Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
1 ... 42 43 44 45 46 47 48 49 50 ... 169
Перейти на страницу:

100. Les désirs sont ou naturels et nécessaires, comme le boire et le manger, ou naturels et non nécessaires, comme l'accouplement avec les femelles, ou encore ni naturels ni nécessaires : ceux des hommes sont presque tous de cette dernière sorte, ils sont superflus et artificiels. Car il est étonnant de voir à quel point la nature se contente de peu, et combien peu elle nous a laissé à désirer : ce que l'on prépare dans nos cuisines ne relève pas de son autorité et les Stoïciens disent qu'un homme pourrait se nourrir d'une olive par jour. Elle ne nous dicte pas la qualité de nos vins, ni ce que nous ajoutons de surcroît à nos appétits amoureux :

Point n'est besoin du c... de la fille d'un grand consul221.

[Horace Satires I, II, 70]

 

101. Ces désirs étrangers, que l'ignorance du bien et des idées fausses ont insinués en nous sont si nombreux, qu'ils chassent presque tous ceux qui sont naturels : ni plus ni moins que si, dans une cité, il y avait un si grand nombre d'étrangers qu'ils viennent à en chasser les habitants naturels ou à affaiblir leur autorité et leur pouvoir ancien, s'en emparant entièrement pour l'usurper. Les animaux se conduisent de façon beaucoup mieux réglée que nous, et se maintiennent avec plus de modération dans les limites que la Nature nous a prescrites ; mais pas au point cependant de n'avoir aucune ressemblance avec nos dérèglements. Et de même qu'il est arrivé que des désirs frénétiques ont poussé les hommes à l'amour avec des animaux, les animaux se trouvent parfois aussi épris d'amour pour nous, et se prêtent à des passions contre nature d'une espèce à l'autre. Ainsi de l'éléphant rival d'Aristophane le Grammairien dans l'amour pour une jeune marchande de fleurs dans la ville d'Alexandrie ; il ne lui cédait en rien dans le comportement d'un soupirant passionné : se promenant sur le marché où l'on vendait des fruits, il en prenait avec sa trompe, et les lui apportait. Il ne la quittait pas des yeux, ou le moins qu'il lui était possible, et passait quelquefois sa trompe par dessous son col jusque dans son giron, pour lui tâter les seins. On raconte aussi l'histoire d'un dragon amoureux d'une fille, celle d'une oie éprise d'un enfant, dans la ville d'Asope, et d'un bélier faisant sa cour à la musicienne Glaucia. Et l'on voit couramment des singes furieusement épris d'amour pour des femmes, et l'on voit aussi certains animaux mâles s'adonner à l'amour de leurs congénères du même sexe.

102. Oppien et d'autres donnent quelques exemples qui montrent le respect que les animaux attachent à la parenté lors de leurs mariages, mais l'expérience nous montre bien souvent le contraire.

La génisse n'a pas honte de se livrer à son père,

Et la pouliche au cheval dont elle est née ;

Le bouc s'unit aux chèvres qu'il a engendrées,

Et l'oiselle à l'oiseau qui lui donna le jour.

[Ovide Les Métamorphoses X, v. 325]

 

103. Pour ce qui est de l'astuce malicieuse, en est-il un meilleur exemple que celui du mulet du philosophe Thalès ? Comme il traversait une rivière alors qu'il était chargé de sel, il y trébucha malencontreusement, et mouilla les sacs qu'il portait. S'étant rendu compte que le sel dissous avait allégé sa charge, il ne manquait jamais ensuite, dès qu'il rencontrait un ruisseau, de s'y plonger avec ses sacs, jusqu'à ce que son maître, ayant découvert son stratagème, le fasse charger de laine. Se trouvant déjoué, il abandonna sa ruse ! Il y a des animaux qui nous renvoient naturellement l'image de notre cupidité, car ils cherchent obstinément à s'emparer de tout ce qu'ils peuvent et le dissimulent soigneusement, même s'ils n'en ont pas l'usage.

104. Au chapitre des soins du ménage, ils nous surpassent non seulement dans cette prévoyance qui leur fait amasser et épargner pour les jours à venir, mais ils manifestent aussi une bonne connaissance de ce qu'il faut savoir en ce domaine. Les fourmis étendent hors de leur fourmilière leurs graines et leurs semences pour les éventer, les rafraîchir et les faire sécher quand elles voient qu'elles commencent à moisir et à sentir le rance, pour éviter qu'elles ne se corrompent et pourrissent. Mais les précautions et les soins qu'elles apportent à ronger les grains de blé dépassent tout ce que l'on peut imaginer. Le blé ne demeure pas toujours sec ni sain, mais se ramollit, se détrempe et se liquéfie, devenant comme du lait en commençant à germer ; alors, de peur qu'il ne devienne semence et ne perde sa nature et ses propriétés de conservation nécessaires à leur nourriture, elles rongent l'extrémité par où le germe sort habituellement.

105. Quant à la guerre, qui est la plus grande et la plus magnifique des actions humaines, j'aimerais bien savoir si l'on peut en tirer argument pour notre supériorité, ou bien au contraire une preuve de notre faiblesse et imperfection. Car elle est vraiment la science de nous déchirer et entre-tuer, de provoquer la ruine et la perte de notre propre espèce, et il me semble qu'elle n'offre pas grand-chose qui puisse être désiré par les animaux qui ne la connaissent pas.

Quand donc un lion plus vaillant

A-t-il ôté la vie à un autre ?

Dans quelle forêt un sanglier est-il mort sous la dent

D'un plus fort que lui ?

[Juvénal Satires XV, v. 160]

 

106. Mais les bêtes n'en sont pas toutes exemptes, pourtant. En témoignent les furieux combats des « reines » d'abeilles, comparables aux campagnes guerrières de deux princes ennemis :

Souvent entre deux « reines222 » éclate une discorde

Provoquant une émeute ; on peut alors imaginer

L'acharnement et la fureur guerrière

Qui s'emparent du peuple.

[Virgile Géorgiques IV, v. 67]

Je ne lis jamais cette admirable description sans y voir représentées la sottise et la vanité humaines. Car ces mouvements guerriers qui nous saisissent d'épouvante et d'horreur, cette tempête de sons et de cris,

L'éclair des armes s'élève jusqu'au ciel,

Et la terre alentour reluit de l'éclat de l'airain ;

Le sol sous le pas cadencé des soldats retentit,

Et les monts que frappent leurs clameurs

En renvoient jusqu'aux astres l'écho.

[Lucrèce De la Nature II, vv. 325-328]

Il est plaisant de voir que cet effrayant déploiement de tant de milliers d'hommes armés, de tant de fureur, d'ardeur et de courage est si souvent mis en branle pour de vaines raisons, et qu'il s'arrête si souvent pour des raisons anodines.

Les amours de Pâris, dit-on, plongèrent la Grèce

Dans une guerre funeste contre les Barbares.

[Horace Épîtres I, 2]

 

107. Ainsi toute l'Asie courut à sa perte et s'épuisa en guerres à cause de l'adultère de Pâris ! Le désir d'un seul homme, un dépit, un plaisir, une jalousie intime, toutes choses qui ne devraient même pas conduire deux harengères à s'égratigner, voilà bien le motif d'une telle tempête ! Et si nous voulons en croire ceux-là même qui en ont été les principaux responsables et acteurs, écoutons le plus grand, le chef victorieux entre tous et le plus puissant qui fut jamais : le voici223 qui se moque et tourne en dérision, de façon comique et spirituelle, plusieurs batailles hasardeuses livrées sur terre et sur mer, le sang et la vie de cinq cent mille hommes qui le suivirent et subirent son sort, les forces et les richesses des deux parties du monde épuisées pour le service de ses entreprises...

1 ... 42 43 44 45 46 47 48 49 50 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)