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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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— Quel genre d’action ?

— Tout être vivant est vulnérable, Ethan. Même l’hypercolonie.

— Tu penses vraiment avoir découvert un moyen de lui faire du mal ?

— Si c’était impossible, elle n’aurait jamais déployé autant d’énergie à essayer de nous en faire à nous.

— Vous vous rendez compte de ce que vous dites, là ? »

Surpris, Ethan releva les yeux. Nerissa se tenait à la porte de la cuisine, vêtue de propre, une serviette de toilette à la main. Beck s’empourpra un peu, les lèvres pincées, sous le coup d’une irritation qu’il réprima aussitôt. « J’espère que vous vous sentez mieux, madame Iverson. Qu’est-ce que je dis là, selon vous ?

— Que vous l’avez provoquée… l’hypercolonie, je veux dire. Elle n’a pas seulement peur de ce qu’on pourrait savoir, elle a peur aussi de ce que vous pourriez faire avec.

— Dans ce cas, j’espère que ses peurs sont totalement justifiées.

— Et les gens qui sont morts ?

— Ce n’est pas moi qui les ai tués.

— Vous avez même impliqué votre fils là-dedans.

— Je pouvais difficilement l’exempter.

— Et Thomas et Cassie ?

— Comprenez-moi bien : je les veux hors de danger tout autant que vous. Votre nièce et votre neveu ne me sont d’aucune utilité. »

Ethan laissa Nerissa raconter l’histoire du sim Winston Bayliss : ce qu’il avait dit, de quelle manière il était mort et surtout ce qu’ils avaient découvert en allant chez lui à Montmorency. « Comme Mme Bayliss a été opérée récemment, elle devait être humaine. Mais son fils était un sim. Comment est-ce possible ? Vous savez quelque chose là-dessus ? »

Beck garda si longtemps le silence qu’Ethan se demanda s’il refusait de répondre. « Je peux vous montrer des études récentes, dit-il enfin. À toi aussi, Ethan. Tu ne les as pas vues, celles-là. Venez. »

Ils suivirent Beck dans le petit salon de la petite maison et le regardèrent fouiller dans un carton d’archives caché derrière le canapé. Il en sortit une enveloppe de papier kraft qu’il posa sur la table basse. Ethan et Nerissa s’assirent tandis que Beck tirait une chaise. « Je dois vous avertir que certaines photographies sont très crues. »

L’enveloppe contenait les recherches d’un vétérinaire anglais du nom de Wyndham qui, selon Beck, avait cultivé des cellules pseudochondritiques pour étudier leur interaction avec les tissus vivants. Il avait équipé à cet effet un laboratoire de cages contenant des souris blanches et quelques animaux de plus grande taille.

Il avait commencé par mettre en contact les cellules extraterrestres avec des cultivars de levure, de moisissures et de bactéries, sans le moindre résultat probant. Des échantillons de tissus prélevés sur des métazoaires furent un peu plus réactifs, mais les cultures ne tardèrent pas à se scléroser.

Quand il injecta directement les cellules pseudochondritiques à une souris vivante, celle-ci succomba vite aux multiples tumeurs agressives qui se déclarèrent simultanément. (On trouvait dans le dossier la photographie d’une souris euthanasiée en cours de dissection : les tumeurs présentées un peu partout dans son corps ressemblaient pour Ethan à des framboises couvertes de sang.) Mais quand il administra à ses rongeurs les mêmes cellules en préparation aérosol — il les plaça dans une chambre hermétique en leur laissant respirer des spores sèches extraites, cela ne sembla avoir aucun effet négatif sur eux au fil des semaines et même des mois.

Non qu’ils n’aient pas changé. Les dissections de Wyndham révélèrent que les cellules étrangères avaient migré dans le système reproducteur des souris. Les gamètes mâles et femelles étaient considérablement modifiés. Sous le microscope (il y avait là aussi une photo, montrant heureusement moins de viscères), les cellules haploïdes semblaient plus grosses et contenir de nouvelles et inhabituelles organelles. « Mais le véritable effet significatif, indiqua Beck, s’est produit sur la génération suivante. »

Un autre cliché de dissection… plutôt répugnant. Nerissa recula en lâchant une exclamation dégoûtée. Ethan eut le cœur soulevé : cela lui rappelait ce qu’il avait vu après l’attaque de sa ferme.

Là encore, la souris morte était ouverte. Elle renfermait ce qui ressemblait à un jeu complet d’organes internes, de taille réduite et placés aux limites de l’abdomen. La cavité était majoritairement occupée par une masse verte gélatineuse, dont une partie déjà liquéfiée commençait à s’écouler au moment de la prise de vue. De fins appendices en sortaient pour se glisser à l’intérieur des organes, qui n’avaient rien d’anormal par ailleurs, ou entre ceux-ci. Une dissection partielle du crâne révélait une sphère creuse de matière neuronale entourant le même noyau gélatineux vert.

« Bon Dieu, assez ! » s’écria Nerissa avec une grimace.

Beck rassembla les clichés. « Il semble que les sims soient créés de la manière suivante : des cellules pseudochondritiques tombent de la masse orbitale de l’hypercolonie, la plupart ne survivant pas à l’entrée dans notre atmosphère. Ce qu’on en retrouve dans les carottes de glace nous permet d’estimer le nombre moyen de spores qui atteint chaque année la surface de la Terre. Une fraction minime de ces spores se retrouve forcément inhalée par des animaux ou des êtres humains. En supposant qu’en absorber une seule suffit à modifier tous vos gamètes, et étant donné la densité et la répartition des adultes humains fertiles sur le globe, il ne peut y avoir plus de deux ou trois cents sims dans toute l’Amérique du Nord… peut-être quatre mille en tout sur Terre. Ainsi qu’une population d’animaux modifiés, sans doute sans importance, mais mieux vaut ne pas les oublier.

— Et les sims…, demanda Ethan, ils sont fertiles ?

— Donnent-ils naissance à d’autres sims ? Non. Bien que parfaitement capables de relations sexuelles, les souris de Wyndham étaient génétiquement stériles. Tout comme ses chiens et autres mammifères supérieurs. Là aussi, j’ai des photos…

— Non, coupa Nerissa.

— Wyndham refusait de travailler avec des primates, mais nous avons toutes les raisons de croire que le résultat aurait été le même.

— Et à part ça, les animaux étaient normaux ?

— Normaux sur les plans fonctionnel comme comportemental. Impossible de faire la différence sans ouvrir au scalpel.

— Mme Bayliss ne nous a donc pas menti, dit Nerissa. Elle a vraiment donné naissance à cette chose. »

Beck sortit deux autres clichés de ses dossiers. Ethan constata avec soulagement qu’il s’agissait de photomicrographies et non de dissections. « Nous en avons appris davantage sur l’action des spores au niveau cellulaire… Ça devrait t’intéresser, Ethan. »

La personne à l’origine de ces images avait dû pouvoir se servir d’appareils très perfectionnés, peut-être d’un de ces nouveaux microscopes électroniques à balayage, technologie qui avait vu le jour peu avant qu’Ethan commence à isoler des spécimens dans les carottes de glace. « C’est une petite usine très occupée, dit Beck. Mais bien obligé, n’est-ce pas, pour faire ce dont ces choses sont capables. Certains de ses composants chimiques nous sont bien connus. Les molécules qu’on appelle “génétiques” : azote, carbone, phosphore. Purines, pyrimidines. Plus de l’arsenic et des traces de métaux. Mais ce qu’on remarque surtout, c’est le degré d’organisation à l’intérieur de la cellule. Ces étranges structures filamenteuses, vous les voyez ? Des fils de carbone conducteur, repliés de manière fractale dans une sous-membrane, avec des extensions dendritiques qui semblent affecter d’une façon ou d’une autre toutes les parties de la cellule…

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