Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Quand enfin elle fut assise sur le banc, à demi pelotonnée contre elle, tout près de pleurer de soulagement et d’épuisement, tante Rasa posa la seule question possible : « Au nom de la lune, que faisais-tu par ici au lieu de te présenter à la porte d’entrée comme les élèves normaux quand ils rentrent à des heures indues ? Avais-tu si peur de te faire réprimander que tu as préféré risquer de te rompre le cou à te promener dans les bois en pleine nuit ? »
Luet fit non de la tête. « Dans les bois, j’ai eu une vision, dit-elle. Mais je l’aurais peut-être aussi bien eue ailleurs, et dans ce cas-là, c’est ma propre bêtise qui m’a fait faire le tour de la maison. »
Ensuite, Luet dut raconter à tante Rasa tout ce qui s’était passé : la vision qu’elle avait décrite à Nafai, qui l’avertissait du complot contre Wetchik ; les paroles de la sainte femme dans la rue obscure ; et enfin l’apparition de Rasa et de quelques-unes de ses nièces.
« Je ne vois vraiment pas ce que peut signifier une telle vision, dit Rasa. Si Surâme ne te l’a pas dit, à toi, comment donc pourrais-je le savoir ?
— Je n’ai plus envie de me casser la tête là-dessus, répondit Luet. Je ne veux plus de visions, ni de discussions sur des visions ; je ne sais plus rien, sauf que j’ai mal partout et que j’ai envie de dormir !
— Bien sûr, c’est normal, l’approuva tante Rasa. Va dormir ; c’est à Wetchik et moi de réfléchir à la ligne de conduite à suivre, maintenant. À moins qu’il n’ait la bêtise d’estimer que l’honneur l’oblige à se présenter à ce rendez-vous perfide ! »
Luet eut soudain une pensée affreuse. « Et si Nafai ne l’avait pas prévenu ? »
Tante Rasa lui lança un regard sévère. « Nafai, ne pas prévenir son père d’un complot contre sa vie ? Je te rappelle que c’est de mon fils que tu parles ! »
Quelle importance pour Luet, qui n’avait jamais connu sa mère et dont le père pouvait être n’importe quel homme de la cité, avec une forte probabilité pour les plus bestiaux ? La relation de mère à fils n’avait pas grand sens pour elle. Dans un monde de promesses en l’air, tout était possible.
Non ! c’était son épuisement qui lui soufflait de ne faire confiance à personne. Ce qu’elle mettait en doute ici, ce n’était pas seulement la loyauté de Nafai, mais aussi et surtout le jugement de tante Rasa. Manifestement, ses facultés étaient embrouillées. À moitié guidée, à moitié portée, elle se laissa conduire jusqu’à la propre chambre de Rasa, où celle-ci l’étendit sur son grand lit moelleux ; mais Luet s’endormit avant même de comprendre où elle se trouvait.
« Alors, tu es restée dehors toute la nuit ! » dit Hushidh.
Luet ouvrit un œil. La lumière qui entrait par la fenêtre était éclatante, mais le fond de l’air encore froid. Il faisait grand jour, et Luet se réveillait seulement.
« Et tu n’as même pas pensé à sonner à la porte d’entrée !
— Je ne me fie pas toujours à mon intelligence, répondit Luet d’un ton calme.
— J’avais remarqué. Tu aurais dû m’emmener, dans ce cas-là.
— Ben tiens : à deux, on est moins voyants que tout seul, c’est bien connu !
— Et tu allais chez Wetchik ! Il ne t’est pas venu à l’idée que je pouvais connaître le chemin ?
— Mais je ne savais pas que c’était là que j’allais !
— Et toute seule, en pleine nuit ! Il aurait pu t’arriver n’importe quoi. Et toi qui me fais jurer bêtement de ne rien dire à personne ! Tante Rasa a bien failli m’écorcher vive et me mettre à sécher sous l’auvent quand elle a compris que j’étais au courant de ta sortie et que je ne l’avais pas prévenue !
— Allons, ne me fais pas la tête, Hushidh !
— Toute la cité est en ébullition, tu le sais ? »
Une frayeur soudaine transperça Luet. « Non, Hushidh ! Ne me dis pas qu’il y a quand même eu un meurtre !
— Un meurtre ? Non, ça m’étonnerait. Mais Wetchik a disparu avec tous ses fils ; il aurait fomenté un complot pour assassiner Roptat et Gaballufix lors d’un rendez-vous secret qu’il leur aurait donné à sa serre froide, près de la porte de la Musique : c’est ce que Gaballufix prétend avoir découvert.
— Mais c’est faux ! cria Luet.
— Ça, je m’en doute, répondit Hushidh. Je t’ai simplement répété ce que les partisans de Gaballufix racontent. Les rues sont pleines de ses soldats.
— Je suis épuisée, Hushidh, et je ne peux rien faire à tout ça !
— Tante Rasa pense le contraire, dit Hushidh ; c’est pour ça qu’elle m’a envoyée te réveiller.
— C’est vrai ?
— Bah, tu la connais. Elle m’a demandé deux fois – je cite – de “voir si la pauvre Luet continue à se reposer, comme elle en a grand besoin”. À la troisième fois, j’ai fini par piger qu’elle attendait que tu te lèves mais qu’elle n’avait pas le courage de m’ordonner de te réveiller.
— Quelle prévenance de ta part de lire ainsi entre les lignes, ma grande sœur chérie, mon bijou !
— Tu pourras repiquer un roupillon plus tard, ma petite sœur, ma douce baie de yagda ! »
Il ne fallut que quelques instants à Luet pour faire sa toilette et s’habiller, car elle était encore trop jeune pour que tante Rasa exige d’elle une coiffure et une tenue élégantes pour paraître en public. Elle avait ainsi le droit d’être elle-même, gauche et maigrichonne, ce qui demandait évidemment beaucoup moins d’efforts. Quand Luet descendit de la chambre, tante Rasa était dans son salon en compagnie d’un homme inconnu qu’elle lui présenta sur-le-champ.
« Voici Rashgallivak, chère Luet. C’est peut-être l’homme le plus loyal et le plus digne de confiance qui soit, d’après ce qu’a toujours répété mon compagnon bien-aimé.
— Je sers la maison du Wetchik depuis toujours, dit Rashgallivak, et je continuerai jusqu’à ma mort. Je ne viens peut-être pas d’une grande maison, mais je suis néanmoins un vrai Palwashantu. »
Tante Rasa acquiesça. Luet se demanda si elle devait la croire ou mettre en doute ce que disait cet homme ; mais Rasa semblait lui accorder confiance, et Luet décida d’en faire autant, provisoirement.
« C’est donc vous qui avez apporté le message d’avertissement, si je ne me trompe pas ? » demanda Rashgallivak.
Luet lança un regard étonné à tante Rasa.
« Il ne le répétera à personne, dit celle-ci. J’ai sa parole. Nous ne souhaitons pas t’impliquer dans ces tristes affaires politiques, ma chérie ; mais il fallait que Rash soit au courant, afin qu’il ne crût pas que mon Wetchik avait perdu l’esprit. Wetchik, vois-tu, lui a ordonné de faire quelque chose d’insensé.
— Je dois fermer l’exploitation, expliqua Rash sur le ton de la récitation, congédier le plus possible de personnel, me débarrasser de tous les animaux de bât et liquider les stocks. Je ne dois garder que les terrains, les bâtiments et les actifs disponibles, sur des comptes bloqués. Tout ça est très suspect, si mon maître est innocent. C’est en tout cas ce que diraient certains, qui, d’ailleurs, ne s’en privent pas.
— L’absence de Wetchik, dit Rasa, n’a été constatée qu’une demi-heure avant l’arrivée de Gaballufix qui a exigé, en tant que chef du clan Palwashantu, que toutes les propriétés de la famille de Wetchik lui soient remises. Il a même eu l’audace de parler de mon compagnon en se servant de son nom de naissance, Volemak, comme s’il avait été déchu du droit de porter le titre familial.
— Si mon maître a vraiment quitté Basilica définitivement, dit Rashgallivak, Gaballufix était dans son droit. Les propriétés ne peuvent être vendues ni données hors du clan Palwashantu.