Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
Cette fois, Béru, comblé de bravos, stoppe nos applaudissements d’une main énergique et laisse retomber son bras.
— Depuis un sacré bout de moment, soupire-t-il, je m’ai éloigné de mon encyclopédie, les gars ! Vous savez ce que c’est ? Quand on a une nature inflammable, comme moi, Béru, on se laisse aller à la tartine. Mais c’est jamais inutile de dire le fond de sa pensée. Ça aide à y voir clair.
« Donc, revenons à l’éducation du jeune homme. Beaucoup, malgré ce que je viens de causer, sont timides et empruntés avec les filles. Quand une leur plaît, ils z’osent pas lui dire, ni lui faire comprendre. Pour ceux-là en question, je veux donner quelques formules. »
Il se pince très fort le haut du naze entre pouce et index afin de solliciter l’inspiration.
Elle vient.
— Une supposition, attaque l’Encyclopédique, qu’un jeune homme gratte dans un burlingue. Il tombe pâle pour une petite dactylo mignonnette et s’empêtre dans son sentiment. De loin il mate ses jambes croisées avec les bas sans couture, admire la manière qu’elle fume et celle qu’elle tapote son Undervoude — ou se recharge le rouge Baiser. Il rêve. Il s’angoisse de pas oser lui dire qu’elle lui a filé une lampe à souder à la place du battant. Voilà le bon jeune homme qu’a plus d’appétit, qui finit pas ses nouilles de midi et qui se surmène le métabolisme, comme dirait mon docteur. Comment s’y prendre pour se placer ? V’là un système. Tous les matins, le gars se pointe le premier au bureau, et il met sous la z’housse de la machine à écrire de la mignonne un petit bouquet de violettes (si ça serait la saison) ou de roses crémières. Pas la peine de meurtrir sa pagouze, c’est le geste qui compte. La gosseline, intriguée, elle demande qui lui fait cette gentille farce. L’amoureux ne moufte pas ; il continue. La dactylo, ça la démange de plus en plus de savoir. Pour charmer une nana, mes fils, y a que deux moyens : l’intriguer ou l’amuser. A la longue, miss Undervoude, elle en peut plus. Alors le petit homme n’a plus qu’à lui virguler une chouette bafouille parfumée lilas, dans le style “C’est moi, Julien, que je vous adore dans le secret de mon âme et qu’ose vous le bonnir qu’avec des fleurs”.
« Elle peut pas résister, même que le soupirant aurait la taille jockey, un nez en pied de marmite ou les lampions qui se croiseraient les bras. Toujours par écrit, puisque notre déluré de la marche arrière ose pas témériter, il pose la première ranque : “Je vous attendrai demain samedi, à partir de trois heures et jusqu’à la fin de ma vie à « Ma Bourgogne », boulevard Haussmann. On y trouve le meilleur beaujolais de Paris et des sandwiches au sauciflard que le Masque de Fer se serait fait poser un pipe-line pour en déguster”.
« Toujours chatoyer, les gars ! On les a à l’embellie. Je vous parie un fond de mercerie contre un fond de culotte que le lendemain, la chipoteuse de clavier est là, sur son trente et un. Ne soyez pas louf, surtout, à faire le poireau dès deux plombes ! Oh que non ! L’astuce consiste à se pointer avec une demi-heure de retard pour que la jeune vierge aye eu le temps de mijoter dans son angoisse. Du coup, elle est folle de joie en vous voyant. Vous chiquez à la panne de métro ou à l’encombrement de circulation. Vous lui prenez la pogne et vous murmurez, le regard noyé dans votre godet de Morgon :
« “Ah ! Germaine (si qu’elle s’appelle Germaine, œuf corse) ah ! Germaine, y dépend plus que de vous que je meure dorénavant d’estase ou de chagrin !”
« Si vous réussiriez une petite larmouille effarouchée, à cet instant, ça porterait le comble. La gosse, dopée, la voilà lancée dans la roucoulanche. Vous avez plus qu’à l’écouter, elle fait tout le boulot, comme dans un autre genre, votre bergère quand vous rentrez schlass à trois heures du matin. En résumé, l’arme du grand timide, c’est le romantisme. Y a que comme ça qu’il retombe sur ses pinceaux avec un joli râle à la Gérard Philipe.
« D’autres conseils, maintenant, enchaîne l’Intarissable. Quand vous drivez une gosse au ciné pour une petite partie de paluches, mettez pas de futal à fermeture Eclair, d’abord parce que ça fait du bruit dans le silence et qu’ensuite vous risquez de vous coincer au cas où les circonstances vous obligeraient à la précipitation. Rien ne vaut les braves boutons de nos grands-pères. A la chasse, poursuit l’Infatigable, ne pas profiter d’un taillis pour une saillie express. Des fois on est à l’affût avec une dame et comme rien ne débouche, plutôt que de laisser chômer son Lebel on décide de faire un autre carton. Dans ces cas-là, jamais s’allonger dans les fourrés. Ça intrigue les clébards qui viennent vous faire taïaut-taïaut sur le fignedé. Un miraud quelconque s’empresse alors et vous file une volée de chevrotines dans le valseur avant que vous eussiez le temps d’annoncer vos couleurs. Le jeune chasseur qui prend des fantaisies doit s’octroyer la Diane contre un arbre, jamais à l’horizontale. Vaut mieux être vu en train de jouer les scieurs de long que d’être confondu avec un garenne. »
Il essaie de cracher, mais en vain : plus rien ne sort de ses muqueuses déshydratées par le verbe.
La voix s’enroue, mais elle reste audible et véhémente.
— Je voudrais attaquer le chapitre de l’étudiant, malheureusement, j’ai jamais été au lycée et si je suis été à la fac de médecine c’était pour une affaire d’autopsie. Pourtant, j’ai un neveu qui a réussi un jour son entrée en sixième. Hélas, le môme Roger avait des déboires avec le latin. Tant qu’il avait été enfant de chœur il s’était payé des « Amen » impecs, mais au lycée, dans les grincheux grimoires bourrés d’inclinations, de décoctions et de tribulations il perdait la manette des gaz, Roro. Une vraie débâcle ! Ses vieux, mécontents, l’houspillaient et se saignaient pour lui payer un répétiteur. Fallait le voir, le pauvre biquet, bêler des trucs biscornus. Y causait toujours de la pommade Rosa dans ses divagations. Rosa, rosa ! qu’il bafouillait, la larme à l’œil ! Je croyais, au début, que c’était le blaze de sa bonne amie, et qu’il chevrotait son prénom pour se mettre du cuisant dans le vague à l’âme. Rosa ! Rosa ! Mais pas du tout, ça faisait partie de son programme, m’a espliqué son dabe. Et mon pauvre neveu de pleurnicher à tout va : Rose à Rome ! (ou Rose-arôme, j’ai jamais bien pigé s’il s’agissait de la ville ou de l’odeur). Rosis, aussi, ça me revient ! C’était lui qui rosissait !
« Pour comble de guigne, quand il a atteint sa quatrième, après avoir redoublé chaque classe, il s’est payé un pion vachement coriace qui l’avait pris en grippe et lui faisait des avanies saignantes. Brimades, humiliations, colles, devoirs supplémentaires, il lui donnait un vrai récital morpionesque. Roro en dépérissait, en rêvait la noye, en faisait pipi au pieu !