Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Le matin, ses parents le questionnaient et il leur racontait ce dont il se souvenait. Parfois, les mots lui faisaient défaut et il ne parvenait pas à décrire les paysages de ses rêves, des paysages qui transcendaient non seulement son expérience personnelle, c’était évident, mais qui dépassaient aussi les pouvoirs de l’imagination de l’Homme. George et Jean lui suggéraient des mots nouveaux, lui montraient des images et des couleurs pour rafraîchir ses souvenirs et s’efforçaient ensuite de s’y retrouver tant bien que mal avec ses réponses. Le plus souvent, cela restait lettre morte bien que les mondes dont il rêvait parussent à Jeff parfaitement logiques et cohérents. Simplement, il n’y avait pas de communication possible entre lui et ses parents. Pourtant, dans certains cas, ses descriptions étaient suffisamment éloquentes…
L’espace. Pas de planètes, pas de paysage, pas de sol sous les pieds. Rien que les étoiles cloutant le velours de la nuit et un grand soleil rouge qui battait comme un cœur. Énorme et inconsistant, il se contractait soudain et devenait simultanément plus lumineux comme si on alimentait son brasier intérieur. Il passait par toute la gamme du spectre, se stabilisait à la limite du jaune et le cycle s’inversait : l’astre se dilatait, se refroidissait et se transformait à nouveau en un nuage déchiqueté d’un rouge ardent…
— Une étoile variable caractéristique, commenta vivement Rashaverak. Observée, elle aussi, sous une accélération temporelle inouïe. Je ne peux pas l’identifier avec précision, mais celle qui correspond le mieux est Rhamsandron 9. Ou peut-être Pharanidon 12.
— Que ce soit l’une ou l’autre, il s’enfonce de plus en plus loin.
— De plus en plus.
Ç’aurait pu être la Terre. Un soleil blanc voguait dans un ciel bleu piqueté de nuages chassés par la tempête. Une colline descendait en pente douce jusqu’à un océan que le vent furieux faisait moutonner. Pourtant, rien ne bougeait : c’était comme un décor figé que l’on entr’aperçoit le temps d’un éclair. Et loin, très loin à l’horizon, on distinguait quelque chose qui n’appartenait pas à la Terre : un alignement de colonnes à la silhouette de brume jaillissant des flots et qui s’amincissaient progressivement avant de se perdre dans les nuages. Ces piliers, trop colossaux pour être artificiels et trop régulièrement espacés pour être naturels, ceinturaient la planète.
— Sidénus 4 et les Piliers de l’Aube, dit Rashaverak. (Et il y avait une sorte de crainte respectueuse dans sa voix.) Il a atteint le centre de l’Univers.
— Et son voyage a à peine commencé, répondit Karellen.
La planète était absolument plane. Sa gravité phénoménale avait, depuis des temps reculés, arasé, aplati les montagnes de son impétueuse jeunesse – montagnes dont les plus fiers sommets n’avaient jamais dépassé quelques mètres. Et pourtant, la vie existait car la surface de la planète était tapissée d’innombrables formes géométriques qui glissaient, se déplaçaient, changeaient de couleur. C’était un monde à deux dimensions dont les habitants n’avaient pas plus de quelques millimètres d’épaisseur.
Et dans son ciel brillait un soleil qu’aucun mangeur d’opium n’aurait imaginé, même dans ses rêves les plus délirants. Trop chaud pour être blanc, c’était un fantôme ardent à la frontière de l’ultraviolet baignant la planète d’un rayonnement qui aurait instantanément détruit n’importe quelle forme de vie terrestre. De gigantesques nappes de gaz et de poussière que les ultraviolets diapraient au passage de tonalités fluorescentes en nombre infini flottaient comme des voiles sur des millions et des millions de kilomètres, à perte de vue. À côté de cette étoile, le soleil de la Terre aurait été aussi chétif qu’un ver luisant en plein midi.
— Ce ne peut être qu’Hexanérax 2, dit Rashaverak. Seule une poignée de nos nefs l’ont atteinte et aucune n’a tenté d’atterrir. Qui aurait pu penser, en effet, que la vie existât sur de pareilles planètes ?
— Il semble, répliqua Karellen, que vous n’avez pas été aussi méticuleux que vous le croyiez, messieurs les savants. Si ces… ces configurations sont dotées d’intelligence, le problème de la communication ne devrait pas manquer d’intérêt. Je me demande si ces formes connaissent la troisième dimension.
C’était un monde qui ne saurait jamais ce que sont la nuit et le jour, le passage des années ni la succession des saisons. Six soleils polychromes se partageaient son ciel, de sorte que l’obscurité était chose inconnue. Seule changeait la couleur de la lumière. Prisonnière de l’action de champs gravifiques antagonistes, la planète en question suivait les arabesques et les involutions d’une orbite d’une inconcevable complexité qui n’était jamais deux fois la même. Chaque moment de sa trajectoire était unique : l’actuelle position de ses six soleils ne se répéterait pas avant la fin de l’éternité.
Et pourtant, même là, la vie était présente. À une époque, son feu central la calcinait ; à un autre âge, c’était le règne des glaces : peu importe. La planète était malgré tout asile de vie. Dans les périodes de glaciation, les grands cristaux aux facettes innombrables restaient figés, groupés en formations géométriques subtiles, et quand la chaleur revenait, ils glissaient lentement le long des veines minérales. S’il leur fallait mille ans pour émettre une pensée, c’était sans importance. L’univers était encore jeune et le temps infini…
— J’ai épluché toutes nos archives, dit Rashaverak. Elles ne mentionnent aucun monde comparable, aucune combinaison de soleils de ce type. Si cette planète se trouvait à l’intérieur de notre univers, même au delà du rayon d’action de nos vaisseaux, les astronomes l’auraient découverte.
— Il a donc quitté la galaxie.
— Oui. Cela ne sera sûrement plus très long, maintenant.
— Qui sait ? Il ne fait que rêver. À l’état de veille, il est encore lui-même. Ce n’est que la première phase. Quand la transformation s’amorcera, nous le saurons très vite.
— Nous nous sommes déjà rencontrés, monsieur Greggson, dit gravement le Suzerain. Je m’appelle Rashaverak. Vous vous souvenez certainement de moi.
— Oui. C’était à la soirée de Rupert Boyce. Il y a peu de chances que je l’oublie. J’ai pensé qu’il fallait que nous nous revoyions.
— Dites-moi pourquoi vous avez sollicité cette entrevue.
— Je suppose que vous le savez déjà.
— Peut-être. Mais il serait utile, aussi bien pour vous que pour moi, que vous exposiez vous-même vos motifs. Je vais sans doute grandement vous surprendre. J’essaie, moi aussi, de comprendre et, en un sens, mon ignorance est égale à la vôtre.
George considéra le Suzerain avec ébahissement. C’était là une idée qui ne lui était jamais venue à l’esprit. Inconsciemment, il tenait pour acquis que le savoir et la puissance des Suzerains étaient sans limites, qu’ils connaissaient le phénomène dont Jeff était l’objet – et qu’ils en étaient probablement responsables.
— Je présume que vous avez vu les rapports que j’ai transmis aux psychologues de l’Île. Vous êtes donc au courant de ses rêves.
— Oui, nous sommes au courant.
— Je n’ai jamais cru qu’il ne s’agissait que des fantasmes d’une imagination d’enfant. Ils étaient si incroyables… je sais que ce que je dis a l’air absurde… si incroyables qu’ils devaient nécessairement avoir une certaine réalité pour base.