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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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On le savait parce qu’elle s’est allumée sous nos yeux. On a failli en tomber du talus. Non qu’elle faisait du bruit ni rien, on entendait juste un compresseur quelque part sous terre. Mais brillante, alors ça ! Il m’a peut-être fallu trente secondes pour ne plus être aveuglé. Bastián a baissé la tête, mais moi, je ne pouvais pas m’empêcher de jeter des coups d’œil. Le rayon lumineux montait tout droit, et il ne se diffusait pas comme un projo, il s’élevait droit comme un crayon à perte de vue. L’air a commencé à avoir une odeur électrique, comme du métal brûlant ou de l’isolant en train de cramer.

Bastián a dit d’une petite voix dégoûtée qu’il voulait retourner à la Toyota et rentrer. Et j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Parce que, avec toute cette lumière, on n’était pas discrets du tout, et en plus… je voyais des trucs bouger. Approcher. Regarde, je dis.

C’est des gens en bas, il répond. À ce qu’on croyait, en tout cas. Avec cette lumière éblouissante et les ombres, on avait du mal à dire. Vu comme ils se déplaçaient, ça pouvait être des animaux. Des gros. Donc. Viens, il dit, foutons le camp. Alors on dévale le côté à l’ombre du talus de déchets, en n’y voyant pas grand-chose, en trébuchant sur les trucs. Je me suis coupé sur une plaque de métal sans m’en apercevoir. J’ai toujours la cicatrice… vous voyez ?

Dowd souleva son tee-shirt pour montrer son torse. La cicatrice faisait un angle droit avec ses côtes, pâle ligne irrégulière.

Ensuite Bastián dit stop, j’entends quelque chose. Alors on ne bouge plus. Comme le vent s’était levé, j’entendais des morceaux de revêtement de toiture et de plastique déchiré s’agiter dans les déchets, en plus des bruits industriels qui venaient du complexe, ce compresseur ou je ne sais quoi qui faisait comme un tambour, et par-dessus tout ça, et c’est de ça dont parlait Bastián, une espèce de grattement, un peu comme si un chien fouillait dans les ordures. C’était de plus en plus fort. Bastián lève les yeux vers le sommet du talus et il a une espèce de hoquet, alors je regarde aussi et je vois un, euh, une chose là-haut…

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? demanda Leo. Quel genre de chose ? »

Dowd regarda distraitement la clé dynamométrique qu’il venait de prendre.

Mmh, bonne question. Je ne sais pas comment l’appeler autrement. Ça ressemblait à la fois à un grand singe, à une araignée et à un couteau suisse.

Thomas glapit un rire qui devait surtout à la nervosité. Dowd ne réagit pas.

Ça bougeait comme une araignée ou un crabe. Avec grosso merdo le même nombre de pattes. Mais ça se courbait par le milieu, je veux dire que ça avait une espèce de taille, avec des bras au-dessus, mais pas de mains… plutôt des espèces d’outils, des lames, des pinces et des conneries comme ça. Ça avait aussi une tête, qui était sa seule chose d’humain. Bon, ce n’était pas exactement une tête humaine, mais y avait des yeux et une bouche.

La chose descend donc notre côté du talus en se dirigeant droit sur Bastián. Qui commence à chercher du regard de quoi se défendre. Il essaye de prendre un morceau de fer à béton qui dépasse, mais c’est trop enfoncé, il tire dessus de toutes ses forces et ne le lâche qu’une fois la chose juste au-dessus de lui. Il essaye alors de reculer, mais il est sur une pente, il n’est pas assez rapide et la chose… eh bien, en gros, elle l’a tout simplement mis en morceaux. En trois petits mouvements. Schlak schlak schlak. Trois morceaux de Bastián ont roulé en laissant des traînées de sang.

Le truc s’approche ensuite de moi, mais j’avais eu un peu plus de temps pour me préparer. Ou alors j’ai juste eu de la chance… la tige de lucite que j’ai arrachée des débris avait à peu près la taille et le poids d’une batte de base-ball. La chose avait des grandes pattes avec des doigts, des lames ou des griffes rapides comme l’éclair, j’ai deux autres cicatrices que je pourrais vous montrer, mais faudrait que je tombe le pantalon… Bref, j’ai réussi à enfoncer la tige dans la tête de la chose, peut-être pas assez pour la tuer, j’en sais rien, mais peut-être que si, elle est tombée comme une marionnette à qui on a coupé tous les fils et j’ai entrepris de foutre le camp.

Je suis arrivé à la Toyota. J’ai fait demi-tour n’importe comment et, dès que j’ai été dans la bonne direction, j’ai vu cinq ou six autres de ces choses approcher dans le rétroviseur. J’ai écrasé si fort ce putain d’accélérateur que j’ai failli valdinguer dans le décor. Ça a soulevé un gros nuage de poussière et de sable, comme un écran de fumée dans la lumière brillante.

Je vois ensuite quelque chose devant moi, et cette fois, au moins, c’est un être humain, un type en jean et chemise blanche au milieu de la route qui me fait signe de m’arrêter. C’était presque rassurant, sauf que le type a un pistolet à la ceinture et qu’il commence à dégainer. Je veux dire, pour moi, il avait l’air d’un vigile de supermarché. Mais j’allais faire quoi, obéir ? Alors j’écrase l’accélérateur une nouvelle fois.

Le type avait l’air étrangement calme et je le voyais très bien dans cette lumière bizarre essayer de braquer le pistolet avant que la Toyota l’atteigne. Comme si c’était une course entre elle et son pistolet. La bagnole a gagné. Je l’ai percuté de plein fouet.

Ce qui a vraiment failli me tuer. Ça vous est déjà arrivé, en voiture, de rentrer dans un gros animal genre cerf ? Y avait pas d’airbags, dans la Toyota. Ni de ceintures de sécurité. Si mes jambes n’étaient pas restées bloquées sous le volant, ma tête aurait traversé le pare-brise. Mais là, je me suis juste méchamment cogné au tableau de bord. J’ai perdu le contrôle. Le véhicule a basculé sur deux roues et failli se retourner. Il a monté la moitié du talus avant que je réussisse à le maîtriser. Il avait un gros creux à l’avant et le moteur faisait le bruit d’une scie circulaire avec une lame tordue.

Mais ce putain de vigile de supermarché était mort. Je le savais parce qu’il était en purée sur tout le pare-brise. Il avait en quelque sorte explosé sous le choc en laissant des saloperies vertes partout. J’ai même dû mettre les essuie-glaces pour y voir. Des taches rouges et jaunes, ouais, comme du sang et de la graisse corporelle, j’imagine, mais surtout du vert… j’imagine que vous savez de quoi je parle.

« C’était un simulacre », crut bon de dire Thomas.

Ouais, un sim. Mais évidemment, j’en savais rien, à l’époque. C’était juste un truc bizarre de plus. J’étais poursuivi par des araignées avec des lames à la place des mains, Bastián était mort, le vigile de supermarché était plein de morve, et moi, tout ce que je voulais, c’était me tirer de ce putain de désert, n’importe où. J’ai gardé le pied sur l’accélérateur même quand de la fumée a commencé à sortir du capot. Du moment que les roues tournaient. Les yeux toujours dans le rétroviseur.

Ils ont assez vite éteint cette grande colonne de lumière. Alors j’ai coupé les phares et continué à rouler à la lueur de la lune, juste pour être moins visible. Je pensais qu’on me poursuivrait, mais non. Du moins, pas tout de suite. Alors je me suis dit : bon, je vais où, maintenant ? Je retourne au dépôt ? Je dis à un contremaître que j’ai bousillé un véhicule de société et, ah oui, j’oubliais, Bastián s’est fait découper en trois morceaux par un crabe géant ?

Comme il n’y avait personne derrière moi sur la route, pour ce que j’en voyais — et dans l’Atacama, on voit loin, même la nuit —, je me suis arrêté pour évaluer les dégâts et réfléchir à ce que je pouvais faire. J’ai enlevé ma chemise et je me la suis nouée sur la poitrine pour arrêter le saignement. Ça sautait aux yeux que la Toyota ne tiendrait plus le coup très longtemps. Elle fumait encore alors que j’avais coupé le moteur. Je suis allé ouvrir le coffre. J’ai trouvé dedans une roue de secours, qui ne me servirait à rien, une clé en croix qui ne me servirait pas plus et un cric. Un cric avec un levier en métal détachable, et comme c’était mieux que rien, je l’ai pris. J’aurais préféré un couteau. Ou même un cutter. N’importe quoi. Mais je n’avais que ce levier de cric.

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