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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Un fracas métallique annonça l’arrivée de la bicyclette de George. Combien de temps allait-il leur falloir à tous les deux pour apprendre à monter à vélo ? se demanda Jean. C’était là un autre aspect imprévu du mode de vie des insulaires. Les voitures personnelles étaient bannies. Elles n’étaient d’ailleurs pas nécessaire puisque la distance maxima que l’on pouvait parcourir en droite ligne n’atteignait même pas quinze kilomètres. Néanmoins, la communauté disposait de quelques véhicules de service public – camions, ambulances, voitures d’incendie – auxquels il était interdit de dépasser la vitesse de cinquante kilomètres à l’heure, sauf en cas d’urgence caractérisée. En conséquence, les habitants de la Nouvelle-Athènes faisaient beaucoup d’exercice, il n’y avait pas d’embouteillages – et pas d’accidents de la route.

George embrassa distraitement sa femme et se laissa choir sur le siège le plus proche en poussant un soupir de soulagement.

— Oh la la ! s’exclama-t-il en s’essuyant le front. Je suppose qu’on doit finir par s’habituer à grimper les côtes puisque tout le monde me dépassait. J’ai dû perdre au moins cinq kilos aujourd’hui.

— Comment s’est passée la journée ? s’enquit Jean en épouse attentionnée, avec le secret espoir que George ne serait pas exténué au point de ne pouvoir l’aider à défaire les bagages.

— Ça a été passionnant. Je ne me rappelle évidemment pas la moitié des gens que j’ai rencontrés, mais je les ai tous trouvés très sympathiques. Et le théâtre répond exactement à mon attente. La semaine prochaine, on commence à travailler le « Mathusalem » de Bernard Shaw. J’aurai l’entière responsabilité des décors. Cela va me changer un peu de ne plus avoir une dizaine de personnes pour m’expliquer qu’il n’est pas question de faire ci ou ça. Oui, je crois que je vais me plaire ici.

— Malgré les bicyclettes ?

George trouva suffisamment d’énergie pour sourire.

— Oui. Dans quinze jours, j’avalerai notre petite colline sans même m’en apercevoir.

Il ne le croyait pas vraiment ; ce fut cependant ce qui arriva. Mais un mois s’écoula encore avant que Jean cessât d’avoir la nostalgie de son automobile et découvrit tout ce que l’on pouvait faire avec une cuisine particulière.

La Nouvelle-Athènes n’était pas une communauté naturelle qui s’était développée spontanément à la manière de la cité éponyme. Son organisation interne était le fruit d’une planification mise au point par un groupe d’hommes remarquables qui avaient travaillé sur le projet pendant de nombreuses années. À l’origine, ç’avait été un complot ouvertement dirigé contre les Suzerains, un défi implicite lancé à leur politique, sinon à leur puissance. Au début, les pères fondateurs étaient à peu près convaincus que Karellen leur mettrait des bâtons dans les roues. Mais le Superviseur n’avait rien fait – absolument rien. Ce qui, au fond, n’était pas aussi rassurant qu’on aurait pu le penser. Karellen avait tout son temps : il pouvait fort bien préparer une riposte différée. Ou avoir une telle certitude que l’expérience avorterait qu’il ne jugeait pas nécessaire d’intervenir.

Presque tout le monde avait prédit l’échec de la Colonie. Pourtant, dans le passé, longtemps avant que l’on eût maîtrisé les lois de la dynamique des sociétés, il avait existé de multiples communautés à caractère religieux ou philosophique. Certes, leur taux de mortalité avait été élevé mais quelques-unes avaient survécu. Et les fondations de la Nouvelle-Athènes étaient aussi solides que la science moderne le permettait.

Beaucoup de raisons avaient milité en faveur du choix d’une île, dont les moindres n’étaient pas les motifs psychologiques. En cet âge dominé par la notion de transport aérien, l’océan ne constituait pas une barrière physique, mais il apportait quand même un sentiment d’isolement. En outre, l’exiguïté de la surface disponible interdisait formellement le surpeuplement. On avait fixé à cent mille âmes le chiffre maximum de la population. Au delà, on perdrait les avantages inhérents à une collectivité petite et compacte. Chaque citoyen de la Nouvelle-Athènes – cela avait été l’un des buts des pères fondateurs – devait connaître tous ceux qui partageaient les mêmes centres d’intérêt, plus un ou deux pour cent du reste des habitants.

L’homme qui avait donné son impulsion à la Nouvelle-Athènes était un juif. Et, comme Moïse, il était mort avant d’entrer dans la Terre Promise : la Colonie avait été créée trois ans après sa disparition.

Ben Salomon était né en Israël, la dernière nation indépendante à avoir été fondée et qui, en conséquence, était celle qui avait eu la vie la plus brève. Les Israéliens avaient souffert peut-être plus douloureusement que n’importe quel autre peuple de l’éradication du principe de la souveraineté nationale, car voir se dissiper un rêve qui vient tout juste de se réaliser après des siècles d’efforts, cela fait mal.

Ben Salomon n’était pas un fanatique, mais le souvenir de ce qu’il avait vécu dans son enfance avait dû être dans une large mesure à l’origine de la philosophie qu’il avait mise en pratique. Il se rappelait ce qu’avait été le monde avant l’arrivée des Suzerains et il ne voulait surtout pas que cela recommence. Aucun autre homme intelligent et de bonne volonté n’appréciait au même degré que lui les bienfaits que Karellen avait apportés à la race humaine, même si les objectifs ultimes des Suzerains le tracassaient quelque peu. Était-il possible, se demandait-il parfois, était-il possible que, en dépit de leur formidable intelligence, ils ne comprennent pas vraiment l’humanité et qu’ils soient en train de commettre une terrible erreur avec les meilleures intentions du monde ? Que, animés par leur passion altruiste de l’ordre et de la justice, ils aient résolu de réformer la Terre sans se rendre compte que, ce faisant, ils détruisaient l’âme de l’Homme ?

Le déclin s’était à peine amorcé, mais il n’était pas difficile de discerner les premiers symptômes de la décadence. Sans être lui-même un artiste, Salomon avait une idée précise de la nature de l’art et il était conscient que l’âge contemporain ne pouvait rivaliser en aucun domaine avec les réalisations des siècles précédents. Peut-être que les choses finiraient par s’arranger quand le choc produit par la brutale confrontation avec la civilisation des Suzerains se serait estompé. Mais rien n’était moins sûr et la sagesse exigeait que l’on souscrivît une police d’assurance.

La Nouvelle-Athènes était cette police d’assurance. La fondation avait demandé vingt ans et avait coûté des milliards de livres décimales – somme négligeable, compte tenu de la richesse totale de la Terre. Pendant quinze années, ç’avait été le calme plat. Tout était survenu au cours du dernier lustre.

Salomon n’aurait jamais pu arriver au bout de sa tâche s’il n’était parvenu à convaincre une poignée d’artistes parmi les plus célèbres de la validité de son projet. Ils y avaient adhéré, non pas parce que celui-ci était important pour l’espèce humaine, mais parce qu’il flattait leur variété. Cependant, une fois qu’ils furent convaincus, le monde leur avait prêté l’oreille et leur avait prodigué un soutien tout à la fois moral et matériel. Les vrais architectes de la Colonie avaient alors œuvré dans l’ombre derrière cette façade d’exaltation artistique.

Toute société est composée d’êtres humains dont le comportement individuel est imprévisible. Mais si l’on prend un nombre suffisant de sujets-échantillons, un certain nombre de lois commencent alors à apparaître – ce que les compagnies d’assurances avaient découvert depuis belle lurette. Bien que personne ne puisse dire quels individus seront morts à telle date, il est possible de prédire le nombre global des décès, et ce, avec un degré de précision considérable.

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