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READ-E-BOOK » Иронические детективы » Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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Le Véhément cogne sa chaire de son poing cartilagineux.

— Rien ! reprend-il. Rien de rien ! Plusieurs fois, j’en ai passé à tabac. C’était mon turf. Ils s’affalaient tellement vite que j’avais pas besoin de doubler ma mandale. A la première pêche ils redevenaient ce qu’ils étaient : des mômes perdus et éperdus. Alors je les questionnais, messieurs mes lascars d’élèves, et je m’ai fait une idée à recouper leurs mêmes salades. Ces mômes qu’on s’est fabriqués après la guerre, dans la frénésie de la Libération, ils ont poussé dans le débectant climat de la guerre froide. Toute leur petite enfance, ç’a été : les Ruskis et les Ricains vont-ils se la filer la grande avoinée définitive, yes ou niet ? Rappelez-vous-en des bombes promises ! La petite ! celle qui ne bute qu’une ville à la fois ; la moyenne qui vous rase deux ou trois départements seulement et la toute grande, bonne à vous souffler l’Europe comme on mouche une chandelle ; on ne cause plus que de ces demoiselles, qu’elles se prénomment A ou H ! V’là vingt piges que ça dure. A peine on commençait à se dire qu’elle se referait peut-être pas pour Berlin, la Troisième mondiale, que v’là Pékin qui émerge et qui menace ; il la promet, lui. Il chipote pas dans le sous-entendu.

« Laissez-nous faire des heures supplémentaires, qu’ils s’égosillent, les pères Lajaunisse, encore trois grammes de poudre de perlimpinpin par-ci, quelques centilitres de merdonium par-là, un doigt de couillambatonium pour finir le blot, et on vous la livre en exprès, la bombe pékinoise, la seule, la vraie, celle qu’esplosera un bon coup sur vos sales gueules de constipés-au-chocolat-de-luxe.

« Bougez pas, les capitaloches (les faux d’Amérique et les vrais de Russie), attendez, mes braves, on va vous les guérir, vos lésions cardiaques, vous les fertiliser, vos plaines de Virginie ou d’Ukraine ! On va vous la réparer, la France ! Vous la Gaulliser à part entière, rasibus, depuis Dunkerque jusqu’à Ton-ramasse-miettes !

« Et l’Italie, dites : vous allez voir comme on va bien la déchausser de sa botte ! Et les Chleus intrépides doryphores, comme on va les rendre doux, prosémites et moutons de Panurge ! Deux secondes encore, qu’on s’occupe du Franco et de ses phalanges. De l’Elisabeth et de ses mouflets entretenus par France-Dimanche. De la reine Juliénas avec son M’sieur Lippe (au quatrième top où c’est qu’il va aller dinguer, le Consort !) Et du Beau-Doin fabiolesque avec le frangin qu’a le goût de bouchon ! Et du Yougo, le beau Tito goerinesque sur les bords, avec sa carapace de médailles. Et du miraculé de Dallas, le ranchemane Johnson, comment qu’il va y avoir droit à son géant barbecue, à son rodéo national ! Et les petites Suisses, planqués derrière leurs coffres-forts ; bougez pas, le sésame arrive ! Çui qui connaît toutes les combinaisons de Bauche ou de Fichet. Y aura bientôt du chocolat fondant dans vos calbars, les amis ! Nestlé vous l’offre ! »

Béru crache à six pas pour s’ôter le plus gros et poursuit en violaçant et gesticulant de plus belle.

— Notez, les Chinetoques, je veux pas les juger. A force de se marcher sur les arpions, ils veulent s’expanser, faut comprendre. Plus ils font des gosses, plus ils sont serrés et plus ils sont serrés, plus ils font des gosses, le frotti-frotta, ça porte à la faribole, c’est le cercle vicelard. Seulement, où j’en reviens, c’est à nos pauvres blousons noirs. Depuis leur premier biberon, ils entendent que ces choses. On leur promet la grosse calamité inévitable. Le grand pet monstrueux qui nous déguisera en lumière verte. Le champignon ultra-vénéneux ! Comme horizon, pour attendre la fin promise ils n’ont que les falaises de béton des grands ensembles, trop grands et trop ensemble ! Des milliers et des milliers de fenêtres garnies de bouilles qui ressemblent à mon cul ! Des espaces où poussent des bagnoles au lieu du gazon.

« Des appartements-clapiers où les bonshommes de l’équipe de nuit brossent les nanas des bonshommes de l’équipe de jour, lesquels sortent tout fumants du plumard des équipiers de nuit ! Le jeune gars qui sent sa peau si menacée et son logis si triste, qu’est-ce qu’il peut espérer encore, je voudrais que vous le disassiez ? Qu’est-ce qui peut le distraire de ce grand néant cubique qu’il s’attend à recevoir sur la gueule d’une seconde à l’autre ? Qui donc lui garantit que tout ça n’est qu’un mauvais rêve, et que les coqs vont bientôt chanter, comme autrefois chez mon Vieux ? Qui donc lui tend la main ? Qui donc, même, lui bonnit la dernière de Marius et Olive, manière de changer l’atmosphère ? Son vieux collé contre la voisine ou contre la lucarne merdeuse de la téloche ? Ses patrons anonymes ? Ses camarades plus déprimés que lui ? On s’insurge, nous le public, on voudrait qu’ils s’accrochassent à une moralité, ces frileux de la catastrophe, ces pauvres résidus de guerre déjà promis à la suivante ! »

Il bave, Béru ! Il est grand, outré, magique, sublime, démesuré ! Il manque d’oxygène, il en pompe comme il peut, avec ce qu’il trouve. Il se dégrafe, se déboutonne, se délace, se délasse. Il se croyait défenseur, il est devenu partie civile.

— On voudrait en faire des individus bien honnêtes, serviables et tout ! Des qui s’essuient proprement les lattes sur le paillasson ; des qui renvoient l’ascenseur, qui tirent la chasse après usage et qui referment la lourde pour si des fois le Blount s’en chargeait pas. Misère de mes deux ! Quelle folie ! Son seul copain, au jeune gars que je parle, c’est le bistrot du coin. Sa seule sécurité, c’est la chaîne de vélo justement qui lui graisse la fouille ; son seul idéal, c’est de piquer une bagnole pour aller calcer une championne du coup de reins forestier dans les bocages. Sa seule distraction, c’est le fumant cinoche, plein de gansters impassibles et de pétards à silencieux. Vous tous qu’êtes là, déjà commissaires, pensez à ce que je viens de vous causer lorsque vos archers vous rabattront une bande de petits voyous pantelants. Pas la peine de les décapiter, suffit de leur couper les cheveux un peu plus court. Pas la peine de les fringuer en droguet, y a qu’à leur enlever leurs blousons noirs tout droit sortis du film de Branlon Mado. Faut pas leur apprendre à vivre pour les punir, mais pour leur apprendre à vivre !

L’image portant à l’enthousiasme, nous applaudissons le Gros comme il le mérite. Il devient homérique. Le succès donne du talent et l’autorité du courage.

— Puisque c’est les adultes qui font la jeunesse, reprend-il, plaignons-nous pas d’en avoir une trop turbulente. Aidons-la au lieu de la châtier. Amusons-la ! Donnons-lui confiance ! Dans les banlieues des grandes villes que je traverse, je vois chaque fois des clapiers nouveaux ! Ça pousse, ça pousse ! Toujours les mêmes, immenses, froids, pleins de bétail mais vides pourtant ! Sinistres à crever ! On y file des mecs comme des pots de confiture sur des rayons. On leur dit : “Restez tranquilles. Faites-vous oublier. Allez au tapin et pieutez-vous !” Du reste, les municipalités, elles cachent pas leur jeu puisqu’elles appellent ça des cités-dortoirs ! En somme, on construit officiellement des villes où les hommes n’ont que le droit de pioncer ! Des bus viennent chercher le troupeau, l’embarquent à l’établi, le ramènent avec des valoches sous les yeux : “Dormez, soyez sages. ” Essayez de plus vivre jusqu’à demain. Trombonez bobonne en douce, ou la bobonne d’à côté pour vous finir la fatigue. Défense d’avoir des chiens ! Envoyez promener vos lardons ! Payez bien le gaz et le loyer et attendez demain pour que ça recommence. Voilà le topo ! Et ça vous étonne, mes petits potes, que les jeunes en aient classe et qu’ils cassent la baraque ! Ça vous choque qu’ils pissent sur les murs hideux de ces usines à dorme ? Ça vous tracasse qu’ils en cassent les vitres, qu’ils barbotent des bagnoles et se saoulent à peine sevrés ? Pas moi ! Dans les commissariats, y a plus d’ambiance que chez eux ! Les flics au moins les écoutent, les font causer, leur parlent ! Ça devient pour ainsi dire leur vraie famille, parce que les flics sont des hommes ! Et parce que c’est ça qui leur manque le plus, aux jeunots blousonneux : des hommes avec qui discuter.

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