Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Ce fut à ce moment qu’il prit conscience de la clameur venant du récif. Il n’avait jamais entendu un bruit pareil et il s’immobilisa, intrigué. Ses pieds nus enfonçaient doucement dans le sable mou. Il remarqua à peine l’énorme poisson qui se convulsait dans les affres de l’agonie à quelques mètres de lui. Il tendait l’oreille, attentif à la rumeur qui s’amplifiait.
C’était un bruit de succion, une sorte de gargouillement, et l’on aurait dit une rivière tumultueuse envahissant un étroit chenal. C’était la voix de l’océan qui reculait à contrecœur, furieux d’abandonner, ne fût-ce que pour un court instant, les terres qui lui appartenaient légitimement. Passant entre les gracieuses arborescences des coraux, s’engouffrant dans des grottes secrètes, des millions de tonnes d’eau, chassées du lagon, se précipitaient dans l’immensité du Pacifique.
Elles reviendraient très bientôt. Et très vite.
Quelques heures plus tard, l’une des équipes de sauveteurs retrouva Jeff juché sur un gros banc de corail qui pointait vingt mètres au-dessus du niveau normal des eaux. L’enfant ne paraissait pas particulièrement effrayé bien qu’il se fît beaucoup de souci à cause de sa bicyclette qui avait disparu. Il était, en outre, très affamé. La destruction partielle de la jetée l’avait, en effet, isolé et empêché de rentrer chez lui. Au moment où on l’avait récupéré, il était en train d’envisager de rejoindre la Nouvelle-Athènes à la nage, ce qu’il aurait pu faire sans grande difficulté si les courants n’avaient pas été fortement modifiés.
Jean et George avaient été témoins de la catastrophe qui avait frappé l’île et de ses conséquences. Les dégâts infligés aux zones les plus basses étaient sérieux mais on ne déplorait aucune perte en vie humaine. Les sismographes n’avaient pu jeter l’alarme que quinze minutes avant le déclenchement du raz de marée, mais ce délai avait été suffisant pour que chacun eût le temps de se mettre à l’abri. La Colonie, à présent, pansait ses plaies et commençait à accumuler tout un corpus de récits légendaires qui deviendraient de plus en plus terrifiants au fil des années.
Jean éclata en sanglots quand on lui ramena son fils : elle était bel et bien persuadée qu’il avait été emporté par les flots depuis qu’elle avait vu avec horreur la sombre muraille liquide couronnée d’écume surgir en rugissant des profondeurs de l’horizon et balayer la base de Sparte. Il était inconcevable que Jeff eût pu se mettre à temps en lieu sûr.
Il fut incapable de donner une relation très cohérente de l’événement, ce qui n’avait rien de très étonnant. Lorsqu’il fut restauré, ses parents le couchèrent.
— Maintenant, dors, mon chéri, et ne pense plus à ça, lui dit Jean. Tout va bien.
— Mais ça a été amusant, maman, protesta-t-il. Je n’ai pas eu vraiment peur.
— Je t’en félicite, fit George. Tu es un petit garçon courageux. Heureusement que tu as eu l’intelligence de t’enfuir à temps. J’ai entendu parler de ces lames de fond. Des tas de gens se noient parce qu’ils vont sur une plage non protégée pour voir ce qui se passe.
— C’est ce que j’ai fait, avoua le garçon. Et je me demande bien qui est venu à mon aide.
— Que veux-tu dire ? Il n’y avait personne. Tes petits camarades étaient dans les collines.
Une expression de surprise se peignit sur les traits de Jeff.
— Pourtant, quelqu’un m’a dit de prendre mes jambes à mon cou.
Jean et George échangèrent un regard chargé d’une légère inquiétude.
— Tu… tu veux dire que tu t’es figuré entendre quelqu’un ?
— Cela suffit, George, s’exclama Jean un peu trop précipitamment sur un ton anxieux. Ce n’est pas le moment de l’énerver.
Mais son mari avait de la suite dans les idées :
— Je tiens à tirer cette affaire au clair. Raconte-moi exactement ce qui s’est produit, Jeff.
— Eh bien, j’étais sur la plage près de la vieille épave lorsque la voix m’a parlé.
— Qu’est-ce qu’elle disait ?
— Je ne m’en souviens pas très bien. Quelque chose comme : « Jeffrey, monte en haut de la colline aussi vite que tu pourras. Si tu restes là, tu vas te noyer. » Je suis sûr qu’elle m’a appelé Jeffrey, et pas Jeff. Ça ne pouvait donc pas être quelqu’un que je connais.
— Était-ce une voix d’homme ? Et d’où venait-elle ?
— Elle était toute proche. Et on aurait dit que c’était celle d’un homme…
Comme Jeff hésitait, George insista :
— Continue. Suppose que tu es là, sur la plage. Explique-nous bien ce qui s’est passé.
— C’était une voix… comme je n’en avais jamais entendu. Je crois qu’elle appartenait à un homme très grand.
— Et c’est tout ce qu’elle t’a dit ?
— Oui… jusqu’à ce que je commence à grimper dans la colline. Et puis, il y a eu quelque chose de drôle. Tu connais le sentier qui mène à la cime ?
— Oui.
— Je le montais en courant parce que c’était le chemin le plus rapide. J’avais compris ce qui se passait parce que j’avais vu la grosse vague qui approchait. Et elle faisait un bruit terrible. Brusquement, je me suis trouvé en face d’un énorme rocher qui me barrait le passage. Il n’était pas là avant et il n’y avait pas moyen d’en faire le tour.
— C’était sans doute la secousse qui l’avait déplacé, murmura George.
— Chut ! Laisse-le continuer.
— Je ne savais pas quoi faire. Et j’entendais la vague qui se rapprochait. Alors, la voix a dit : « Jeffrey, ferme les yeux et cache-toi la figure dans les mains. » Ça m’a paru un peu idiot, mais j’ai quand même obéi. Il y a eu un éclair formidable – je l’ai senti – et quand j’ai rouvert les yeux, le rocher était parti.
— Parti ?
— Oui… il n’était plus là. Je me suis remis à courir et je me suis presque brûlé la plante des pieds tellement c’était chaud par terre. L’eau a sifflé en arrivant à cet endroit mais la vague n’a pas pu m’entraîner – j’étais déjà trop haut. C’est tout. Je suis redescendu quand il n’y a plus eu de vagues. Je me suis aperçu alors que ma bicyclette avait disparu et que la route pour rentrer était coupée.
— Ne t’inquiète pas pour ton vélo, chéri, dit Jean en serrant tendrement son fils dans ses bras. Tu es sain et sauf, c’est la seule chose qui importe. Le pourquoi et le comment, c’est sans intérêt. On t’en donnera un autre.
En dépit de ces propos lénifiants, Jean et George tinrent un conseil de guerre dès qu’ils eurent quitté la chambre des enfants. Aucune décision n’en sortit mais cette conférence eut deux conséquences. Le lendemain, Jean conduisit à l’insu de George son fils auprès du psychologue infantile de la Colonie qui écouta attentivement Jeff, pas le moins du monde impressionné, narrer une fois de plus son aventure. Puis, tandis que le petit garçon qui ne se doutait de rien repoussait successivement dans la pièce voisine tous les jouets qu’on lui présentait, il s’employa à rassurer la maman :
— Il ne manifeste aucun indice de comportement mental anormal. N’oubliez pas qu’il a subi une épreuve effrayante dont il s’est admirablement bien sorti. C’est un enfant doué d’une imagination fertile et il croit probablement dur comme fer à cette histoire. Vous n’avez qu’à faire comme si vous l’acceptiez. Et ne vous inquiétez pas, sauf si d’autres symptômes se manifestent ultérieurement. Dans ce cas, avertissez-moi tout de suite.
Le soir, Jean fit part du verdict du psychologue à George. Ce dernier n’eut pas l’air aussi soulagé qu’elle l’espérait, ce qu’elle attribua aux dégâts qu’avait subis son cher théâtre. Il se contenta de grommeler un vague « tant mieux ! » avant de se plonger dans la lecture du dernier numéro de Plateau et Studio. À croire qu’il se désintéressait totalement de cette affaire. Elle lui en voulut un peu.