robe de chambre. Il avait brusquement très froid et se sentait désemparé. Mais rien dans sa voix ne trahit son trouble quand il reprit la parole :
— Ce n’est qu’un rêve bête. Tu as trop mangé au dîner. Oublie tout ça et rendors-toi comme un bon petit garçon.
— Oui, papa. (Il ménagea une pause avant d’ajouter pensivement :) Je crois que je vais essayer d’y retourner.
— Un soleil bleu ? répéta Karellen un peu plus tard. Cela doit faciliter l’identification.
— Oui, répondit Rashaverak. C’est indubitablement Alphanidon 2. La présence des Monts de Soufre le confirme. Et la distorsion de l’échelle temporelle est un phénomène intéressant à noter. La rotation de la planète est très lente. En quelques minutes, il a dû faire une observation couvrant des heures et des heures.
— C’est tout ce que vous avez découvert ?
— Oui, mais je n’ai pas interrogé directement l’enfant.
— Il n’en est pas question. Nous ne devons en aucun cas intervenir dans le cours normal des événements. Quand ses parents prendront contact avec nous, peut-être pourrons-nous alors l’interroger.
— Ils ne viendront peut-être jamais. Et lorsqu’ils viendront, s’ils viennent, il risque d’être trop tard.
— Nous ne pouvons malheureusement rien y faire. Nous ne devons en aucun cas oublier que, en l’occurrence, notre curiosité ne compte pas. Pas plus que le bonheur de l’humanité. (Karellen tendit la main pour couper la communication.) Continuez la surveillance, naturellement, et signalez-moi tous les faits nouveaux. Mais gardez-vous d’intervenir en aucune façon.
Quand il était éveillé, Jeff restait cependant semblable à lui-même, ce qui était, au moins, une consolation, se disait George. Mais, insidieuse, la peur le gagnait.
Pour Jeff, ce n’était qu’un jeu et il n’en éprouvait encore nul effroi. Un rêve, si étrange qu’il fût, n’était rien de plus qu’un rêve. Il ne se sentait plus solitaire sur les mondes auxquels le sommeil lui ouvrait l’accès. La première fois, son esprit avait appelé sa mère à travers les gouffres inconnus qui les séparaient. Maintenant, il s’enfonçait, seul et sans crainte, au sein de l’univers qui s’ouvrait à lui.