Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Nous sommes en démocratie, n’est-ce pas ? Nous ne faisions de mal à personne.Ces réunions se déroulaient exclusivement entre adultes consentants. De toute façon, c’était terminé, Nadine ne s’en occupait plus, elle en avait assez de ces gens qui venaient s’encanailler chez elle.
— L’une de ces parties aurait-elle pu mal tourner ?
— Non. Ça se passait toujours bien. Chacun en connaissait les règles et les limites.
— Qui était vraiment Nadine Pascoli ?
Jocelyne Rouquier eut un petit sourire triste.
— Un être sensible, profondément blessé par la vie. Une femme intelligente, victime de ses passions, exigeante, fidèle en amitié, contrairement à tout ce qu’on a dû vous dire. Vous connaissez les gens, ils adorent les ragots, souvent ils ne comprennent rien et racontent n’importe quoi. J’appréciais sa franchise, sa force de caractère… Et cette fragilité qui la rendait proche des gens. Nadine dérangeait. Elle en avait bavé dans sa jeunesse mais je n’ai jamais su ce qui s’était vraiment passé, elle ne souhaitait pas en parler. En dehors de cette zone d’ombre, une grande connivence nous liait, Nadine et moi.
Bérangère découvrait, de jour en jour, l’extrême complexité de la personnalité de la défunte. En fin d’entretien, elle posa une photo sur le bureau de Jocelyne Rouquier. Il s’agissait de la photo dérobée chez le caviste par Bauer.
— Vous connaissez ces hommes ? demanda-t-elle.
L’éditrice prit le temps de détailler les visages puis elle tendit la photo au lieutenant Fernandez.
— Je reconnais trois de ces hommes sur quatre, dit-elle. Thibault Lavigne au centre, et deux de ses amis. Lavigne et moi sommes brouillés depuis quelques années. C’est un sale caractère, il reste persuadé que je suis responsable du comportement de Nadine, mais il se fourvoie. Je le respecte néanmoins parce qu’il aimait vraiment Nadine, malgré leur divorce, et qu’il se comportait comme un gentleman avec elle. Les deux autres étaient des amis du couple. Ils participaient à nos soirées mais je ne connais pas leurs noms. Nous ne connaissions que nos prénoms, ça faisait partie du jeu dont les règles étaient imposées par Nadine. Celui-là, Victor, ne ratait jamais un rendez-vous. L’autre, un certain Gérard, est un type plutôt effacé qui ne venait pas régulièrement. Le quatrième, je ne l’ai jamais vu.
Bérangère montra ensuite une photo de Laurette Vanhoolt.
— Non, fit l’éditrice, je n’ai jamais vu cette jeune fille à nos soirées. La moyenne d’âge était bien plus élevée. Nadine n’aurait jamais accepté de voir des gamines à ses petites fêtes. La pédophilie, ce n’était pas son genre.
— Pourtant, Mme Pascoli ne craignait pas de fréquenter un homme de vingt ans plus jeune qu’elle.
— Vous voulez parler d’Adrien, son correcteur ? Ce n’est pas la même chose, c’est un garçon d’une trentaine d’années, il est adulte. Adrien savait parfaitement à quoi s’en tenir avec Nadine.
À peine sortie de la maison d’édition, le lieutenant Fernandez appela Ughetti sur son portable. Tout en marchant dans la rue, elle l’informa de sa trouvaille.
— Lebrognec et Sentenac faisaient partie des soirées, contrairement à ce qu’ils ont déclaré. Jocelyne Rouquier les a formellement reconnus sur la photo.
Puis elle appela Escoffier :
— Damien, tu avais raison, les amis du libraire sont de fieffés salauds. Jamais ils ne mentent, ils éludent seulement les questions qui fâchent. Il faudrait les cuisiner comme ils le méritent, sans prendre de gants.
De son côté, le brigadier Loyrette s’occupait du caviste François Caton. Il voulait arriver avant l’ouverture du magasin pour prendre la température. À 8 h 45, il se tenait sur le trottoir en vis-à-vis, adossé à la vitrine d’une pharmacie. François Caton avait déjà été entendu à la brigade. Ses propos corroboraient ceux de ses amis, cependant, à travers les PV, la même retenue transparaissait. Il fallait reprendre, l’un après l’autre, tous les entretiens.
Le caviste vivait avec sa femme, dans un appartement situé au-dessus du magasin franchisé ; il avait été indépendant dans les années 80, avant de céder à une marque réputée. Ce mordu d’œnologie se satisfaisait d’une vie routinière. Il ouvrait de 9 heures à 13 heures, montait déjeuner chez lui par l’escalier intérieur, redescendait du premier étage à 14 heures. Sa femme le rejoignait dans l’après-midi et s’occupait de la comptabilité jusqu’à la fermeture. Tous les matins, il accomplissait les mêmes gestes : d’abord il allumait la lumière, été comme hiver, car le magasin formait une poche lambrissée où le soleil ne s’aventurait jamais. Il manipulait ensuite son ordinateur, ouvrait la caisse, jetait un coup d’œil au stock, rangeait les cartons, triait les factures et ouvrait le magasin à 9 heures précises. Sa clientèle se composait essentiellement de gens du quartier.
Loyrette suivait des yeux la mise en place du caviste, absorbé dans sa routine. Il observait le petit jeu du commerçant dont les gestes, alertes, appartenaient à un homme aimant son métier, dont les affaires tournaient bien. D’une taille moyenne, il portait une fine moustache soigneusement dessinée. À l’heure affichée sur la porte, François Caton enfila un tablier noir et débloqua les serrures. À ce moment-là seulement, il croisa le regard du brigadier, baissa les yeux et retourna à ses occupations. Loyrette poussa la porte du magasin et se présenta.
— J’ai été interrogé par vos collègues, au quai des Orfèvres. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.
— Nous reprenons toutes les investigations, monsieur Caton.
— Je vous répète que j’ai dit tout ce que je savais au cours de cette audition, je ne comprends pas pourquoi vous venez me harceler dans mon magasin.
Le caviste montrait de l’impatience, il avait mieux à faire à l’heure de l’ouverture que de bavarder. D’ailleurs, un camion de livraison tentait une manœuvre acrobatique devant la boutique.
— On va me livrer dans un instant. Que voulez-vous au juste ?
De ses yeux anxieux, Caton suivait le manège du livreur qui sortait son diable.
— En mai 68, commença Loyrette imperturbable, vous ne faisiez pas partie de la bande de Thibault Lavigne, n’est-ce pas ?
Le commerçant répondit à contrecœur :
— Non. Je suis arrivé dans le secteur dans les années 80, c’est à cette époque que j’ai rencontré Thibault et ses amis qui sont devenus les miens par la suite. Je suis une pièce rapportée en quelque sorte. Tous les trois se connaissent et travaillent dans le livre ou la brocante depuis une éternité. Le vin s’est greffé là-dessus, la lecture et le vin font assez bon ménage.
— Ils vous auront certainement fait des confidences… autour d’une bonne bouteille. Ne vous ont-ils jamais raconté comment les choses s’étaient passées pour eux en 68 ?
— Décidément, vous y tenez, à votre mai 68. Ce n’est pas notre sujet de conversation favori, si vous voulez savoir. Nous sommes d’honnêtes commerçants qui travaillons durement pour faire face aux charges, aux impôts et à la paperasserie administrative. Nous n’avons pas le temps d’épiloguer sur une révolution qui a plus ou moins raté.