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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Ceux qui prenaient cette idée au sérieux appartenaient plus probablement au cercle restreint, soit moins de 500 membres, employés partout dans le monde par des universités ou des centres de recherche, et mis en présence dans le cadre de leurs activités professionnelles de preuves qu’ils ne pouvaient ni publier sans danger, ni ignorer en toute honnêteté. Ethan, par exemple, était resté un de ces universitaires du cercle extérieur jusqu’à ce qu’il travaille sur les carottes de glace antarctique. Il avait communiqué une partie de ses résultats à Werner Beck, qui l’avait incité à isoler la poussière chondritique découverte dans ses échantillons. C’était Werner Beck qui l’avait recruté dans le cercle restreint.

Ce dernier n’organisait pas de conférences au sens conventionnel du terme, mais se réunissait officieusement toutes les quelques années à un endroit ou à un autre de la planète. Cette année-là, Beck avait réservé des chambres dans un motel de Framingham, près de Boston. Il n’était pas nécessaire de louer des salles de réunion : les huit membres de la Society qui participeraient à cette réunion (quatre hommes venant des États-Unis, un du Danemark et deux de Chine, ainsi qu’une femme arrivée de France) tiendraient aisément dans la même chambre d’hôtel. Chaque délégué devait faire un exposé trop sensible pour le cercle extérieur. Ethan parlerait de son travail avec les carottes de glace, Beck des cultures qu’il avait réussi à produire à partir des extractions d’Ethan.

Celui-ci avait présenté Nerissa à Beck dans le café-restaurant du motel. Elle s’était attendue à une espèce de grand homme. Ce qu’il était peut-être, mais seulement au figuré : il ne dépassait pas en taille le mètre soixante-huit de Nerissa. Il avait les cheveux bruns et se dégarnissait. Il portait la barbe : cinq millimètres de poils uniformes et taillés avec un soin qui évoquait l’art topiaire. Vêtu avec décontraction d’un jean impeccable et d’une chemise blanche au col ouvert, il semblait, contrairement à la plupart des autres participants, fréquenter les salles de sport : il avait des épaules larges et des biceps épais.

On remarquait surtout son regard, qui n’avait rien de nerveux ni d’indécis. Il le plongea dans les yeux de Nerissa avec une franchise qui la mit un peu mal à l’aise. Puis sourit. « Vous devez être madame Iverson. »

Comme à son habitude, Ethan avait oublié de la présenter. « Nerissa, dit-elle. Salut.

— Werner Beck. » Il lui serra vivement la main quelques instants avant de se tourner vers Ethan. « À notre dernière rencontre, tu étais célibataire. Tu t’es bien débrouillé.

— Merci », répondit Ethan… avec un tout petit peu trop d’obséquiosité, trouva Nerissa.

« Il est assez inhabituel d’emmener un conjoint à une de nos réunions.

— On est tous les deux plus ou moins en congé sabbatique. Du moins, en vacances. On part à Hawaï après le week-end. Deux semaines à Turtle Bay.

— Charmant. Bref, bienvenue, Ethan. On a beaucoup de choses à se dire. Madame Iverson, j’espère que vous ne vous sentez pas délaissée. Mais Boston est une grande ville : je ne doute pas que vous trouverez à vous occuper. »

C’était une manière, peu courtoise, de la congédier. Nerissa ravala une réponse condescendante. Elle avait espéré qu’Ethan prenne sa défense, mais il n’eut d’autre réaction qu’un rire nerveux. « Riss connaît plutôt bien la région : elle a vécu à Boston la plus grande partie de sa vie.

— Je n’en doute pas. Bref, notre première présentation est à treize heures : Wickramasinghe nous fera un exposé sur des inclusions organiques dans les fragments de météorites. Une excellente introduction à ton travail. » Les yeux de Beck se posèrent à nouveau sur Nerissa. « Enchanté d’avoir fait votre connaissance, madame Iverson, j’espère vous revoir bientôt.

— Eh bien ? » demanda Ethan quand Beck se fut éloigné de leur table.

Elle haussa les épaules. « Il prend soin de sa personne.

— C’est l’impression qu’il te laisse ? Qu’il prend soin de lui ?

— Un peu mielleux. » Puisque tu insistes.

« Il essaye juste de faire bonne impression.

— Sur la présence inattendue du conjoint ?

— Tu n’es pas fair-play. »

Peut-être pas. La Society, lui avait dit Ethan, ne stipulait rien de très précis sur la quantité d’informations que ses membres pouvaient partager avec leur famille. Mais chacun comprenait qu’on pouvait nuire à sa carrière en ne tenant pas suffisamment sa langue… c’était pour cette raison que la CS avait été créée, au départ. Et la majeure partie de ce qu’avait appris le cercle restreint aurait semblé bizarre ou même irrationnel en dehors de celui-ci. Nerissa comprit qu’elle devrait prendre garde aux endroits où elle mettait les pieds, peut-être plus particulièrement dans les parages d’un acteur incontournable comme Werner Beck.

Mais elle n’appréciait pas d’être traitée en intruse. Ou pire, en espionne éventuelle. Comme si elle avait quelque chose à fiche de ce dont ces gens discutaient dans leurs réunions. Comme si leurs idées lui paraîtraient un jour davantage que des théories dérangeantes et on ne peut plus hypothétiques.

« De toute manière, l’important, ce sont ses idées, dit Ethan. Et c’est un bon chercheur. Depuis la mort de sa femme, il y a quelques années, il n’a plus que son travail. Et il a les moyens de s’y consacrer entièrement.

— Il est veuf ?

— Il élève seul son fils. »

Elle laissa Ethan changer de sujet. Ils parlèrent de ce qu’ils prévoyaient de faire à Oahu. Nerissa imagina une chambre au mobilier en bambou, une brise, le bruit de l’océan au loin. Et s’imagina elle-même sur une terrasse ombragée, un verre à la main (quelque chose avec du gin et un petit parasol dedans), histoire d’étouffer les pensées qui continuaient à lui venir sur les forces qui influençaient les événements de l’humanité.

Le samedi, elle flâna dans les librairies d’occasion du vieux Boston. Elle trouvait les librairies apaisantes, surtout celles spécialisées dans les livres anciens… l’odeur de vieille encre, l’acoustique feutrée. Elle voulait quelque chose d’intelligent mais de pas trop difficile et finit par choisir une deuxième édition abîmée d’un Raymond Chandler, Fais pas ta rosière ! De retour au motel, elle s’appropria une table près de la vitrine du bar et entama sa lecture. Elle n’avait pas terminé le premier chapitre quand elle sentit quelqu’un approcher. Une femme dans la quarantaine, semblait-il, qui tenait un verre à la main et clignait des yeux derrière des lunettes à l’épaisseur impressionnante. « Vous êtes la femme d’Ethan, pas vrai ? »

Nerissa hocha la tête avec circonspection.

« C’est bien ce que je me disais. Je vous ai vue avec Ethan et Beck l’autre jour. » Elle avait une petite voix (comme un oiseau, se dit Nerissa) et un accent français. « Amélie. Amélie Fournier. Je fais partie de… bon, de vous savez quoi. De la Society. Ça vous dérange si je m’assois à votre table ? Vous préférez peut-être rester seule…

— Non, je vous en prie. Je m’appelle Nerissa. »

Amélie prit place sur une chaise. « Merci. Je sèche la réunion. C’est bien comme ça qu’on dit, sécher ? Je m’aperçois que je n’arrive pas à regarder trop longtemps dans l’abîme.

— L’abîme ?

— Les profondeurs du ciel, je veux dire. Et ce qui y vit. » Amélie plissa le visage, expression qui ne ressemblait pas exactement à un sourire. « Bien entendu, je ne sais pas trop ce qu’Ethan vous a raconté au juste sur tout ça…

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