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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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Ils pénétrèrent enfin dans les rues de Blanc-Mesnil.

— J’habitais dans cette ville lorsque j’étais étudiant, confia l’antiquaire.

— Quel genre d’études ?

— Le droit pour commencer, pour faire plaisir à mon père qui était avocat à Ouagadougou, mais très vite j’ai compris que ça n’était pas pour moi. J’ai réussi à négocier avec mes parents et me suis consacré à l’histoire de l’art. Je n’ai jamais regretté mon choix.

La voiture s’arrêta devant un pavillon de banlieue.

— C’est au sous-sol, suivez-moi, nous allons passer par le jardin.

En franchissant le portail, Escoffier crut entendre des bruits de percussions.

— Vous entendez ? Ce sont les tam-tams, dit le Mossi.

Ils descendirent quelques marches qui menaient à un garage. Le Burkinabé frappa trois coups à la porte qui s’ouvrit et se referma sur eux brusquement. Une musique répétitive et lancinante les prit aux tripes. Escoffier remarqua que les murs du garage avaient reçu une isolation phonique.

— C’est commencé depuis un moment. Ça ne fait rien, vous allez voir l’essentiel.

Le capitaine avait du mal à se repérer, car la pièce était plongée dans une demi-obscurité, éclairée seulement par des bougies installées au sol, aux pieds d’une dizaine de participants. L’éclairage tremblant les défigurait, à moins que ce ne fût l’effet de transe collective qui dessinât ces rictus sur les visages. Personne ne prêta attention aux nouveaux venus, les yeux étaient fixés sur une femme africaine qui dansait lentement, par saccades, autour d’un objet disposé au milieu de la pièce. Parmi les spectateurs se tenaient des hommes de type africain et quelques Européens.

— La femme va entrer en communication avec l’esprit, chuchota M. Koliga. À ses pieds, c’est un poulet que l’on a sacrifié, un cadeau pour l’esprit.

Escoffier eut un mouvement de recul.

— C’est elle qui dirige les opérations, les tam-tams suivent selon son état de transe, écoutez, ils augmentent le rythme, elle va bientôt rencontrer l’esprit.

La femme en boubou tournait de plus en plus vite autour de la bête morte, levant les bras et rejetant la tête en arrière. Escoffier sentait qu’elle ne simulait pas, qu’elle était en dehors de tout état ordinaire.

— N’est-ce pas dangereux pour elle ? demanda-t-il à son guide, à voix basse.

— Ça peut le devenir. Beaucoup de ces femmes finissent à l’hôpital après une séance comme celle-ci. Il leur faut parfois plusieurs jours avant de retrouver un état normal. Les médecins appellent cela de l’ethno-psychiatrie.

— Que demande-t-elle à l’esprit ?

— Voyez tous ces gens autour d’elle, ils l’ont chargée d’une demande spéciale auprès de l’esprit. L’un aspire à la réussite, l’autre aimerait que son épouse soit féconde, un autre souhaite la guérison d’un proche. Vous savez, toutes les misères humaines… Elle leur sert d’intermédiaire parce que la nature l’a dotée d’une disposition particulière pour communiquer avec l’au-delà.

— Ces gens pensent vraiment que ça va marcher ?

— Ils en sont persuadés, sinon ils ne seraient pas là. Ça leur coûte cher, vous savez.

La femme était en sueur à présent et ses yeux exorbités semblaient voir quelque chose de terrifiant. Elle s’agitait comme un pantin, jetant ses membres dans tous les sens, faisant onduler son corps opulent et poussant de petits cris presque imperceptibles.

— C’est le moment, dit le Mossi. Elle entre en communication avec l’esprit.

Les percussions jouaient à tout rompre. La prêtresse entra en transe, se roula par terre, rampa, fut prise de soubresauts comme sous l’emprise d’une crise épileptique. Les spectateurs, hypnotisés, ne cillaient pas. Escoffier eut l’impression que la scène durait longtemps. Il se laissa un moment prendre au jeu, envoûté lui aussi par le rythme binaire. Soudain, la musique cessa et la femme s’immobilisa sur le sol. Elle semblait inconsciente. Une compagne vint vers elle et couvrit son corps à l’aide d’un tissu avant de s’asseoir à ses côtés. L’un après l’autre, les participants quittèrent la pièce sans rien dire, à moitié soûls.

— Que va-t-il se passer, maintenant ? demanda Escoffier.

— Des femmes vont veiller sur elle toute la nuit, la réchauffer, lui donner à boire, la consoler aussi. Après une épreuve aussi éreintante elle ne doit pas rester toute seule.

— Pourquoi se livre-t-elle à cet exercice si éprouvant ?

— Parce qu’elle a un don spécial, d’une part, et parce que ça rapporte de l’argent à la famille, d’autre part. Je vous avais prévenu, cela ne vous apprendra rien de plus sur votre tueur.

— Sans doute, mais je trouve des similitudes entre l’état dans lequel entrent certains tueurs au moment où ils passent à l’action et ce type de transe, c’est la raison pour laquelle je tenais à assister à un rituel.

— Dites-moi, vous ne laissez rien au hasard.

Escoffier s’attardait.

— Vous venez, capitaine ? fit Koliga sur le pas de la porte.

— Personne ne semble avoir pitié de cette pauvre femme.

— Je suis certain qu’elle ne voit pas les choses sous cet angle. Allons-nous-en, elle a besoin de se reposer.

De retour vers la capitale, dans l’habitacle de la voiture, les deux hommes échangèrent de nombreux points de vue sur la diversité des coutumes africaines.

— Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, dit enfin le Mossi, mais j’ai l’impression que vous cherchez autant à prendre le criminel au piège qu’à chasser vos propres démons, est-ce que je me trompe ?

— C’est bien vu, monsieur Koliga, et j’en suis conscient. Quand l’affaire sera bouclée, ce sera une délivrance pour moi, répondit Escoffier.

— Je vous le souhaite sincèrement, capitaine.

Ils demeurèrent silencieux le reste du parcours. Tard dans la nuit, Damien téléphona à son ami Benavent pour lui raconter son expérience.

— Tu ne trouves pas que tu pousses le professionnalisme un peu trop loin ? ironisa le criminologue.

32

Bérangère arriva à l’improviste dans les bureaux de Jocelyne Rouquier, éditrice reconnue et enviée pour le nombre de best-sellers publiés sous son nom depuis les cinq dernières années. La maison d’édition se situait au cœur du quartier chinois, près de la porte d’Ivry. Elle occupait le rez-de-chaussée d’un immeuble vieillot qui respirait la modestie. Le succès avait mis plus d’une décennie à pointer son nez dans l’entreprise Rouquier. La meilleure amie de Nadine Pascoli avait bouffé de la vache enragée, menaçant mille fois de mettre la clé sous la porte. On avait l’impression, en pénétrant dans les locaux, que la propriétaire ne croyait pas encore au succès à moins qu’elle s’en méfiât. Ses derniers polars avaient été lus à des milliers d’exemplaires, cependant l’ambiance des lieux à l’humilité laborieuse contrastait avec celle des maisons d’édition prospères dont le moindre succès faisait l’objet d’une publicité tapageuse et dont les locaux étaient plus tape-à-l’œil. Une jeune femme guida le lieutenant Fernandez dans un couloir vers le bureau de la directrice.

Jocelyne Rouquier ne parut pas étonnée de voir débarquer la police chez elle, en fait, elle s’attendait à recevoir une telle visite d’un jour à l’autre. Ses cheveux roux et touffus entouraient son beau visage de lionne, ses yeux reflétaient une âme délicate et courageuse. Au premier coup d’œil, les deux femmes se jaugèrent et se plurent. Bérangère exposa brièvement les faits et l’objet de sa démarche. L’éditrice, d’abord réservée, répondit bientôt à toutes les questions sans retenue. Quand on aborda le sujet des soirées privées, organisées par Nadine Pascoli, elle ne parut pas déstabilisée :

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