Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Il la pressa contre son sein, afin de la réchauffer; son cœur à lui battait, mais celui de l’enfant restait immobile.
– Au secours! cria-t-il sourdement et sans savoir.
L’île était déserte à cette heure de nuit.
Pour réponse, il n’eut que le morne clapotement de l’eau qui murmurait en frôlant la rive.
Il éprouva un moment d’indicible angoisse à l’idée de son ignorance et de son impuissance. Il ne savait que faire. Deux grosses larmes jaillirent de ses yeux.
Puis, tout à coup, il poussa un cri de joie, souleva l’enfant dans ses bras, et se mit à courir de toute sa force en la tenant toujours serrée contre sa poitrine.
– Maman Soûlas! disait-il, je n’avais pas pensé à maman Soûlas!
Celle-là était un brave et digne cœur. Elle saurait bien trouver ce qu’il fallait pour secourir la jeune fille.
En une minute, il eut traversé toute l’île et gagné l’escalier qui monte au terre-plein de Henri IV.
La clôture l’arrêta un instant: il avait si grand-peur de blesser sa fillette!
Car elle était à lui, et Dieu sait qu’il vous eût malmené si vous lui aviez parlé de mourir maintenant.
La mort est bonne pour ceux qui n’ont affaire à personne.
Pour ceux qui n’ont rien à défendre ni à aimer.
Il avait cette enfant, lui, Paul, qui s’était résigné à ce que vous savez pour soulager la détresse de sa mère! Paul, qui était tout dévouement et tout amour. Il avait cette enfant; elle lui venait de Dieu.
Aussitôt qu’il eut franchi la clôture, il reprit sa course à travers le pont, puis le long du quai des Orfèvres.
Il ne touchait pas terre.
L’escalier tournant de la rue de Jérusalem fut franchi quatre à quatre et il arriva, haletant, à la porte de Mme Soûlas.
C’était là qu’était le salut.
Paul ne prit pas même le temps d’appuyer sa main contre sa poitrine révoltée et dans laquelle il sentait un feu. Il frappa à grands coups de poing à la porte de Thérèse en criant:
– Madame Soûlas! ma bonne maman Soûlas!
Mme Soûlas était en ce moment, sur la route de Saint-Germain, emportée par le trot cahotant de Marion (poison!) qui n’avait pas de mine mais qui allongeait comme une reine.
Paul Labre frappa de nouveau et plus fort.
L’idée ne lui venait pas que Mme Soûlas pût être hors de chez elle à cette heure.
Il s’étonnait de n’avoir point de réponse; la bonne femme connaissait si bien sa voix. Après sa mère, c’était elle qui l’avait le mieux aimé.
Quand il comprit enfin que frapper était inutile, les bras lui tombèrent, et il fut saisi par une sorte de terreur.
– C’est maintenant qu’elle est morte! pensa-t-il tout haut. Moi, je ne sais rien, je ne peux rien.
– Vous voulez donc la tuer, à la fin, maman Soûlas! s’écria-t-il avec un désespoir naïf, qui eût fait rire certaines gens, mais qui aurait mis des larmes dans les yeux de bien d’autres.
Toujours le même silence.
Paul prit sa propre clef et entra dans sa chambre.
Il n’avait plus de courage. Ce n’était pas en lui-même qu’il avait espéré.
Il déposa l’enfant sur son lit et alluma un flambeau. Il fut longtemps à faire cela. Ses mains maladroites lui refusaient service.
Il hésita avant de porter la lumière sur les traits de la fillette.
– Si maman Soûlas avait été là, murmurait-il, je n’aurais pas peur de la voir si pâle, car elle l’aurait sauvée.
Il avait raison de craindre; son premier regard rencontra une morte.
La pâleur de la pauvre Suavita avait des tons bleuâtres; ses chairs, touchées par la lumière, semblaient transparentes.
Partout où le marchef, puis Paul lui-même l’avaient étreinte tour à tour pour la porter, sa peau délicate montrait de larges meurtrissures, non point rouges mais livides.
Ses cheveux blonds mouillés, collés à ses tempes si frêles, n’en cachaient point entièrement les marbrures sinistres.
Elle avait les yeux demi-ouverts, on n’y voyait plus de prunelles.
Paul rendit un grand soupir.
Il eut le courage de toucher après avoir vu.
La rapidité de sa course l’avait réchauffé jusqu’à la fièvre. Au contact de ce corps humide et froid, il chancela sur ses jambes tremblantes.
– J’ai voulu me tuer, dit-il, Dieu me punit.
Il s’accroupit sur le carreau et resta immobile, tenant toujours son flambeau à la main.
– Pourquoi n’est-elle pas là! murmurait-il comme un pauvre fou. Jamais elle ne s’absente! Où peut-elle être? Et que faire! que faire!
Son regard éperdu parcourut la chambre, cherchant il ne savait quoi. Dans la chambre il n’y avait rien, pas même un peu d’eau.
Il avait l’habitude de tout prendre chez sa bonne voisine.
Que faire?
Il se traîna jusqu’au lit, et mit sa main sur le cœur de l’enfant.
Quelque chose battait là, mais si faiblement.
C’en fut assez, il se leva.
Il reprit Suavita dans ses bras, il la réchauffa comme sa mère aurait fait.
Il passait de la terreur à l’espoir, sans cause; puis l’épouvante revenait en lui plus terrible.
– Froide! toujours froide! dit-il avec une soudaine colère. Il me faut quelqu’un! J’aurai quelqu’un!
Il la déposa sur le lit et s’élança au-dehors.
Ces gens du n° 9, il ne les connaissait pas. Qu’importe? Il frappa à tour de bras au n° 9.
La maison était donc abandonnée! Point de réponse non plus de ce côté.
Paul lança un coup de pied dans la porte qui s’ouvrit aussitôt, parce que M. Badoît, en sortant, ne l’avait pas fermée à clef.
Paul entra.
Dans cette chambre triste et vide, il ne vit rien de ce que les autres avaient vu, mais il aperçut du premier coup d’œil une bouteille posée à terre, près de l’endroit où le panneau replacé cachait le trou.
Il prit la bouteille qui était vide mais qui, renversée, laissa tomber dans le creux de sa main quelques gouttes d’eau-de-vie.
Ces gouttes, il les apporta précieusement dans sa chambre et en frotta le visage de Suavita, dont les lèvres blanches donnèrent passage à un léger souffle.
Alors, vous ne l’auriez pas reconnu, ce vaincu de naguère. Il se redressa comme un pauvre qui aurait gagné le gros lot de cent mille francs et prit sa tête entre ses mains pour réfléchir, car une joie désordonnée lui faisait bondir le cœur.
Il se sentait devenir fou d’une autre manière; un transport d’allégresse montait à son cerveau.
Elle vivait! elle allait parler! elle allait sourire!
Le résultat de ses réflexions ne se fit pas attendre.
Il sortit pour la seconde fois sur le palier et y prit à pleines brassées du bois et du charbon qu’il empila dans sa petite cheminée.
Il y avait de quoi mettre le feu dix fois à la maison.
Il introduisit la lumière sous un tas de copeaux qu’il avait amoncelés par-devant, et bientôt une flamme brillante pétilla.
Alors, Paul arracha les draps de son lit et les approcha du foyer au risque de les flamber. Ses mains n’avaient plus de maladresse; il travaillait bien; il allait vite.