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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Il existait d’autres lois, plus subtiles, que des mathématiciens comme Weiner et Rashavesky avaient pressenties au début du XXe siècle. Des événements tels que les crises économiques, les effets de la course aux armements, la stabilité des groupes sociaux, les résultats des élections politiques, etc., étaient, selon eux, susceptibles d’être analysés grâce à un traitement mathématique adéquat. La grande difficulté était le nombre énorme des variables dont beaucoup étaient malaisées à mettre en équation. On ne pouvait dire catégoriquement à partir d’une série de courbes : « Lorsque ce seuil sera atteint, ce sera la guerre. » Et l’on ne pouvait pas davantage faire entrer en ligne de compte des événements échappant aussi totalement à la prévision que l’assassinat d’un leader politique ou les conséquences d’une découverte scientifique – sans parler, a fortiori, des catastrophes naturelles comme les tremblements de terre ou les inondations dont l’impact pouvait avoir un profond retentissement sur des multitudes de gens et sur les groupes sociaux auxquels ils appartenaient.

Or, c’était dorénavant possible grâce aux connaissances patiemment accumulées depuis un siècle, grâce aussi à l’aide apportée par les ordinateurs géants qui faisaient en quelques secondes le travail de mille mathématiciens humains. On avait sans hésiter mobilisé toutes ces ressources à l’époque où l’on avait jeté les bases de la Colonie.

Et pourtant, les fondateurs de la Nouvelle-Athènes ne pouvaient rien faire de plus que de fournir le terreau et le climat où la plante qu’ils cultivaient avec amour s’épanouirait – ou ne s’épanouirait pas.

Comme l’avait dit Salomon lui-même : « Le talent est une chose dont on ne peut pas être sûr. Tout ce que l’on peut faire, c’est espérer que le génie fleurira. » Mais il n’était pas déraisonnable d’espérer que des réactions intéressantes interviendraient au sein d’une solution aussi concentrée. Rares sont les artistes qui créent des chefs-d’œuvre dans la solitude et rien n’est plus stimulant que les joutes intellectuelles opposant des esprits ayant des inclinations similaires.

Jusqu’à présent, ces conflits étaient apparus bénéfiques dans les domaines de la sculpture, de la musique, de la critique littéraire et du cinéma. Il était encore trop tôt pour dire si l’équipe chargée de la recherche historique comblerait les espérances de ses initiateurs dont le but était ouvertement de rendre à l’humanité la fierté de ses propres exploits. La peinture, quant à elle, s’étiolait, ce qui apportait de l’eau au moulin de ceux qui considéraient que les formes d’art statiques et bidimensionnelles avaient épuisé leurs possibilités.

Il était évident – bien qu’aucune explication satisfaisante n’eût encore été avancée pour rendre compte de ce phénomène – que le temps jouait un rôle essentiel en ce qui concernait les œuvres les plus achevées qu’avait produites la Colonie. Les volumes et les arabesques énigmatiques d’Andrew Carson se modifiaient lentement sous les yeux de l’observateur, évoluant en motifs qui satisfaisaient l’intelligence même si elle ne les appréhendait pas entièrement. Il y avait indiscutablement une part de vrai dans la formule de Carson qui prétendait avoir conduit à leur aboutissement les « mobiles » du siècle précédent, célébrant ainsi les épousailles de la sculpture et de la danse.

En matière de musique, les expériences portaient délibérément dans une très large mesure sur ce que l’on pourrait appeler le « seuil temporel ». Quelle était la note la plus brève susceptible d’être enregistrée par le cerveau ? La plus longue que l’on pouvait tolérer sans que cela devienne fastidieux ? L’effet pouvait-il être modifié par le conditionnement ou par une orchestration appropriée ? Ces problèmes prêtaient à des débats sans fin et les arguments qu’échangeaient les spécialistes n’étaient pas d’ordre strictement académique. Il en était résulté des compositions fort intéressantes.

Mais le dessin animé aux possibilités illimitées était la grande réussite de la Nouvelle-Athènes. Cent ans après Walt Disney, il restait encore beaucoup de choses à faire dans ce mode d’expression, le plus souple de tous. Les productions de l’école réaliste ne se distinguaient pas de la photographie, ce qui suscitait les sarcasmes des partisans du film d’animation abstrait.

Le groupe d’artistes et de savants qui avait le moins progressé était justement celui qui avait suscité le plus d’intérêt – et le plus d’inquiétude : l’équipe travaillant sur l’« identification totale ». Son activité était indissolublement liée à l’histoire du cinéma. Après le film muet, il y avait eu le parlant, puis la couleur, puis la stéréoscopie et, enfin, le cinérama, et chacun de ces perfectionnements avait contribué à combler toujours davantage le fossé séparant les archaïques « images animées » de la réalité elle-même. Le 7e Art s’achevait-il là ? Sûrement pas. Son avatar ultime serait atteint quand le public oublierait qu’il était un public et prendrait part à l’action. Cela impliquerait la stimulation de tous les sens, peut-être même le recours à l’hypnose, mais beaucoup estimaient que c’était réalisable. Lorsque l’on en serait arrivé à ce point, ce serait un fantastique enrichissement de l’expérience humaine. Une personne deviendrait – temporairement, tout au moins – quelqu’un d’autre et pourrait être partie prenante de n’importe quelle aventure concevable, réelle ou imaginaire. Elle pourrait même se muer en plante ou en animal s’il se révélait possible de capter et d’enregistrer les impressions sensorielles d’autres créatures vivantes. Et, le « spectacle » terminé, elle en garderait un souvenir aussi vivace que celui d’événements effectivement vécus.

Pareille perspective était vertigineuse. Beaucoup la trouvaient, aussi, terrifiante et espéraient que l’entreprise échouerait. Mais ceux-là savaient néanmoins au fond de leur cœur que lorsque la science a déclaré qu’une chose est possible, celle-ci se réalise inéluctablement.

Tels étaient donc la Nouvelle-Athènes et quelques-uns de ses rêves. Elle souhaitait devenir ce que l’Athènes de l’Antiquité aurait peut-être été si elle avait disposé de machines au lieu d’esclaves, si elle avait été fécondée par la science au lieu de s’attacher à la superstition. Mais il était encore beaucoup trop tôt pour dire si l’expérience réussirait.

16

Jeffrey Greggson ne s’intéressait encore ni aux recherches esthétiques ni à la science, les deux grandes préoccupations de ses aînés, mais il approuvait chaleureusement la Colonie pour des raisons d’ordre strictement personnel. La mer, qui n’était jamais qu’à quelques kilomètres, le fascinait. Sa courte existence avait été jusque-là celle d’un terrien et le fait de se trouver entouré d’eau de tous côtés était une nouveauté dont il n’était pas encore blasé. Bon nageur, il enfourchait souvent sa bicyclette en emportant ses palmes et son masque respirateur pour explorer les hauts-fonds du lagon avec des camarades. Au début, Jean avait fait la grimace mais après avoir piqué quelques têtes, sa peur de la mer et des étranges créatures qui l’habitaient l’avait abandonnée et elle laissait Jeffrey s’amuser comme il l’entendait – à condition de ne jamais se baigner seul.

Fey était un autre membre de la tribu Greggson à se féliciter du changement. Superbe retriever doré, Fey appartenait théoriquement à George mais elle suivait Jeffrey comme son ombre. Tous deux étaient inséparables et ils ne se seraient pas plus quittés la nuit que le jour si Jean n’y avait mis le holà. Ce n’était que lorsque Jeffrey partait à bicyclette que Fey restait à la maison. Couchée devant la porte, le museau entre les pattes, elle attendait en surveillant la route de ses yeux humides et tristes. George, qui avait payé une coquette somme cette chienne à pedigree, trouvait cette situation quelque peu mortifiante. Il lui faudrait apparemment patienter jusqu’à ce que Fey mette bas – l’heureux événement se produirait dans trois mois – pour avoir enfin son chien à lui. Jean, elle, avait une autre optique. Elle avait de l’affection pour Fey mais trouvait qu’un chien dans une maison, c’était largement suffisant.

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