Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
J’ai poussé la Toyota hors de la route, face aux salants, j’ai démarré le moteur — ça n’a pas été facile —, mis la transmission au point mort, coincé la clé en croix sur l’accélérateur, passé la première et sauté dehors. La Toyota est partie dans le désert en léger virage et serait sans doute revenue droit sur moi si le moteur n’avait pas calé deux cents mètres plus loin dans les salants. Le moteur a pris feu. Ça a vite fait de grandes flammes. J’ai espéré qu’on croirait que j’étais sorti de la route, ou même que j’avais brûlé vif dans la voiture. Du moins, vu de loin. Je me suis ensuite accroupi derrière le petit talus de terre et de cailloux au bord de la route, il n’y avait que ça pour se cacher et ce n’était pas grand-chose.
J’essayais toujours de trouver un plan. La lune n’allait pas tarder à se coucher et on était à une heure de l’aube. Face à d’autres vigiles de supermarché, je pensais avoir une petite chance, mais si des trucs-araignées se pointaient par la route, autant me trancher la gorge avant qu’ils me rendent ce service… et à ce moment-là j’ai vu des phares au loin.
C’était rien qu’un camion. Un 4×4 Ford avec des arceaux de sécurité et un plateau à l’arrière. Il a ralenti, sans doute parce que son conducteur voyait la Toyota dévorée par les flammes plus loin sur les salants. Il s’est arrêté à quelques mètres de ma cachette. Apparemment, il y avait deux types à l’intérieur. Un est sorti. C’était un vigile de supermarché : mêmes vêtements, même pistolet à la ceinture. Une torche électrique dans la main droite. Il a balayé le gravier de la route avec le faisceau pour voir les traces de pneus à l’endroit où la Toyota avait tourné dans le salar. Chaque pas qu’il faisait le rapprochait de moi.
Alors j’ai profité qu’il regardait par terre pour me précipiter sur lui. Je n’avais que l’effet de surprise pour moi. Il m’a vu, bien entendu. Il a lâché sa torche. Voulu prendre son flingue. Mais je l’ai frappé avec le levier du cric avant même qu’il touche l’étui. Il a esquivé très vite, mais j’ai quand même réussi à l’étourdir un peu. Si bien que je l’ai frappé encore, un grand coup sur la tempe, et il s’est écrasé par terre comme un sac de sable. Je suis tombé à genoux pour lui prendre son pistolet.
Je ne m’y connaissais pas trop en armes à feu, à l’époque, mais je m’étais déjà servi plusieurs fois du vieux .45 de mon paternel. Donc j’ai ôté le cran de sécurité en priant pour que cette saloperie soit chargée, parce que le deuxième type était en train de débouler du camion et on pouvait dire qu’il était armé et dangereux. Je tire une première fois, ma balle traverse le pare-brise. Raté. Ma deuxième balle atteint le type à l’épaule et le fait tourner sur lui-même. Je suis debout, je cours, lui, il essaye encore de lever son arme alors que son bras ne fonctionne plus trop, je lui tire dessus une troisième fois, en pleine tête, boum, il tombe.
Une autre balle dans la tête à chacun, juste pour être sûr. Ça fait couler du sang et un liquide visqueux vert sur mes chaussures.
Ensuite, je prends leur camion et je roule. Réservoir plein, véhicule fiable, et j’ai tellement d’adrénaline dans les veines que je commence à me sentir plutôt content de moi, finalement. Je vois d’autres phares dans le rétroviseur, mais j’ai beaucoup d’avance. Je passe à toute bringue devant le dépôt où on travaillait, Bastián et moi, et le temps que le jour se lève, je suis à mi-chemin de Pedro de Atacama et, si quelqu’un me suit, il est beaucoup trop loin pour que je le voie.
À San Pedro, j’ai trouvé un type qui ne posait pas de questions pour échanger le camion Ford contre sa petite Hudson de merde vieille de dix ans, pour une raison ou pour une autre, on en voyait un paquet dans l’Atacama, quelqu’un avait dû ouvrir une concession un jour… une voiture complètement quelconque qui a réussi à me conduire jusqu’à Antofagasta avant que la transmission lâche. J’ai fait profil bas un certain temps, en bossant de jour au puerto jusqu’à ce que je puisse me payer un billet d’avion pour les US. Une fois rentré au pays, j’ai passé genre une année à essayer de chasser toute cette merde de mon esprit à coups de Jack Daniel’s plus Coca, doucement sur le Coca, jusqu’à ce que j’ouvre ma grande gueule devant ce chroniqueur. Après quoi Werner Beck a débarqué et m’a plus ou moins expliqué les choses.
Voilà mon histoire.
« Mais ça n’explique pas tout, se plaignit Leo.
— Qu’est-ce que t’as besoin qu’on t’explique ?
— La lumière dans le désert ? Les choses-araignées ?
— Tu devrais demander tout ça à ton père, Leo. Si jamais tu le revois un jour.
— Et puis, qu’est-ce qu’il y a de si important, à l’arrière de votre camionnette ?
— Ça aussi, ton père aurait dû t’en parler. » Dowd eut un grand sourire qui dévoila des dents de travers. « On pourrait dire que c’est une arme secrète. Ou une partie d’arme secrète.
— Et vous n’arrêtez pas de dire qu’on va prendre la route. Pour aller où ?
— Il faut vraiment que tu poses la question ? »
Leo secoua la tête. « C’est une histoire de dingue. »
Dowd sourit encore plus largement. « Amen, mon frère. Je ne vais pas dire le contraire. »
18
Joplin, Missouri
Ethan se soucia en premier chef de Nerissa, horriblement déçue que Cassie, Thomas et Leo ne soient pas venus au refuge de Werner Beck.
Ethan était déçu aussi, bien entendu. Mais Riss sembla perdre toute la formidable énergie qui l’animait depuis plusieurs jours. Elle parut vieillir soudain de plusieurs années et prit avec Beck un ton irascible et grincheux. « Mais ils sont où, alors… est-ce que vous en avez la moindre idée ? »
Beck les conduisit à une table en pin toute simple dans la cuisine de sa petite maison toute simple. « Asseyez-vous.
— Et Leo ! C’est votre fils, bon Dieu ! vous n’arrivez pas à le retrouver, autrement dit ?
— Nous avions prévu de quoi parer à cette éventualité.
— Comment ça ? Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— Si Leo suit mes instructions, on devrait arriver à le rejoindre. Et si Cassie et… Comment s’appelle le garçon ? »
Nerissa lui décocha un regard venimeux. « Thomas.
— Si Cassie et Thomas l’accompagnent, cela vous donnera l’occasion de les mettre à l’abri. Mais de toute évidence, madame Iverson, je n’ai aucune certitude sur l’endroit où est l’un ou l’autre de ces enfants pour le moment. Je ne peux pas les faire apparaître d’un claquement de doigts. Il faut vous montrer patiente.
— Vous voulez bien expliquer ?
— Je m’inquiète autant pour Leo que vous pour votre neveu et votre nièce, et je ferai tout mon possible pour garantir leur sécurité. La situation est complexe et je ne demande pas mieux que d’en discuter, mais en attendant vous aimeriez peut-être prendre une douche et enfiler des vêtements propres, non ? Sans vouloir vous vexer, vous semblez en avoir besoin. Je nous préparerai un repas chaud dès que vous aurez pris un peu de repos. Ça vous convient ? »