Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Mais trois semaines plus tard, le jour même où la digue réparée fut remise en service, George sauta sur sa bicyclette et se rendit à Sparte.
La plage était jonchée de coraux fracassés. Le récif lui-même semblait avoir été disjoint et George se demanda combien de temps il faudrait aux myriades de polypes pour combler patiemment la brèche. Quand il eut repris son souffle, il entreprit l’ascension de l’unique sentier qui montait à l’assaut de la colline. Des débris d’algues racornies, accrochés aux rochers, marquaient la limite de la montée des eaux.
George Greggson resta un long moment à contempler la plaque de rocher fondu, s’efforçant de se convaincre qu’il ne s’agissait là que d’un caprice du volcan éteint depuis si longtemps. Mais il renonça bien vite à essayer de s’illusionner. Le souvenir de la ridicule démonstration à laquelle Jean et lui avaient assisté des années auparavant chez Rupert Boyce le taraudait. Personne n’avait jamais vraiment compris ce qui s’était passé et George devinait intuitivement que ces deux étranges événements, l’expérience et l’aventure de Jeff, étaient liés. D’abord, Jean. Ensuite, le fils de Jean. Il ne savait pas s’il devait se réjouir ou s’effrayer. Une prière silencieuse jaillit du fond de son cœur : « Merci de ce que vos congénères ont fait pour Jeff, Karellen. Mais j’aimerais savoir pourquoi ils l’ont fait ! »
Il redescendit à pas lents, environné de mouettes blanches qui décrivaient des cercles dans le ciel, mécontentes qu’il ne leur eût rien apporté à manger.
17
Elle aurait pu être formulée n’importe quand depuis la fondation de la Colonie et cependant, la demande de Karellen fit l’effet d’une bombe. Tout le monde se rendait parfaitement compte qu’elle annonçait une crise sur le plan des affaires intérieures de la Nouvelle-Athènes, mais personne n’était capable de prévoir si ses conséquences en seraient bénéfiques ou non.
Jusqu’à présent, les Suzerains s’étaient abstenus d’intervenir sous quelque forme que ce fût dans le développement de la Colonie. Ils s’en désintéressaient totalement, tout comme ils étaient indifférents à la plupart des activités humaines du moment qu’elles n’étaient pas subversives et n’enfreignaient pas les codes de conduite qu’ils avaient édictés. Pouvait-on dire que les objectifs de la Colonie étaient de nature subversive ? Il était difficile de se prononcer. Ils n’étaient pas politiques ; néanmoins, ils constituaient une revendication d’indépendance culturelle. Dès lors, c’était la porte ouverte à l’inconnu. Les Suzerains discernaient peut-être l’avenir de la Nouvelle-Athènes plus clairement que ses fondateurs – et le futur qu’ils prévoyaient n’était peut-être pas de leur goût.
Si Karellen voulait envoyer un observateur, un inspecteur ou tout autre titre que l’on préférât donner à cet émissaire, on ne pouvait évidemment pas s’y opposer. Vingt ans auparavant, les Suzerains avaient proclamé qu’ils avaient renoncé à faire usage de leurs appareils de surveillance et que, de ce fait, l’humanité devait considérer qu’elle n’était plus espionnée. Toutefois, l’existence même de ces instruments signifiait qu’il était impossible de cacher quoi que ce fût aux extraterrestres si ceux-ci voulaient vraiment savoir ce qu’on leur dissimulait.
Certains insulaires voyaient cette visite d’un œil favorable ; elle serait peut-être l’occasion de résoudre une fois pour toutes l’un des problèmes mineurs posé par la psychologie des Suzerains : quelle était leur position envers l’art ? Le considéraient-ils comme une aberration infantile propre à la race humaine ? Cultivaient-ils eux-mêmes certaines formes d’art ? Et, dans l’affirmative, cette visite avait-elle des motifs d’ordre purement esthétique ou Karellen nourrissait-il des intentions moins innocentes ?
Ces questions firent l’objet de discussions sans fin pendant toute la période des préparatifs. On ne savait rien de l’émissaire mais il n’était pas douteux qu’il serait capable d’absorber une dose illimitée de culture. En tout cas, on tenterait l’expérience, et les réactions de la victime seraient étudiées avec intérêt par une armée d’observateurs à l’esprit particulièrement acéré.
Le président du Conseil en exercice était le philosophe Charles Yan Sen, personnage caustique mais plein de jovialité qui n’avait pas encore soixante ans et était donc dans la fleur de la jeunesse. En lui, Platon aurait vu avec satisfaction le modèle de l’homme d’État-philosophe, encore que Sen n’aurait peut-être pas été un inconditionnel de Platon qu’il accusait d’avoir grossièrement dénaturé la pensée de Socrate. Il était de ceux qui étaient résolus à tirer le maximum de la visite du Suzerain, ne serait-ce que pour démontrer aux extraterrestres que les hommes continuaient à avoir l’esprit d’initiative et n’étaient pas encore « pleinement domestiqués », pour reprendre son expression.
À Athènes, les décisions étaient toujours prises par une commission, procédure démocratique par excellence. Quelqu’un avait même dit un jour que la Colonie se définissait comme un système de commissions en chaîne. Mais cette technique fonctionnait grâce aux patientes études des socio-psychologues qui avaient été les véritables initiateurs de la Nouvelle-Athènes. Les dimensions de la communauté étaient suffisamment restreintes pour que chacun pût participer d’une façon ou d’une autre à sa gestion et être un citoyen au sens le plus profond du terme.
Il était presque inévitable que George, l’un des éléments moteurs de la hiérarchie artistique, fit partie du comité d’accueil, mais pour ne rien laisser au hasard, il n’hésita pas à jouer de son influence. Si les Suzerains voulaient étudier la Colonie, il tenait de son côté à étudier les Suzerains. Cela n’enthousiasmait pas Jean. Depuis la fameuse soirée chez les Boyce, elle éprouvait un vague sentiment d’hostilité envers les extraterrestres, sans pouvoir, d’ailleurs, le justifier. Elle désirait simplement avoir le moins de contacts possible avec eux et l’espoir d’indépendance qu’incarnait la Colonie avait été l’un des grands attraits de celle-ci aux yeux de la jeune femme. Or, elle avait maintenant l’impression que cette indépendance était menacée.
Le Suzerain arriva sans cérémonie à bord d’un aérocar terrien, à la vive déception des insulaires qui s’étaient attendus à quelque chose de plus spectaculaire. Ç’aurait aussi bien pu être Karellen en personne car nul n’était jamais parvenu à distinguer un Suzerain d’un autre. On aurait dit qu’ils étaient tous des copies conformes sorties d’un seul et même moule. Et peut-être était-ce le cas en vertu d’un mécanisme biologique inconnu.
Après la première journée, les îliens cessèrent de se retourner sur le passage de la voiture officielle qui promenait le visiteur. Son nom, Thantalteresco, était trop difficile à prononcer et, très vite, on l’appela « l’Inspecteur », sobriquet qui lui convenait à merveille eu égard à sa curiosité et à la voracité dont il faisait preuve pour les chiffres.
Charles Yan Sen était exténué quand, après minuit passé, il raccompagna l’Inspecteur à l’aérocar dont il avait fait sa base et où, sans aucun doute, il continuerait à travailler le reste de la nuit tandis que ses hôtes imparfaits s’abandonneraient au sommeil.
Mme Sen Yan attendait le retour de son mari avec inquiétude. Ils formaient un couple tendrement uni en dépit de l’habitude que Charles avait prise d’appeler par plaisanterie son épouse Xantippe quand ils recevaient. Elle l’avait depuis longtemps menacé de riposter en lui concoctant une tisane à la ciguë. Mais heureusement, ce breuvage était d’un usage moins courant dans la Nouvelle-Athènes que dans l’Athènes antique.