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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Tout le monde attendait qu’il le complétât. Mais, quand cela convenait à leurs desseins, les Suzerains savaient faire preuve d’un tact sans défaut.

L’Inspecteur assista au concert sans paraître décontenancé. On n’aurait pu en dire autant de beaucoup d’humains présents dans la salle. La seule concession au goût populaire avait été la Symphonie des psaumes de Stravinski : le reste du programme était d’un modernisme agressif. Quoi que l’on pût penser de ses mérites, ç’avait été un récital de grande classe. Quand la Colonie se vantait de compter dans ses rangs quelques-uns des plus grands musiciens du monde, ce n’était pas forfanterie. La lutte avait été chaude entre les compositeurs rivaux qui s’étaient démenés comme de beaux diables pour avoir l’honneur d’être choisis, encore que les cyniques se demandaient si c’était vraiment un honneur car, même si l’on savait qu’il n’en était rien, les Suzerains auraient aussi bien pu être sourds comme des pots.

On nota, cependant, qu’après le concert, Thantalteresco tint à se faire présenter les trois compositeurs présents pour les féliciter de ce qu’il appelait leur « insigne ingéniosité ». Quand ils prirent congé, ils étaient contents mais affichaient une expression quelque peu désorientée.

Ce ne fut que le troisième jour que l’occasion fut donnée à George Greggson de rencontrer l’Inspecteur. Au lieu d’un plat unique, l’équipe théâtrale avait préféré la formule du mixed-grill : deux pièces en un acte, un sketch interprété par un comédien d’une notoriété universelle et un intermède chorégraphique. Cette fois encore, ce fut une représentation admirable qui démentit la prédiction d’un critique : « Nous allons enfin savoir si les Suzerains savent bâiller ». En effet, l’Inspecteur rit à plusieurs reprises, et toujours au bon moment.

Encore que personne ne pût rien affirmer avec certitude. Peut-être jouait-il, lui aussi, la comédie de main de maître, suivant le déroulement du spectacle grâce à la seule logique sans intervention de l’élément émotion, à la manière d’un anthropologue assistant à une cérémonie rituelle primitive. Le fait qu’il proférait les sons appropriés et manifestait les réactions attendues ne prouvait strictement rien.

George était donc bien résolu à avoir un entretien avec lui, mais là, ce fut le bide total. Après le spectacle, ils échangèrent bien quelques mots, mais très vite, l’Inspecteur disparut, happé par son entourage, et George rentra chez lui affreusement déçu. Il ne savait pas du tout ce qu’il aurait dit si la chance lui avait souri mais il était convaincu qu’il serait parvenu d’une manière ou d’une autre à faire dévier la conversation sur Jeff. Mais maintenant, l’occasion était passée et elle ne se représenterait plus. Il fut d’une humeur exécrable pendant deux jours.

L’Inspecteur était reparti au milieu de tout un concert de politesses mutuelles quand un fait nouveau se produisit. Personne n’avait eu l’idée d’interroger Jeff, et le petit garçon avait dû longuement ressasser la chose avant de s’en ouvrir à George.

— Papa, lui dit-il au moment d’aller se coucher, tu connais le Suzerain qui nous a rendu visite ?

— Oui, grommela George.

— Tu sais qu’il est venu nous voir à l’école ? Je l’ai entendu causer à des profs. Je n’ai pas très bien compris ce qu’il leur racontait mais je crois que j’ai reconnu sa voix. C’est lui qui m’a dit de courir quand la grande vague s’est amenée.

— Tu en es certain ?

Jeff hésita un instant.

— Pas tout à fait. Mais si ce n’était pas lui, c’était un autre Suzerain. Je me suis demandé si je ne devais pas le remercier. Mais, il est reparti, n’est-ce pas ?

— Malheureusement, oui. Mais peut-être que l’occasion se représentera plus tard. À présent, va te coucher et n’y pense plus.

Quand Jeff fut au lit et qu’elle se fut occupée de Jenny, Jean revint et s’assit sur le tapis, adossée aux jambes de George. Celui-ci trouvait que cette habitude était d’un sentimentalisme exaspérant, mais cela ne méritait pas qu’on en fasse tout un plat et il se contenta de rendre ses genoux aussi accueillants que possible.

— Alors, qu’en penses-tu ? demanda Jean d’une voix lasse et monocorde. Tu crois que c’est vrai ?

— C’est vrai, mais nous sommes peut-être idiots de nous tracasser. Après tout la plupart des parents seraient reconnaissants – et je le suis, bien sûr. Il se peut que l’explication soit d’une simplicité enfantine. Les Suzerains s’intéressent à la Colonie, nous le savons, et il n’est pas douteux qu’ils l’épient avec leurs instruments en dépit de leur promesse. Suppose que l’un d’eux ait justement été en train d’observer à l’aide de ces espèces de jumelles et qu’il ait vu la vague arriver. Quoi de plus naturel que de prévenir une personne en danger ?

— Mais n’oublie pas qu’il connaissait le nom de Jeff. Non, ils nous espionnent. Nous avons quelque chose de particulier, quelque chose qui retient leur attention. Je le sens depuis cette soirée chez Rupert. C’est drôle comme elle a changé nos deux existences.

Il y avait de la sympathie dans le regard dont George enveloppa sa femme mais rien de plus. Bizarre comme on peut changer en si peu de temps, se disait-il. Il avait de la tendresse pour Jean : elle avait porté ses enfants et elle faisait partie de sa vie. Mais que restait-il de l’amour qu’un personnage nommé George Greggson dont il ne conservait qu’un souvenir flou avait autrefois porté à un rêve estompé nommé Jean Morrel ? Son amour se partageait désormais entre Jeff et Jennifer d’une part – et Carolle d’autre part. Il ne pensait pas que Jean fût au courant pour Carolle et il avait l’intention de lui en parler avant qu’un tiers la mette au courant. Mais il n’avait encore jamais pu s’y décider.

— Très bien ! On surveille Jeff – on le protège, en fait. Ne crois-tu pas que cela devrait nous remplir de fierté ? Peut-être que les Suzerains lui ont préparé un destin prestigieux. Je me demande bien lequel…

Il disait cela pour rassurer Jean. Pour ce qui était de lui, il n’était pas follement troublé. Intrigué et déconcerté, c’était tout. Mais une idée nouvelle germa soudain dans son esprit, une idée qu’il aurait dû avoir depuis longtemps. Il tourna machinalement les yeux vers la chambre des enfants.

— J’aimerais savoir si c’est seulement à Jeff qu’ils s’intéressent, murmura-t-il.

L’Inspecteur présenta son rapport sans délai. Les insulaires lui avaient montré beaucoup de choses. Tous les chiffres, toutes les données avaient été introduits dans les insatiables mémoires des grands ordinateurs qui représentaient une partie – une partie seulement – de l’invisible puissance dont Karellen n’était que le prolongement. Toutefois, avant même que ces cerveaux électroniques impersonnels fussent parvenus à leurs conclusions, l’Inspecteur avait soumis à qui de droit ses propres recommandations. Exprimées dans le langage des humains, elles auraient été formulées comme suit :

« Il est inutile d’entreprendre quelque action que ce soit en ce qui concerne la Colonie. C’est une expérience digne d’intérêt mais qui ne saurait d’aucune façon affecter l’avenir. Ses activités artistiques nous laissent indifférents et rien n’indique que des recherches scientifiques touchant à des domaines dangereux soient en cours.

« Comme prévu, j’ai pu prendre connaissance du dossier scolaire du Sujet Zéro sans éveiller la curiosité de mes interlocuteurs. Ci-joint les données statistiques le concernant. Elles ne révèlent aucun indice de développement atypique. Nous savons, toutefois, qu’il est rare que la Percée donne un préavis.

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