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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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— On n’est pas tous biologistes, interrompit Nerissa. Si vous voulez que je comprenne, il va falloir employer des termes moins savants.

— Les détails sont moins importants que la fonction. Pensez à ce que font ces cellules. Elles voyagent sur des distances énormes dans le vide de l’espace. Elles se reproduisent, du moins à ce qu’on suppose, en absorbant des minéraux et des oligo-éléments présents dans la roche ou la glace à la surface des astéroïdes, des comètes ou des planétésimaux. Elles le font à des températures très inférieures à celle du point de congélation de l’eau et sans autre force motrice qu’une vague lumière d’étoile et une chimie catalytique lente. Elles communiquent sur des distances prodigieuses en générant des microrafales d’énergie radioélectrique à bande étroite. Ce qui est déjà remarquable. Mais elles font encore plus impressionnant : celles que nous connaissons se sont dirigées vers le soleil pour occuper une orbite stable autour de la Terre. Les travaux d’Ethan laissent penser qu’elles sont là depuis 40 000 ans, peut-être davantage. Et une fois en nombre suffisant, elles se sont mises à fonctionner en réseau cohérent. Vous comprenez ce que ça signifie, madame Iverson ?

— Très vaguement.

— Leur intercommunication est devenue complexe. L’interaction des cellules pseudochondritiques ressemble beaucoup à celle des cellules cérébrales. Et dès que nous, l’humanité, avons commencé à générer nos propres signaux radio, ce qu’on appelle la radiosphère a commencé à fonctionner comme un grand émetteur-récepteur distribué, en relayant nos ondes tout autour du globe, mais aussi en analysant ces signaux, se transformant ainsi en ordinateur analytique bien plus perfectionné que tout ce que nous avons jamais rêvé de construire.

— Mais alors, c’est une forme de vie ou des machines ?

— Au niveau chimique, toute créature vivante peut être vue comme une machine. Nous n’avons aucune preuve que quelqu’un ait construit ces objets, mais c’est possible. Le scénario le plus probable : ils se sont développés sur une très longue période et ont peu à peu acquis leurs caractéristiques actuelles. Au niveau cellulaire, ils sont d’une complexité gigantesque mais, plus important, le réseau qu’ils forment est lui-même une entité unitaire. L’hypercolonie. La ruche, pour reprendre la description d’Ethan. C’est elle qui a appris à comprendre et manipuler la société humaine, et c’est elle qu’il faut détruire. »

Si c’était un tant soit peu possible. Ethan examina les photomicrographies. Les cybernéticiens avaient estimé qu’une seule de ces minuscules cellules calculait plus rapidement et plus ingénieusement que les plus gros ordinateurs à transistors utilisés par les compagnies d’assurance ou le fisc. Les physiciens de la Society pensaient que cela se produisait à un niveau fondamental, profond de la réalité… le niveau du « quantum », terme qu’Ethan ne comprenait pas tout à fait. Mais une question plus urgente le contrariait. « Pourquoi est-ce que je n’avais jamais vu ces photos ?

— Pourquoi les aurais-tu vues ?

— Eh bien, la Society…

— Ethan, ce n’est pas l’œuvre de la Society. Wyndham est un chercheur indépendant. C’est moi qui ai financé ses travaux.

— J’aurais aimé les voir malgré tout.

— J’ai choisi de limiter la diffusion de cette information.

— Pourquoi ?

— Pour la protéger. N’est-ce pas évident ? Pendant des années, nous avons supposé que les précautions prises par la Society suffisaient à empêcher l’hypercolonie de voir ce sur quoi on travaillait. On se trompait terriblement, comme l’ont montré les événements de 2007. Nous n’avions aucun secret pour elle et n’en avons sans doute jamais eu. La seule conclusion que je peux en tirer est que la Society elle-même a été corrompue et infiltrée.

— Tu as donc monté un autre cercle de chercheurs.

— Plusieurs, et avec des pare-feu entre eux. Si un des cercles est compromis, les autres ne risquent rien. Et alors que la Society était grosso modo un club de savants frustrés, mes gens sont plus motivés.

— Pourquoi, qu’est-ce qui les motive ?

— La colère. Et la peur. »

Beck leur promit à nouveau de les emmener à son rendez-vous avec Leo (qu’on pouvait supposer accompagné de Cassie et de Thomas). Mais il refusa de se montrer plus explicite, se limitant à parler d’« un long voyage ». Nerissa continua d’insister, ce qui n’égaya en rien le dîner, après quoi Ethan et elle se retirèrent à l’étage dans la chambre.

Celle-ci n’était pas moins austère que les autres pièces de cette maison à peine habitée. Un lit à une place, des rideaux en mousseline à la fenêtre, une couche de poussière sur le parquet non moquetté.

« Il est fou, dit Nerissa.

— Il a eu raison par le passé.

— Je remarque que tu ne nies pas.

— Qu’il soit parano serait si difficile à comprendre ? Vu la vie qu’il a eue ?

— Une vie ridiculement privilégiée. Il a hérité de ses millions. »

C’était exact, mais aussi, pour ce qu’en savait Ethan, plus compliqué que cela. Oui, les parents de Beck étaient riches. Mais son père avait immigré de Pologne dans les années 1960 avec un diplôme d’ingénieur, une expérience dans l’usine Nagórski à Starachowice et l’ambition de travailler dans l’aviation. Quelques années plus tard, il détenait trois brevets modérément rentables et possédait à Portland une petite usine qui fabriquait des pièces détachées pour Boeing. Il avait épousé une Américaine décédée d’un cancer du pancréas après avoir mis au monde leur seul enfant, Werner, et ne s’était jamais remarié.

Le père de Beck était de nature économe et avait élevé son fils de cette manière. Il mourut à cinquante-sept ans en lui laissant des placements d’une diversité extraordinaire, la propriété à 100 % d’une compagnie prospère sur le point d’être introduite en Bourse et une éthique de travail à peine moins exigeante que les disciplines pratiquées par les moines tibétains.

Devenir riche n’avait pas détourné Beck de sa carrière universitaire, qu’il avait menée avec la même intensité de Spartiate. Quand il avait découvert la Correspondence Society, il avait aussitôt consacré une partie de sa fortune au financement de travaux de recherche clandestins. Et s’il estimait que sa générosité lui donnait droit à une certaine considération, un rôle un peu central dans une organisation décentralisée, comment lui donner tort ?

En 1990, Beck épousa une ancienne élève qui lui donna un seul enfant, Leo, et n’entretint que de lointains rapports avec la Society. Elle mourut dans un accident de la circulation alors que Leo était encore petit. Ce décès avait dû traumatiser Werner, mais il ne s’agissait là que d’une supposition d’Ethan : Beck n’avait jamais parlé de ses sentiments et avait même toujours semblé réticent à évoquer cette perte. C’était toutefois après celle-ci que Beck avait cessé toute relation avec le monde universitaire traditionnel pour se consacrer aux seules affaires de la Society.

« Et c’est uniquement parce que Beck t’a raconté tout ça que tu le sais, fit remarquer Nerissa. Il a peut-être menti.

— Pourquoi mentirait-il ? » Son argent était réel, pensa Ethan. Ses travaux aussi.

« Il n’est peut-être pas cliniquement paranoïaque, mais il est presque certainement narcissique. Il a besoin de se sentir spécial, comme s’il accomplissait un destin grandiose. Les mauvais jours, il a sans doute conscience de sa propre insuffisance.

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