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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Nerissa revit Werner Beck ce week-end-là, pendant le dîner collectif à la fin de la conférence. Toute discussion technique était bannie pendant le repas, qui se voulait une soirée de socialisation, même si Nerissa était la seule femme à table : Amélie Fournier avait pris le premier vol pour l’aéroport Louis-Blériot de Paris.

La conversation fut superficielle et souvent embarrassée. Peut-être cela n’avait-il pas été une bonne idée d’interdire le seul sujet de discussion que tous ces gens avaient en commun. Que leur restait-il ? Les livres, le cinéma, la politique, les futilités. Nerissa parla peu et laissa son esprit battre la campagne, mais fut impressionnée par la domination évidente de Beck sur le groupe. Il n’était pas censé y avoir de hiérarchie dans la Correspondence Society et Beck n’y avait aucun statut officiel, mais c’était lui qui demandait les menus, lui qui tranchait les petits différends, lui qui avait organisé le dîner, d’ailleurs.

Et ce fut lui qui le déclara terminé dès qu’on eut débarrassé les assiettes à dessert. Il tendit la main à Nerissa quand elle partit avec Ethan. « J’ai été ravi de vous rencontrer, madame Iverson. » Sa poignée de main était ferme et son sourire irradiait une confiance absolue. Elle parvint à sourire aussi, mais d’une manière qui manquait peut-être de conviction.

Plus tard, dans leur chambre, elle fit part à Ethan des propos d’Amélie sur Beck.

Ethan fronça les sourcils. « Il doit y avoir un malentendu.

— Amélie semblait formelle sur ce qui s’est passé.

— Ce qu’elle a fait sur les échos par micro-ondes manquait plutôt de consistance. Les remarques de Beck durant la discussion n’ont pas été très flatteuses sur le sujet, mais je ne pense pas qu’il ait dit quoi que ce soit d’injuste. C’est son travail à lui qui a fait l’effet d’une bombe, à la conférence. Il a réussi à détecter des mécanismes de signalisation dans les cellules chondritiques qu’il avait en culture.

— Et c’est important ?

— Comme prélever un bout de ciel et l’observer au microscope. Si nous comprenons de quelle manière ces cellules communiquent, on devrait pouvoir surveiller cette communication ou même la perturber. Enfin, si on veut.

— Et sur les avances qu’il lui a faites ?

— Bon, il en a vraiment fait ? Il a peut-être eu une parole déplacée et elle a dramatisé, tu sais, par jalousie professionnelle…

— Elle mentait, tu veux dire ?

— Allons, Riss ! Pas forcément, mais… » Il haussa les épaules d’un geste impatient. « Et il n’y a pas grand mal. Je ne sais même pas pourquoi on en discute. Elle a produit un travail banal qui a reçu l’attention qu’il méritait et elle n’a pas apprécié. Peut-être Beck ne s’est-il pas conduit en parfait gentleman, mais c’est vraiment important ? »

Tiens-en compte, au moins, se dit-elle. Ne rejette pas la possibilité par loyauté envers Beck. Ne lui trouve pas d’excuses uniquement parce que ses recherches sont impressionnantes. Mais elle garda toutes ses pensées pour elle et se contenta de froncer les sourcils en se détournant.

La dispute jeta une ombre sur leurs vacances. Oahu était aussi beau que prévu. Ils randonnèrent dans Mokulēia, passèrent des heures délicieuses à prendre le soleil sur le sable blanc de la plage de l’hôtel. Mais Nerissa avait vu un aspect d’Ethan (et de la Society) qu’elle n’aimait pas et qu’elle n’arrivait pas tout à fait à ignorer. Et même si les étoiles étaient ravissantes sur la North Shore, les paroles d’Amélie la hantaient. Malgré que la nature, les crocs et la griffe ensanglantés/Par la rapine, protestât à grands cris contre sa croyance — Et contre Amélie elle-même, semblait-il. Elle avait été une des premières victimes des assassinats de 2007.

« Riss, réveille-toi. »

Un instant, elle se crut encore à Hawaï. Mais non. Elle s’était endormie dans la voiture. Elle cligna des yeux, vit une aube grise très peu tropicale. Quand elle se redressa, chacune de ses articulations protesta de son côté.

Ethan s’était garé devant un petit pavillon dans une rue poussiéreuse non loin d’un passage à niveau. Elle ouvrit la bouche pour demander où ils étaient, puis s’aperçut qu’elle n’en avait pas besoin. C’était un des nombreux « refuges » de Werner Beck, l’adresse qu’il avait donnée à Ethan dans le courrier récupéré en abandonnant la ferme. L’activité de la radiosphère semble augmenter, avait-il écrit, prends toutes les précautions, tu peux me joindre à cette adresse.

Et voilà que Werner Beck lui-même sortait du pavillon et descendait les marches de la véranda. Nerissa ne le trouva guère changé depuis leur dernière rencontre, quelques années auparavant. Il se tenait toujours droit comme un militaire, même si ses cheveux et sa barbe grisonnaient. Il portait un ample pantalon kaki et une chemise de flanelle rouge non boutonnée. Et il tenait un fusil de chasse, mais eut un sourire crispé quand Ethan descendit sa vitre.

Faites qu’ils soient là, se dit Nerissa. Faites qu’ils soient à l’intérieur, Cassie et Thomas, et le fils de Beck, Leo. Qu’ils soient en train de nous regarder par la fenêtre. Qu’ils se précipitent dehors en me voyant. Elle ouvrit sa portière. Descendit de voiture. Ethan fit de même.

« Vous feriez mieux d’entrer », dit Werner

Et de la maison rien ne sortit. Il n’y avait qu’une lumière pâle, une véranda déserte, une porte immobile, le silence inoccupé.

17

Garage de Dowd

Grâce au pistolet à peinture d’Eugene Dowd, la voiture blanche volée par Leo était désormais bleu métallisé. Avec ses fenêtres et ses baguettes encore masquées, elle semblait presque factice, pour Cassie : on aurait dit un trompe-l’œil, un tour de magie sur le point d’être dévoilé. Dowd dit qu’il s’occuperait du polissage et de la finition transparente le lendemain matin… le temps manquait pour faire mieux, et tout ce travail ne servait qu’à faire changer d’aspect à la voiture. Une rapide couche de peinture et de nouvelles plaques, il ne pouvait pas mieux. Ensuite, il faudrait qu’ils prennent la route.

Cassie voulait bien entendu qu’il finisse son histoire sur le Chili, sur le désert qu’il appelait l’Atacama et les lumières qu’il y avait vues. Mais Dowd n’était pas d’humeur. Demain, dit-il. Il parlait mieux avec les mains occupées. En attendant, il allait partir en camion faire des courses à Salina, est-ce que quelqu’un voulait l’accompagner ?

Beth se porta aussitôt volontaire. Dowd hocha la tête et sortit du garage avec elle.

Cassie, Leo et Thomas montèrent dans son bureau, où le crépuscule illuminait d’orange la fenêtre crasseuse. Ils avaient trop faim pour attendre le retour de Dowd et de Beth, aussi dînèrent-ils de ce qu’il restait dans le réfrigérateur. Leo alluma le petit transistor. Celui-ci diffusait surtout de la musique de Noël, puisque c’était la prochaine grande fête au calendrier. Le tintement des cloches et les arrangements choraux égayèrent un certain temps l’atmosphère, mais une fois la nuit tombée, la musique se mit à sembler aussi triste et lointaine que le signal d’un navire en mer. Cassie se demanda si elle célébrerait à nouveau Noël un jour. Tante Riss n’avait pas été particulièrement portée sur la religion, mais chaque mois de décembre elle montait dans l’appartement un pin minuscule qu’elle installait dans une cuvette en tôle posée sur un drap blanc, où les aiguilles qui tombaient formeraient des amas épineux. L’appartement devait être vide, à présent, avec la boîte aux lettres qui débordait et des rappels de loyer dans le courrier, de la nourriture en train de pourrir dans le réfrigérateur et une atmosphère stagnante avec de la poussière qui se déposait peu à peu.

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