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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Seule Jennifer Anne ne savait pas encore si la Colonie lui plaisait ou pas, ce qui n’était guère étonnant car elle ne connaissait rien du monde qui s’étendait au delà des barreaux de plastique de son berceau et elle n’imaginait même pas que le monde existait.

George Greggson ne se retournait pas souvent sur le passé : il était trop absorbé par ses projets d’avenir, trop pris par son travail et ses enfants. Et il était rare qu’il repense à cette fameuse soirée, en Afrique. Jamais il n’en parlait avec Jean. Tous deux évitaient par consentement tacite d’évoquer cet épisode et ils n’avaient jamais revu les Boyce en dépit des invitations répétées de ceux-ci. Ils téléphonaient plusieurs fois par an à Rupert pour s’excuser et ce dernier avait fini par cesser de les relancer. Son mariage avec Maïa avait l’air de tenir, ce qui ne laissait pas de surprendre leurs amis.

La soirée en question avait eu pour conséquence de guérir Jean de sa fascination pour les mystérieux phénomènes qui se situent au delà de la frontière de la science connue. La naïve et crédule curiosité que provoquaient en elle les expériences de Rupert s’était entièrement dissipée. Peut-être, sa conviction faite, n’avait-elle plus besoin d’autres preuves – George préférait ne pas lui poser la question. On pouvait tout aussi bien supposer que ses tâches de mère de famille avaient chassé ce genre de préoccupations de son esprit.

George avait beau savoir qu’il était inutile de se soucier d’une énigme qui ne pourrait jamais être élucidée, il lui arrivait parfois de se réveiller au beau milieu de la nuit et de s’interroger. Il se rappelait sa rencontre avec Jan Rodricks sur la terrasse de la maison de Rupert et les quelques mots qu’il avait échangés avec le seul homme qui avait réussi à braver l’interdit des Suzerains. À ses yeux, rien dans le domaine du supranormal n’était plus fantastique que ce brutal fait scientifique : quoique dix années se fussent écoulées depuis cette brève conversation, le lointain voyageur n’avait vieilli que de quelques jours.

L’univers était vaste mais son immensité était moins effrayante que son mystère même. George n’était pas enclin à philosopher sur ce thème ; pourtant, il avait quelquefois l’impression que les humains étaient semblables à des enfants qui s’amusent dans une cour de récréation isolée, protégée des cruelles réalités du monde extérieur. Cette tutelle avait pesé à Rodricks et il l’avait fuie pour aller Dieu seul savait où. Mais, sur ce point, George souscrivait à la volonté des Suzerains : il n’avait aucune envie d’affronter ce qui était tapi au cœur des ténèbres et de l’inconnu au delà du petit cercle de lumière que dispensait la lanterne de la Science.

— Comment se fait-il que Jeff ne soit jamais là quand, par hasard, je suis à la maison ? soupira plaintivement George. Où est-il encore allé courir aujourd’hui ?

Jean leva les yeux de son tricot. Ce passe-temps archaïque connaissait depuis peu une nouvelle vogue. Ce genre de modes naissait et disparaissait rapidement sur l’île. La grande conséquence de la dernière lubie en honneur était que toutes les dames offraient à tous les messieurs des chandails multicolores beaucoup trop chauds pour qu’on les mette dans la journée mais fort utiles quand la nuit tombait.

— Il est allé à Sparte avec des camarades, répondit Jean. Il m’a promis qu’il serait de retour pour le dîner.

— Je suis rentré dans l’intention de travailler un peu, c’est la pure vérité. Mais il fait si beau que j’ai bien envie d’aller me baigner là-bas, moi aussi. Quels poissons veux-tu que je te rapporte ?

Il n’avait jamais rien attrapé et les poissons du lagon étaient bien trop malins pour se faire prendre. Jean ouvrait la bouche pour en faire la remarque quand un son qui, même en ce siècle de paix, avait encore le pouvoir de glacer le sang et de donner la chair de poule à ceux qui l’entendaient, brisa soudain le silence de l’après-midi : le ululement en dents de scie d’une sirène lançant son cri d’alarme qui se propageait en cercles concentriques jusqu’au large.

Depuis près de cent ans, les contraintes s’étaient lentement intensifiées dans les obscures et brûlantes profondeurs, soubassements du socle océanique. Bien que la formation du canyon abyssal remontât à une lointaine ère géologique, les rocs torturés ne s’étaient jamais stabilisés. Leurs assises s’étaient fissurées et remaniées un nombre incalculable de fois sous l’inimaginable pression des eaux qui perturbaient leur précaire équilibre. Et elles se préparaient à se déplacer à nouveau.

Jeff explorait les trous d’eau le long de l’étroit ruban de la grève de Sparte, occupation qui l’absorbait totalement. On ne savait jamais quelles créatures insolites on pourrait découvrir en cet endroit protégé des vagues qui roulaient éternellement à travers le Pacifique pour déferler sur le récif. C’était le Pays des Merveilles pour un enfant et, pour l’heure, Jeff en était le seul occupant car ses amis l’avaient quitté et avaient disparu dans les collines.

La journée était calme et sereine. Il n’y avait pas un souffle de vent et l’incessant murmure du récif n’était plus, lui-même, qu’un soupir obstiné. Le soleil flamboyait dans le ciel mais la peau acajou de Jeff était désormais invulnérable à ses ardeurs.

La plage était un étroit ruban de sable qui s’abaissait en pente raide dans la direction du lagon. L’eau avait la transparence du cristal et l’enfant distinguait parfaitement les rochers submergés dont la géographie lui était aussi familière que n’importe quelle formation de la terre ferme. Par dix mètres de fond, les membrures mangées d’algues d’une ancienne goélette se haussaient vers le monde aérien dont le bâtiment était banni depuis près de deux siècles. Jeff et ses copains avaient souvent visité l’épave dans l’espoir de mettre la main sur quelque trésor caché. Espoir déçu : ils n’avaient rien récupéré de plus qu’un compas incrusté de bernacles.

Brusquement, un choc brutal ébranla la plage. Si éphémère que Jeff se demanda s’il n’avait pas été le jouet de son imagination. Peut-être n’avait-ce été qu’un étourdissement passager car le paysage demeurait inchangé. Pas la moindre ride ne faisait frémir le lagon, le ciel était vierge de tout nuage, de toute menace.

C’est alors que débuta un phénomène étrange.

L’eau se mit à refluer à une vitesse qu’aucune marée descendante n’aurait pu atteindre. Jeff, médusé mais pas le moins du monde effrayé, qui voyait soudain le sable humide étinceler au soleil, décida de suivre l’océan battant en retraite afin de tirer tout le profit de ce miracle qui lui ouvrait les portes de l’univers sous-marin. Le niveau des eaux avait déjà tellement baissé que le mât rompu de la vieille épave enrubanné de goémons qui pendaient mollement était à l’air libre. Jeff pressa le pas tant il était impatient de découvrir les prochaines merveilles que dévoilerait le recul de la mer.

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Главный герой
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