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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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— Un cinquième », fit Mercurio.

Le ciel se couvrit de nuages. Un vent humide se leva. Un coup de tonnerre résonna, comme un grondement sinistre.

« Tu n’es pas en position de négocier, mon garçon.

— Un quart.

— T’es dur d’oreille ? »

Mercurio balança la tête. « D’accord.

— Mais ça m’étonnerait que tu me rapportes beaucoup, dit Scarabello en souriant, tourné vers ses hommes qui ricanèrent, amusés. T’as pas l’air d’être un grand voleur. En tout cas t’as pas les idées bien claires.

— Je suis très bon dans l’arnaque, répliqua Mercurio, vexé. Et je suis le roi du déguisement.

— Et en bon Romain, tu es modeste… comme un pape ! »

Les hommes de Scarabello se mirent à rire.

Quelques gouttes de pluie clairsemées commencèrent à descendre d’un ciel de plomb.

« Vous faites un très mauvais couple, dit Scarabello, montrant seulement qu’il avait remarqué la présence de Benedetta. Quelle est la première règle pour être un bon guetteur ? », demanda-t-il.

Mercurio haussa les épaules, comme si la chose ne l’intéressait pas, et répondit : « De ne pas se sauver en laissant son comparse dans la merde quand les choses tournent mal.

— Ça, c’est la règle de base, dit Scarabello. Mais un bon guetteur… doit passer inaperçu.

— Évidemment », fit Mercurio, comme si cela allait de soi.

La pluie augmenta d’intensité mais Scarabello resta au milieu du campo. À Benedetta, il dit : « Toi, tu ne passes pas inaperçue. Tu es trop mignonne ».

Le visage de Benedetta s’éclaira et elle sourit.

« Idiote, c’est un défaut, dit Scarabello.

— Idiote, répéta Mercurio, d’un air supérieur.

— Et si un guetteur attire trop l’attention, on fait quoi ? fit Scarabello, tandis que la pluie devenait de plus en plus forte.

— On en change », dit Mercurio avec un rire. Mais il vit que Scarabello ne riait pas. « Je plaisante. Je veux dire… j’ai compris…

— T’es un comique, toi, dit Scarabello.

— Bon, je veux dire… s’il est trop voyant…, bredouilla Mercurio, cherchant une solution pour ne pas devoir reconnaître qu’il n’en savait rien. Si elle est trop mignonne on la retaille au couteau, non ? Et de nouveau il rit.

— Tu dois exploiter son défaut, imbécile.

— Imbécile, répéta Benedetta.

— Exploiter son défaut. C’est ce que je voulais dire… » marmonna Mercurio, en rougissant.

Scarabello secoua la tête. Ses cheveux, trempés par la pluie, bougèrent comme les tentacules d’un extraordinaire animal blanc. « Tu dois le rendre encore plus évident, de manière que ça devienne un motif de distraction. Ce type de guetteur ne contrôle pas les pigeons discrètement, comme un guetteur normal : il les contrôle… en se débrouillant pour que les pigeons le regardent. Tu me suis ?

— Non, reconnut Mercurio, vaincu. Ça donnerait quoi, en pratique ? »

Scarabello alla vers Benedetta et lui défit les cheveux. De sa main libre, il dénoua le corsage qu’elle avait sous sa robe et le replia à l’intérieur, de manière à lui dénuder la poitrine. Mais il ne s’arrêta pas là et déchira un peu du tissu, qu’il replia aussi vers l’intérieur pour élargir le décolleté jusqu’à ce qu’on voie le bout rose de ses mamelons. Il se tourna vers Mercurio. « T’as compris, maintenant ? Utilise ce que tu as. Ils regarderont ses tétons et toi, tu auras le champ libre… comique. »

Mercurio hocha la tête. Il était trempé comme une soupe. Il vit que les hommes de Scarabello fixaient le décolleté de Benedetta. « Vous devez la respecter. Elle est vierge », dit-il.

Benedetta le regarda avec étonnement et rougit. Puis, gênée, elle lui donna une bourrade sur l’épaule.

Scarabello hocha la tête. « J’en ai plein les couilles de prendre l’eau par votre faute », dit-il et il entra dans la boutique du marchand de légumes.

Celui-ci s’inclina aussitôt en signe de respect quand Scarabello et ses hommes se faufilèrent à l’intérieur. Il n’y avait quasiment pas de marchandise. La boutique était une grande pièce froide au sol de planches brutes et aux murs passés à la chaux, avec juste quelques légumes dans de drôles de corbeilles noires comme le brouillard. Le marchand ne semblait pas avoir peur de Scarabello, il y avait plutôt de la reconnaissance dans ses yeux. Il prit une cassette fermée par un étrange cadenas à cylindre et tendit à Scarabello une poignée de pièces, que celui-ci empocha sans les compter, avant d’y récupérer quatre pièces d’argent. « Tiens, te voilà payé », dit-il.

L’autre lui baisa la main, les yeux brillants. « Merci, que Dieu te bénisse, toujours et pour l’éternité. »

Scarabello retira sa main, mais doucement. Du bout de son couteau il désigna Mercurio. « Paolo, à mon avis ce comique ne nous rapportera pas grand chose, mais il est engagé. » Il mordit dans son morceau de viande. Du jus lui coula sur le menton, qu’il essuya avec la manche de sa fourrure : il se retrouva avec un grand trait noir courant d’une joue à l’autre sous son nez.

La pluie avait dissous la teinture et sa fourrure était redevenue marron par endroits. Mercurio regarda par terre. Il y avait une flaque noire aux pieds de Scarabello. Aucun de ses hommes n’osa dire quoi que ce soit.

« Ça te va bien, la moustache », dit Mercurio en éclatant de rire.

Scarabello, surpris, le regarda sans comprendre.

Le borgne réagit le premier. Il se mit face à Mercurio, le prit au collet et le repoussa, avec violence. « Ferme ta gueule, connard. »

Mercurio s’agrippa d’abord à ses hanches puis se retrouva contre un des compères, qui l’attrapa par le cou et le rudoya. Mercurio s’agrippa aussi à lui pour ne pas tomber, l’étreignant presque. L’homme le repoussa avec hargne vers un autre, qui l’attrapa comme si Mercurio était une balle, le souleva en l’air et le jeta au sol devant Scarabello. « Demande pardon, fumier ! »

Benedetta retenait son souffle. Paolo regardait ailleurs.

Mercurio trempa le doigt dans la flaque d’encre et se dessina deux moustaches. « Maintenant on est pareils. » Il éclata de rire, sans pouvoir se retenir. « Mais les tiennes sont bien plus grosses…

Ferme ta gueule, connard », fit le borgne, et il s’apprêtait à lui donner un coup de pied quand Scarabello, ôtant le morceau de viande de son couteau, le lui lança en plein visage.

Le borgne protesta. « Mais…

— C’est à toi de fermer ta gueule ! » Puis Scarabello pointa son couteau vers Mercurio. « Relève-toi », ordonna-t-il. Et au marchand : « Paolo, apporte-moi un miroir ».

L’homme se précipita dans l’arrière-boutique et revint avec un vieux miroir.

Scarabello se regarda. Puis il fixa le borgne. « C’est qui le connard ? Toi ou lui ? dit-il, l’air sombre. Tu m’aurais laissé sortir comme ça, toi, espèce d’imbécile, de peur de me le dire ? cria-t-il. Il dévisagea ses autres hommes. Crétins ! »

Ils baissèrent les yeux.

Scarabello se nettoya avec le linge que lui avait tendu Paolo. Puis il le passa à Mercurio, avec un sourire amusé. « Va chez le tailleur du théâtre de l’Anzelo. Il est à moi. Dis que c’est Scarabello qui t’envoie. Si quelque chose te convient, tu le prends. » Il lui donna une pichenette sur la joue. « Je te salue, comique.

— Un instant, Scarabello, dit Mercurio. On peut parler des comptes ? Je te dois un tiers de ce que je vole, c’est ça ? »

Scarabello le regarda, perplexe.

Mercurio alla au comptoir et y posa un couteau, une bourse de velours vert dans laquelle tintèrent des pièces de monnaie, et un foulard rouge. Il regarda le marchand de légumes. « Alors, ça fait combien, Paolo ? Je dois donner ma part au patron.

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