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La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]

Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:

Severian le bourreau, exclu de sa guilde pour avoir montré de la pitié à une prisonnière trop aimée, a pris le chemin de Thrax, la cité de l'exil. Armé de Terminus Est, son épée, et d'un bijou mystérieux dont il constate sans les comprendre les pouvoirs thaumaturgiques, Severian entre au service de Vodalus, le hors-la-loi, le nécrophage, dont les rites énigmatiques jettent un pont, peut-être illusoire, entre la vie et la mort.
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— Vous dites vrai, répondit la princesse. Mon nom est Nocturna, et je suis la fille de la Nuit, ainsi que de celui que vous êtes venu faire mourir.

— Dans ce cas, nous ne pouvons être amis, Nocturna… Ne soyons pourtant pas ennemis », ajouta-t-il. Car bien que ne sachant pas pourquoi, étant fait de l’étoffe des rêves, il était attiré par elle ; de même qu’elle, dont les yeux brillaient de la lumière des étoiles, se sentait attirée par lui.

À ces mots, la princesse tendit les mains et déclara : « Sache donc, toi qui n’es pas mon ennemi, que mon père a pris ma mère par la force, et qu’il me retient ici par la contrainte, en ces lieux où je ne tarderais pas à devenir folle si elle ne venait pas chaque soir me visiter. Si vous ne voyez point d’affliction dans mon regard, c’est qu’elle est toute dans mon cœur. Afin de recouvrer la liberté, je vous expliquerai volontiers comment vous devez provoquer mon père afin de triompher de lui. »

Tous les jeunes gens de la ville des magiciens avaient fait silence et s’étaient rassemblés pour l’écouter.

« Vous devez tout d’abord bien comprendre que les voies d’eau qui parcourent cette île tournent sans fin, et qu’il est impossible d’en faire le relevé ; vous ne pourrez pas utiliser la voile, et devrez allumer vos chaudières si vous voulez pénétrer plus avant.

— Tout cela ne me fait pas peur, répondit le jeune homme né de la chair des rêves. La moitié d’une forêt a été sacrifiée pour remplir nos soutes, et ces grandes roues que vous voyez nous permettront d’arpenter à pas de géant toutes ces voies d’eau. » À ces mots la princesse trembla et dit : « Oh ! ne parlez pas de géants, car vous ignorez de quoi vous parlez. Nombre de bateaux sont déjà venus, comme vous l’avez fait, au point que les fonds bourbeux de ce labyrinthe d’eau en sont blanchis de squelettes. Car telle est l’habitude de mon père : il les laisse errer parmi les îlots et les détroits jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de combustible – quelle que soit la quantité dont ils disposent – puis, attendant la nuit propice, alors qu’il peut les voir à la lueur de leurs feux déclinants sans être vu lui-même, il s’en approche et les massacre. »

Cette fois-ci, le cœur du jeune homme né des rêves se troubla, et il demanda : « Nous le pourchasserons comme nous avons juré de le faire, mais n’y a-t-il pas quelque moyen d’échapper au terrible destin de nos prédécesseurs ? »

Devant tant de courage, la princesse fut prise de compassion, d’autant plus que ceux qui sont tirés de la matière des rêves ont toujours quelque beauté aux yeux des filles de la nuit, et d’entre tous il était le plus beau. C’est pourquoi elle dit : « Si vous voulez trouver mon père avant que ne brûle votre dernière bûche, il vous suffira de rechercher les eaux les plus sombres, car partout où il passe, son corps immense soulève une boue nauséabonde. En observant bien vous finirez par le dénicher. Mais il vous faudra entamer ces recherches tous les matins à l’aube, et les abandonner à midi. Sinon, vous risqueriez de tomber sur lui au crépuscule, et les choses tourneraient mal pour vous.

— Pour un tel conseil, j’aurais donné ma vie », s’exclama le jeune homme, tandis que ses compagnons venus à terre avec lui poussaient un cri de triomphe. « Je vous le dis, maintenant nous pouvons vaincre l’ogre à coup sûr. »

L’expression de la princesse se rembrunit à ce moment-là, et elle ajouta : « Non, hélas, pas à coup sûr, car c’est un redoutable adversaire dans une bataille navale. Je connais cependant un stratagème qui pourra peut-être vous aider. Vous prétendez être venu avec tout l’équipement voulu. Avez-vous du goudron pour calfater votre navire, au cas où une voie d’eau se déclarerait ?

— Nous en avons de nombreux tonneaux, dit le jeune homme.

— Veillez donc, lorsque vous combattrez, à vous placer dans le vent de manière qu’il souffle de vous vers mon père. Et quand vous serez au plus chaud de la bataille – ce qui ne tardera pas après que vous l’aurez engagée – que vos hommes jettent donc ce goudron dans les chaudières. Je ne puis, par ce moyen, vous promettre la victoire, mais il vous sera d’un grand secours. »

Les jeunes hommes du Patrie des Vierges remercièrent la princesse de la façon la plus extravagante, et les filles du blé, qui jusqu’ici étaient restées timidement en retrait tandis que parlaient la fille de la Nuit et le jeune homme né de la chair des rêves, lancèrent un cri de joie comme en lancent les jeunes filles, c’est-à-dire pas très fort, mais plein d’allégresse.

Le jeune homme donna alors l’ordre d’appareiller et fit allumer les feux des chaudières, au milieu du bateau, jusqu’à ce que naisse ce spectre blanc qui conduit les bons navires, quel que soit le vent. Depuis la grève, la princesse les regardait et elle leur donna sa bénédiction.

Mais à peine les grandes roues avaient-elles commencé à tourner, si lentement au début que c’est à peine si elles semblaient bouger, qu’elle appela le jeune homme né de la chair des rêves pour qu’il vînt au bastingage, et elle lui dit : « Il se peut que vous trouviez mon père. Et si vous le trouvez, il se peut que vous en triomphiez, surpassant par là ses propres prouesses. Cependant, même s’il en est ainsi, vous pouvez avoir très grande peine à retrouver le chemin de la mer, car les chenaux de cette île sont tortueux à l’extrême. Pourtant il y a un chemin. Il vous faudra arracher la peau du bout de l’index de mon père ; vous y verrez mille lignes qui se croisent et se mêlent. Ne soyez pas découragés, et étudiez-les avec soin : car elles représentent le tracé qu’il a suivi lorsqu’il a creusé toutes ces voies d’eau, et ainsi peut-il toujours en avoir la carte avec lui. »

IV. La bataille avec l’ogre

Ils tournèrent résolument la proue vers la terre, et, comme le leur avait dit la princesse, le chenal qu’ils empruntèrent ne tarda pas à se diviser, puis à se diviser à nouveau, jusqu’à ce qu’il y ait des milliers d’embranchement et des dizaines de milliers d’îlots. Lorsque l’ombre du mât d’artimon ne fut pas plus large qu’un chapeau, le jeune homme né de la chair des rêves ordonna de jeter l’ancre et d’éteindre les feux ; là, pendant tout l’après-midi, ils attendirent en fourbissant leurs armes, en tamisant la poudre et en préparant tout ce dont ils pourraient avoir besoin pour soutenir le plus farouche combat.

Finalement vint la Nuit ; ils la virent s’avancer d’île en îlot, des chauves-souris à ses épaules, et suivie de sinistres hardes de loups. Il leur sembla la voir passer largement à portée de canon de leur mouillage, et cependant ils remarquèrent tous qu’elle n’occultait ni Hespérus ni même Sirius, mais se glissait derrière elles. Pendant un court moment, elle tourna son visage vers eux, mais personne n’aurait pu interpréter le sens de son regard. Tous se demandèrent, à part eux, s’il était bien vrai que l’ogre ait pu la prendre malgré sa volonté, comme l’avait prétendu sa fille ; et si oui, si elle n’avait pas perdu depuis le ressentiment qu’elle avait pu imaginer avoir éprouvé.

Aux premières lueurs de l’aube, la trompe retentit sur la passerelle de quart, et les chaudières furent aussitôt rallumées ; mais comme la brise du matin leur était propice, dans le chenal où ils se trouvaient, le jeune homme ordonna de mettre à la voile bien avant que ne s’ébranlent les grandes roues ; si bien que lorsque le fantôme blanc jaillit de la chaudière, le bateau fit route deux fois plus vite.

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