Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
Nerissa soupira et hocha la tête, preuve de son épuisement. Beck lui indiqua le chemin de la salle de bains.
« Je comprends pourquoi tu l’as amenée, dit-il quand elle fut sortie. Mais franchement, c’est un peu délicat. »
Ethan ne voulait pas entrer dans ce débat, du moins pas pour le moment. « Combien de maisons tu possèdes, Werner ?
— Suffisamment. Ce ne sont que des outils. Des armes de guerre, on pourrait dire.
— Tu as eu la visite des sims, pas vrai ?
— Je suis parti de ma maison dans l’Illinois avec quelques minutes d’avance sur eux. J’y étais resté trop longtemps, de toute manière… je me doutais qu’elle n’était plus sûre. J’étais prêt et mes bagages aussi. Ils ne m’ont pas vu partir. »
Ethan entendait des conjectures sur Beck et — surtout — sa fortune depuis des années quand ce dernier se confia à lui. La rumeur voulait qu’il ait breveté une invention utile. Ou hérité de sa richesse dans les années 1990. Ou qu’il ait des contacts dans la pègre. Ou tout cela à la fois.
Force était de constater qu’il disposait à la fois de gros moyens et de relations bien placées. C’était lui qui avait organisé et financé les rassemblements annuels des membres de la Society. Lui qui avait subventionné les principaux projets de recherche quand les institutions universitaires revenaient sur leurs financements et lui qui, après les meurtres de 2007, avait aidé les survivants et leurs familles, en leur fournissant de l’argent liquide et, en cas de besoin, des biens qu’ils n’auraient pu se procurer sans lui : de nouveaux noms, numéros de sécurité sociale et passeports.
Sans parler de sa réserve apparemment inépuisable de planques, propriétés lui appartenant mais qu’il laissait vacantes afin que lui-même ou d’autres puissent changer de logement au pied levé. Plusieurs membres de la Society avaient traité Beck de paranoïaque, peut-être à raison. Mais au moins, songea Ethan, c’était une parano qui avait des moyens.
« Le problème, lança Beck, c’est que tu es plus ou moins entré dans une zone d’hostilités.
— La guerre est venue à nous. Et c’est toi qui m’as donné cette adresse, Werner.
— Parce qu’il faut qu’on reste en contact. Mais je ne m’attendais pas à te voir débarquer.
— Ça semblait le plus logique, vu que Cassie et Thomas voyagent avec Leo.
— Je comprends. Mais la situation est plus compliquée que tu ne l’imagines. J’ai travaillé avec des gens qui ne font pas partie de la Society. Elle n’a jamais été qu’un des aspects de cette guerre, Ethan. Tu peux la considérer comme une espèce de service de renseignements qui rassemble des données sur l’ennemi. C’est un travail utile. Mais les guerres doivent être livrées. Et par des soldats plutôt que par des savants. »
Ethan se cala contre le dossier de sa chaise tandis que Beck se relevait pour préparer du café. La cafetière électrique sur le comptoir de faux marbre semblait avoir été achetée la veille. Ce qui était peut-être bien le cas. La maison elle-même gardait une odeur d’inoccupé, sentait le manque d’aération et les produits chimiques dégagés par les meubles et les tapis dont personne ne se servait. Ethan vit un instant Beck comme un animal furtif qui se cachait dans des constructions abandonnées. L’homme parut pourtant d’une efficacité toute militaire quand il remplit le réservoir de la cafetière et lâcha un filtre dans son panier. Il avait cinquante ans, d’après Ethan, peut-être davantage, mais il aurait pu être un sergent instructeur blanchi sous le harnais qui arrivait toujours à marcher aussi longtemps et faire deux fois plus de pompes que n’importe quelle recrue. « Tu n’as jamais été satisfait par la Society », dit Ethan. Les lettres que Beck lui avait écrites dégoulinaient d’ailleurs si souvent de mépris pour ses collègues qu’Ethan se demandait parfois pourquoi Beck se souciait encore d’eux.
« Eh bien, je ne lui fais pas vraiment de reproches. On n’avait guère que des suppositions. Avant que tu déniches ces inclusions dans les carottes de glace, on n’avait en réalité que des données anormales, des antécédents de persécutions académiques et une mine d’hypothèses. La Society a fait le rapprochement et il en est sorti cette idée franchement absurde que la couche radio-propagatrice était aussi un organisme vivant. Venu d’ailleurs. Des profondeurs de l’espace. Même avant 2007, personne n’osait le dire tout haut. Quelques-uns des vieux lions ont pris ça au sérieux — Fermi, Dyson, Hoyle —, mais même eux n’ont jamais envisagé de faire quoi que ce soit.
— Qu’est-ce qu’ils pouvaient faire, de toute manière ?
— Je répète que je ne leur reproche rien. On apprend à passer inaperçu. Très bien. Mais on aurait peut-être intérêt à regarder les choses en face. Et depuis 2007, on y a été obligés plusieurs fois. » Des gouttes de café commencèrent à tomber du filtre dans le pot avec un bruit de métronome. « Moi, du moins. Tu veux quelque chose de plus fort que du lait, dans ton café ? Tu as l’air d’en avoir besoin.
— Non merci. » Ethan se racla la gorge. « Je viens de passer sept ans dans un chalet au fond des bois du Vermont. Ça compte, comme choses regardées en face ?
— Tu as tué des sims, tu disais ? »
Il avait commencé à raconter à Beck ce qui s’était passé à la ferme. « Quatre en tout.
— Très bien. Tu as fait ce que tu avais à faire. Mais c’est de la légitime défense. Tu prévoyais la prochaine attaque, mais pas plus loin.
— J’ai réussi à survivre.
— D’accord, mais… et maintenant ? Tu fais quoi ? Tu te trouves une nouvelle cachette ? Plus profond dans les bois ? »
Ethan haussa les épaules.
« Je ne voulais pas m’en tenir à ça, dit Beck. Ces sept dernières années, je suis entré en contact avec des personnes extérieures à la Society, des gens qui ont eu directement affaire à l’hypercolonie ou à des sims.
— Je ne savais pas que ça existait.
— Tu crois que les scientifiques et les savants sont les seuls à pouvoir tirer une conclusion ou tomber sur quelque chose de dangereux ? Réfléchis-y. J’ai des raisons de croire que les sims constituent une minuscule fraction, nettement moins d’un millionième, de la population humaine. Mais il existe au moins quelques médecins et quelques coroners qui ont examiné des corps bizarres. Des agents de police témoins de décès troublants. Et beaucoup de gens qui ont obtenu des réponses menaçantes ou peu satisfaisantes aux questions délicates qu’ils ont posées. Je me suis fixé pour tâche de les découvrir.
— Comment ?
— De toutes sortes de manières. Les journaux locaux et ceux des petites villes sont bien utiles. Ils publient des nouvelles locales avant qu’elles puissent être filtrées par la radiosphère, vu que le sujet arrive directement en composition. Les agences de presse ne reprendraient jamais un article sur un accident de la circulation ayant laissé plein de matière verte sur la chaussée, ou alors il se perdrait en route… mais souvent, les journaux locaux le publient.
— Tu traques donc les articles du genre incroyable-mais-vrai dans les journaux ruraux ?
— Bien plus que ça. J’ai des correspondants sur trois continents. J’ai pu monter un réseau dont chaque membre comprend à quoi nous avons affaire… le comprend viscéralement, pas seulement en théorie, et se tient prêt à passer à l’action.