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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Je n’en ai pas encore vu de ce type, dit-il. Pourrions-nous appeler le fils de mon frère pour qu’il nous donne son opinion sur son authenticité ?

C’en était trop.

— Me prenez-vous pour quelqu’un qui écoule de la fausse monnaie ? rugit Dekkeret en se relevant d’un bond pour dominer férocement le petit homme de toute sa taille.

Il frémissait de rage ; il était sur le point de frapper Barjazid.

Mais il s’aperçut que l’autre ne manifestait aucune crainte et restait placide devant sa colère. À vrai dire, Barjazid souriait et il prit les deux autres pièces dans la main tremblante de Dekkeret.

— Ainsi vous non plus vous n’appréciez guère les accusations sans fondement, jeune chevalier ? dit Barjazid en riant. Concluons donc un pacte. Vous ne redoutez pas que je vous assassine après le col de Khulag et je n’enverrai pas vos pièces chez le changeur pour une expertise, hein ? Alors ? D’accord ?

Dekkeret acquiesça d’un signe de tête empreint de lassitude.

— Mais cela reste un voyage hasardeux, dit Barjazid, et il ne faut pas que vous soyez trop assuré de revenir sain et sauf. Cela dépendra beaucoup de votre propre force quand viendra le moment de l’épreuve.

— Soit. Quand partons-nous ?

— Cindi, au coucher du soleil. Nous quitterons la ville par la porte Pinitor. Connaissez-vous cet endroit ?

— Je trouverai, répondit Dekkeret. À Cindi, au coucher du soleil.

Il tendit la main au petit homme.

5

Il restait trois jours avant cindi. Dekkeret ne regrettait pas ce délai, car cela lui laissait trois autres nuits avec l’Archiregimand Golator Lasgia ; c’est du moins ce qu’il croyait, mais cela ne se passa pas ainsi. Le soir de la rencontre de Dekkeret avec Barjazid, elle n’était pas à son bureau près des quais et ses assistants refusèrent de lui transmettre un message. Inconsolable, Dekkeret erra dans la ville torride bien après la tombée de la nuit sans trouver la moindre compagnie, puis il alla finalement prendre un repas morne et grumeleux à son hôtel, espérant encore que Golator Lasgia allait miraculeusement apparaître et l’enlever. Il n’en fut rien, et il dormit d’un sommeil agité et troublé, l’esprit obsédé par le souvenir de ses flancs lisses, de ses petits seins fermes et de sa bouche affamée et vorace. À l’approche de l’aube, il fit un rêve, vague et difficile à comprendre, dans lequel Barjazid et elle, ainsi que quelques Hjorts et quelques Vroons, exécutaient une danse compliquée dans des ruines de pierre sans toit et battues par un vent de sable, après quoi il sombra dans un profond sommeil, ne se réveillant que le lendemain midi. À cette heure-là, toute la ville paraissait se terrer, mais quand les heures plus fraîches arrivèrent, il se rendit de nouveau au bureau de l’Archiregimand, fut de nouveau éconduit et passa la soirée dans le même désœuvrement que la veille. En s’abandonnant au sommeil, il adressa une prière fervente à la Dame de l’Ile pour qu’elle lui envoie Golator Lasgia. Mais il n’appartient pas à la Dame de réaliser ce genre de choses et tout ce qu’il reçut pendant la nuit fut un rêve doux et réconfortant, peut-être un présent de la bienheureuse Dame mais probablement pas, dans lequel il demeurait dans une hutte au toit de chaume sur le rivage de la Grande Mer près de Til-omon et grignotait des fruits sucrés et violacés d’où giclait un jus qui lui tachait les joues. À son réveil, il trouva un Hjort travaillant sous les ordres de l’Archiregimana qui l’attendait devant sa porte pour le convoquer devant Golator Lasgia.

Ce soir-là, ils dînèrent tard ensemble et retournèrent dans la résidence de Golator Lasgia pour passer une nuit d’amour qui fit paraître la précédente comme un mois de chasteté. Dekkeret ne lui demanda à aucun moment pourquoi elle l’avait rejeté les deux dernières nuits, mais tandis qu’ils prenaient un petit déjeuner de peau de gihorna épicée et de vin doré, encore fringants et vigoureux tous les deux sans avoir fermé l’œil de la nuit, elle lui dit :

— Je regrette de n’avoir pas eu plus de temps à te consacrer cette semaine, mais au moins nous avons pu partager ta dernière nuit. Tu vas maintenant t’enfoncer dans le Désert des Rêves Volés avec le goût de mon corps sur tes lèvres. T’ai-je fait oublier toutes les autres femmes ?

— Tu connais la réponse.

— Bien. Bien. Tu n’étreindras peut-être plus jamais une femme ; mais la dernière fut la meilleure, et rares sont ceux qui ont eu cette chance.

— Ainsi tu es persuadée que je vais périr dans le désert ?

— Rares sont les voyageurs qui en reviennent, dit-elle. Les chances que j’ai de te revoir sont minimes.

Dekkeret frissonna légèrement – non de peur mais en reconnaissant le mobile intérieur de Golator Lasgia. Il y avait manifestement en elle un côté morbide qui l’avait poussée à le rejeter les deux nuits précédentes afin que la troisième fût d’autant plus ardente, car elle devait croire qu’il n’allait pas tarder à mourir et elle voulait avoir le plaisir particulier d’être sa dernière femme. Cela lui fit froid dans le dos. S’il devait mourir sous peu, Dekkeret aurait autant aimé avoir également les deux autres nuits ; mais apparemment les subtilités du cerveau de Golator Lasgia faisaient fi de notions aussi grossières. Il lui fit des adieux courtois, ignorant s’ils se reverraient ou même s’il le désirait, malgré sa beauté et son savoir-faire en matière de volupté. Il y avait tapies en elle trop de choses mystérieuses et dangereusement capricieuses.

Peu avant le coucher du soleil, il se présenta à la porte Pinitor, au sud-est de la ville. Il n’aurait pas été étonné si Barjazid avait manqué à leur accord, mais non, un flotteur attendait juste derrière l’arche de grès piqueté de la vieille porte et le petit homme était appuyé contre le véhicule. Il était avec trois compagnons : un Vroon, une Skandar et un jeune homme mince au regard dur qui était manifestement le fils de Barjazid.

Sur un signe de tête de Barjazid, la Skandar géante à quatre bras saisit les deux sacs rebondis de Dekkeret et les mit d’une chiquenaude dans le coffre du flotteur.

— Elle s’appelle Khaymak Gran, dit Barjazid. Elle ne peut pas parler mais est loin d’être bête. Cela fait de nombreuses années qu’elle est à mon service, depuis que je l’ai trouvée dans le désert, la langue coupée et plus qu’à demi morte. Le Vroon s’appelle Serifain Reinaulion ; il parle souvent trop mais il connaît les pistes du désert mieux que quiconque dans cette ville.

Dekkeret échangea un brusque salut avec le petit être tentaculaire.

— Et mon fils, Dinitak, nous accompagnera aussi, poursuivit Barjazid. Êtes-vous bien reposé, Initié ?

— Assez bien, répondit Dekkeret.

Il avait dormi durant la majeure partie de la journée après sa nuit blanche.

— Nous voyagerons surtout de nuit et installerons le campement au plus chaud de la journée. Il est entendu que je dois vous faire passer par le col de Khulag et vous faire traverser la zone aride connue sous le nom de Désert des Rêves Volés jusqu’au bord des pâturages qui s’étendent autour de Ghyzyn Kor, où vous avez certaines investigations à faire auprès des gardiens de troupeaux. Puis nous revenons à Tolaghai. C’est bien cela ?

— Exactement, dit Dekkeret.

Barjazid ne fit aucun mouvement pour monter dans le flotteur. Dekkeret fronça les sourcils, puis il comprit. Il sortit de sa bourse trois autres pièces de cinq royaux dont deux étaient les anciennes de la monnaie de Prankipin et la troisième une pièce brillante de lord Prestimion. Il les tendit à Barjazid qui saisit la pièce de Prestimion et la lança à son fils. Le garçon regarda la pièce brillante d’un œil soupçonneux.

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