La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Par une belle fin d’après-midi que dorait le soleil bas, et tandis que le vent jouait à toutes sortes de jeux innocents avec les jeunes et tendres feuilles des sycomores, on frappa à la porte de son cabinet. N’osant pas se retourner ni laisser percer dans sa voix le moindre indice de ce qu’il éprouvait, ni même se détourner un seul instant de son travail, il lança : « Entrez ! »
Comme s’ouvrent les portes à minuit alors qu’il ne se trouve âme qui vive, celle-ci commença à s’ébranler, avançant à peine de l’épaisseur d’un cheveu à chaque fois. Mais elle parut accumuler de l’énergie en se déplaçant, si bien que lorsqu’elle fut suffisamment ouverte (c’est du moins ce que l’étudiant jaugea au bruit) pour pouvoir laisser passer une main, on aurait dit que la brise folâtre était entrée par la fenêtre pour insuffler la vie dans son cœur de chêne. Puis quand elle béa suffisamment – toujours d’après l’estimation de l’étudiant – pour permettre au plus timide des serfs de pénétrer dans la pièce avec un plateau à la main, ce fut comme si la force d’un ouragan s’en était emparée, et elle fut violemment projetée contre le mur. Enfin l’étudiant entendit derrière lui des pas – des pas rapides, décidés – et une voix respectueuse et jeune, mais ayant déjà la profondeur virile, s’adressa à lui en ces mots : « Père, l’idée de vous déranger tandis que vous pratiquez votre art me déplaît. Mais mon cœur est gravement troublé et cela depuis plusieurs jours ; c’est pourquoi, au nom de l’amour que vous avez pour moi, je vous supplie de me pardonner cette intrusion et de bien vouloir me conseiller en cette pénible situation. »
Ce n’est qu’alors que l’étudiant osa pivoter sur son siège ; devant lui, il vit un jeune homme au port altier, large d’épaules et à la puissante musculature. Sa bouche énergique était celle d’un chef, dans ses yeux brillait la connaissance et l’humour, et tout son visage exprimait le courage. Son front haut était ceint de cette couronne invisible que même les aveugles peuvent voir, cette couronne sans prix qui pousse les braves à rejoindre le paladin et rend braves les faibles. L’étudiant prit alors la parole : « Mon fils, ne crains pas de me déranger, ni maintenant ni jamais, car il n’y a rien sous le ciel que je ne souhaite voir davantage que ton visage. Qu’est-ce donc qui te trouble le cœur ?
— Père, répondit le jeune homme, chaque nuit depuis de nombreux jours, mon sommeil a été hanté par des cris de femmes, et j’ai vu souvent descendre, le long du chemin qui mène jusqu’à notre quai, une colonne vert et or, se déroulant comme un serpent charmé par l’appel d’une flûte. Et parfois il m’a été accordé dans ce rêve de m’approcher, et de voir que ce sont de belles jeunes filles qui marchent ainsi l’une derrière l’autre ; elles pleurent, se lamentent et chancellent en marchant, et on dirait un champ de blé au printemps que couche un vent gémissant. Quelle est la signification de ce rêve ?
— Mon fils, lui dit l’étudiant, voici enfin venu pour moi le moment de te révéler ce que je t’ai jusqu’ici caché, craignant que la témérité de la jeunesse ne te fasse oser entreprendre plus que tu ne pouvais réussir. Sache donc qu’un ogre opprime cette ville, et qu’il exige chaque année les plus belles de ses filles, exactement comme tu l’as vu dans tes rêves. »
À ces mots, les yeux du jeune homme étincelèrent, et il demanda : « Qui donc est cet ogre, quelle forme a-t-il et où demeure-t-il ?
— Son nom, nul ne le connaît, car personne ne s’est assez approché de lui. Sa forme est celle d’un naviscaput, ce qui revient à dire que pour les êtres humains il ressemble à un navire qui n’aurait qu’un seul château sur son pont ; mais en réalité ce sont ses épaules qui sont le pont, et le château est sa tête, dans laquelle s’ouvre un œil unique. Son corps se déplace en eaux profondes, parmi les raies et les requins, ses bras sont plus longs que les mâts les plus élevés, et ses jambes sont des piliers qui vont toucher le fond des mers. Son refuge est une île située à l’ouest s’ouvrant sur la mer par un chenal aux multiples méandres qui vont se divisant et se redivisant, et pénètrent très loin à l’intérieur des terres. C’est sur cette île, du moins d’après ce que disent mes études, que les filles du blé sont obligées de demeurer ; et lui, il flotte à l’ancre au sein de leur troupe tournant son œil de droite et de gauche pour se repaître de leur désespoir. »
III. La rencontre avec la princesse
Le jeune homme partit et rassembla autour de lui d’autres jeunes hommes de la ville des magiciens, afin de former un équipage ; de ceux qui portaient le capuchon multicolore il obtint un bateau trapu, et pendant tout l’été, lui et ses hommes l’armèrent. Ils l’équipèrent de l’artillerie la plus puissante et répétèrent inlassablement tous les gestes et toutes les manœuvres propres à la marine, depuis coudre des voiles jusqu’à prendre des ris, sans parler du pointage des canons ; si bien que le navire finit par répondre à son équipage comme un pur-sang réagit à la moindre traction de rênes de son cavalier. Et le sentiment de miséricorde qu’ils éprouvaient pour les jeunes filles leur fit baptiser leur vaisseau Patrie des Vierges.
Finalement, à l’époque où de nouveau tombaient les feuilles d’or des sycomores (tout comme l’or fabriqué par les magiciens finit lui aussi par tomber des mains des hommes), à l’époque où l’oie grise survolait les tours claires de la ville, suivie de l’orfraie et du gypaète barbu, les jeunes gens mirent à la voile. Beaucoup d’aventures les attendaient sur la route des baleines, jusqu’à l’île de l’ogre, mais point n’est ici le lieu de les raconter. Toujours est-il qu’à la fin, toutes embûches surmontées, les vigies aperçurent au loin une terre aux collines brunâtres parsemées de points verts. Et tandis qu’ils écarquillaient les yeux dans l’ombre de leurs mains, ces points verts grandissaient et grandissaient encore. Le jeune homme fait de la chair des rêves de l’étudiant comprit alors qu’ils étaient parvenus à l’île de l’ogre, et que les filles du blé se hâtaient de rejoindre la rive après avoir vu leur voile.
On chargea alors les plus grosses pièces d’artillerie, et on hissa à tous les mâts le drapeau de la ville des magiciens, lequel est noir et jaune. Ils se rapprochèrent le plus qu’ils purent, mais, craignant bientôt de s’échouer, ils se mirent à louvoyer le long de la côte. Les filles du blé suivaient tous les mouvements de la Patrie des Vierges, attirant à chaque fois de nouvelles compagnes, jusqu’à ce que toute la terre en fût recouverte comme de jeunes pousses de blé, en vérité.
Toutefois le jeune homme n’oubliait pas ce qui lui avait été dit, à savoir que l’ogre vivait au milieu des filles du blé.
Après une demi-journée de navigation, ils contournèrent un promontoire et virent que la côte s’interrompait, laissant la place à un chenal profond qui n’avait pas de fin, et qui serpentait entre les collines basses à perte de vue. À l’entrée se trouvait un belvédère de marbre blanc entouré de jardins. C’est auprès de celui-ci que le jeune homme ordonna à ses compagnons de jeter l’ancre ; puis il alla à terre.
À peine avait-il posé un pied sur le sol de l’île que se présentait à lui une femme de grande beauté, brune de peau, noire de cheveux, au regard lumineux. Il s’inclina devant elle et dit : « Je vois, princesse ou reine, que vous ne faites pas partie des filles du blé ; elles portent la robe sinople, alors que la vôtre est sable[2]. Porteriez-vous cependant la robe verte, que je vous aurais néanmoins reconnue, car vos yeux ne trahissent pas d’affliction, et la lumière qui est en eux n’est pas de Teur.
2
Respectivement vert et noir en termes de blason (N.d.T.)