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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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76.Chrysippe était aussi méprisant que tout autre philosophe en ce qui concerne la condition des animaux. Mais il avait observé, à un carrefour de trois chemins, les mouvements d'un chien à la recherche de son maître égaré ou poursuivant une proie qui fuyait devant lui. L'ayant vu essayer un chemin après l'autre et, après s'être assuré qu'aucun des deux premiers ne portait la trace de ce qu'il cherchait, s'élancer dans le troisième sans hésiter, il fut contraint de reconnaître qu'en ce chien-là s'était opéré un raisonnement du genre : « J'ai suivi mon maître jusqu'à ce carrefour, il faut nécessairement qu'il ait pris l'un de ces trois chemins ; puisque ce n'est pas celui-ci, ni celui-là, il faut donc forcément qu'il soit passé par le troisième. » Fondant sa certitude sur ce raisonnement, le chien n'a plus besoin alors de son flair pour le troisième chemin et n'y fait plus d'enquête, il s'en remet à la raison. Cette attitude proprement dialecticienne, cet usage de propositions divisées puis reconstruites, l'énumération complète des termes suffisant à entraîner la conclusion — ne vaut-il pas mieux dire que le chien tire cela de lui-même plutôt que de Georges de Trébizonde211 ?

77. Il n'est pas impossible d'éduquer les animaux à notre façon. Nous apprenons à parler aux merles, aux corbeaux, aux pies, aux perroquets, et nous leur reconnaissons cette capacité à nous offrir une voix et un souffle si souples et si maniables que nous pouvons les amener à prononcer un certain nombre de lettres et de syllabes ; et cela témoigne de ce qu'ils ont en eux-mêmes une capacité de raisonnement qui les rend aptes à cet apprentissage et désireux de le faire. On finirait par se lasser, je crois, de voir toutes les singeries que les bateleurs apprennent à leurs chiens : les danses dans lesquelles ils ne manquent pas une seule mesure de ce qu'ils entendent, les divers mouvements et sauts qu'ils leur commandent rien que par la parole. Mais je suis plus étonné par le comportement, pourtant assez courant, des chiens d'aveugles, à la ville comme à la campagne. J'ai observé comment ils s'arrêtent à certaines portes où ils reçoivent habituellement des aumônes, comment ils savent éviter les voitures et les charrettes, alors même qu'en ce qui les concerne ils auraient assez de place pour passer. J'en ai même vu un, le long d'un fossé de la ville, délaisser un sentier pourtant plat et commode et en choisir un bien pire, simplement pour éloigner son maître du fossé. Comment pouvait-on avoir fait comprendre à ce chien que sa charge consistait à veiller sur la sécurité de son maître, et à négliger ses propres commodités pour le servir ? Comment pouvait-il savoir que tel chemin assez large pour lui ne l'était pas pour un aveugle ? Tout cela peut-il se comprendre sans réflexion et raisonnement212 ?

78. Il ne faut pas oublier ce que Plutarque dit d'un chien qu'il a vu à Rome au Théâtre de Marcellus, avec l'Empereur Vespasien, le père. Ce chien servait à un bateleur qui jouait une pièce à plusieurs scènes et plusieurs personnages, et il y tenait son rôle. Entre autres choses, il fallait qu'il fasse le mort pendant un certain temps, comme s'il avait avalé du poison. Après avoir avalé le pain qu'on faisait passer pour le poison, il commença bientôt à trembler et s'agiter, comme s'il était étourdi, et finalement, s'étendant de tout son long et se raidissant, comme s'il était mort, il se laissa tirer et traîner d'un endroit à un autre, comme le voulait la pièce ; puis quand il sut que le moment était venu, il commença d'abord à remuer doucement, comme s'il sortait d'un profond sommeil, et levant la tête, regarda ici et là, d'une façon qui étonnait les spectateurs.

79. Dans les jardins de Suse, des bœufs étaient employés à arroser et à faire tourner de grandes roues qui servaient à tirer de l'eau, et auxquelles des baquets étaient attachés (comme cela se voit souvent en Languedoc). On leur avait ordonné de tirer par jour jusqu'à cent tours chacun, et ils étaient si habitués à ce nombre, qu'il était impossible, même de force, de leur en faire tirer un tour de plus : ayant accompli leur tâche, ils s'arrêtaient tout net. Nous sommes, nous, adolescents avant même de savoir compter jusqu'à cent, et nous venons de découvrir des peuples qui n'ont aucune connaissance des nombres.

80. Il faut plus d'intelligence pour instruire autrui que pour être instruit soi-même. Laissons de côté ce que Démocrite pensait et voulait prouver, à savoir que la plupart des arts nous ont été enseignés par les animaux : l'araignée nous a appris à tisser et à coudre, l'hirondelle à bâtir, le cygne et le rossignol à faire de la musique, et nous avons appris la médecine en imitant ce que font plusieurs autres. Aristote dit que les rossignols enseignent le chant à leurs petits, et y consacrent du temps et du soin, et que c'est la raison pour laquelle le chant de ceux que nous élevons en cage, et qui n'ont pas eu le loisir de suivre les cours de leurs parents, perd beaucoup de son charme. Nous pouvons en déduire que le chant s'améliore par la discipline et par l'étude, et que chez les oiseaux libres eux-mêmes, il n'est pas unique et uniforme : chacun en a pris sa part autant qu'il le pouvait. Et dans le zèle de l'apprentissage, ils rivalisent de telle façon, et se combattent de façon si courageuse que parfois le vaincu en meurt, le souffle lui manquant plutôt que la voix. Les plus jeunes méditent, pensifs, et s'entraînent à imiter certains couplets de la chanson : l'élève écoute la leçon de son précepteur, et la récite avec le plus grand soin. Ils se taisent à tour de rôle, et on les entend corriger leurs fautes, on perçoit certaines critiques du précepteur.

81. « J'ai vu autrefois — dit Arrius213 — un éléphant ayant une cymbale pendue à chaque cuisse, et une autre à la trompe, au son desquelles tous les autres dansaient en rond, se soulevant et s'inclinant selon la cadence de l'instrument qui les guidait ; et on trouvait du plaisir à entendre cette harmonie. » Aux spectacles donnés à Rome, on voyait couramment des éléphants dressés à se mouvoir et danser au son de la voix, des danses à nombreuses figures, avec des rythmes brisés et diverses cadences très difficiles à apprendre. On en a vus qui répétaient en privé leur leçon, et s'exerçaient avec soin et application pour ne pas être rabroués et battus par leurs maîtres.

82. Mais l'histoire de la pie, dont Plutarque lui-même se porte garant, est extraordinaire. Cette pie se trouvait dans la boutique d'un barbier, à Rome, et contrefaisait étonnamment tout ce qu'elle entendait. Un jour, il advint que des trompettes s'arrêtèrent et sonnèrent longtemps devant cette boutique ; à partir de là, et tout le lendemain, la pie demeura comme pensive, muette et mélancolique. Tout le monde s'en étonnait, et l'on pensait que le son des trompettes l'avait peut-être assourdie et étourdie, et que sa voix s'en était allée avec son ouïe... Mais on s'aperçut bientôt que c'était par une profonde concentration et une retraite intérieure qu'elle s'exerçait et préparait sa voix à reproduire le son des trompettes : car les sons qu'elle fit entendre à nouveau étaient bien ceux-là, avec l'expression parfaite de leurs pauses, de leurs reprises, et de leurs nuances. Avec ce nouvel apprentissage, elle avait abandonné et dédaignait maintenant tout ce qu'elle savait dire auparavant.

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