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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Écrit en collaboration avec Jean-Charles Tacchella, ce film à sketches, outre Jean Aurenche et Henri Jeanson, bénéficie de l’apport d’auteurs comme René Wheeler, Boileau et Narcejac, et Frédéric Dard. Dans le genre débauche de talents, on peut difficilement faire mieux. Et Gérard Oury de se mettre à l’ouvrage sans oublier son ami de Funès. Il n’a pas un rôle très important à lui offrir, celui d’un barman farfelu parlant franglais devant Danielle Darrieux, mais il tient à sa présence.

Et le vendredi 8 décembre 1961, Louis vient accomplir sa courte prestation avenue Kléber en décors naturels. À l’heure du déjeuner dans le sous-sol du bar Belgodère, en savourant une salade de fruits, Louis interpelle Gérard Oury : « Je te pose une question : crois-tu être un metteur en scène de films dramatiques ou réalistes  ? Si c’est le cas, tu te fourres le doigt dans l’œil ! — Pourquoi ? — Parce que tu as ri. Tu as ri, c’est très grave. — C’est rare un metteur en scène qui rit ? — Exceptionnel ! » répond de Funès en hochant la tête. Interloqué, Oury hausse les épaules et lance : « S’il suffisait de se tordre pour être capable de faire rire les autres, où irions-nous ? — Vers un monde meilleur. Sais-tu, laisse tomber Louis, que personne n’a jamais commis une mauvaise action en riant de bon cœur ? Quant à toi, tu es un auteur comique et tu ne parviendras à t’exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là ! » Cette affirmation ne manque pas de faire réfléchir Gérard Oury[200] : « il est exact que nous nous sommes boyautés toute la matinée. À tel point que je m’inquiète : finirai-je le décor ce soir ? Le comique de De Funès est si audacieux, si hors du commun que l’équipe entière est pliée en deux, y compris Alain Douarinou, vieux cadreur blanchi sous le harnais. L’œil rivé au viseur, il hoquette si fort que la caméra branle. J’arrête, ça remue trop. On recommence. Et ça recommence parce que de Funès ne fait jamais deux fois la même chose. Ce qui surprend, c’est son invention, le rire naissant d’une surprise qu’on attend sans l’attendre. Je regarde Louis monter l’escalier menant au décor. Son visage est lisse, calme. Mince, très petit, brun, on dirait un toréro avant la corrida. Que nous prépare-t-il ? Et pourquoi a-t-il affirmé que la “vis comica” était ma vocation ? Bien sûr, comme acteur, j’aurais aimé, moi aussi, voir des salles se tordre à mes mimiques, mais je suis incapable de faire rire, c’est pourquoi depuis vingt-quatre ans j’ai joué la tragédie ou des personnages noirs. Serais-je une flûte au lieu d’un tambour ? »

Les remarques de Louis ne tombent pas dans l’oreille d’un metteur en scène sourd. Bien au contraire. Louis et Gérard sont à ce point complices que de Funès ne réclame aucun cachet et qu’il refuse même de voir son nom figurer au générique. D’aucuns, bien des années plus tard, verront en cela un caprice de star. C’est aller un peu loin, oubliant que l’amitié n’a pas de prix pour un Louis de Funès qui, en revanche, se fait payer grassement et d’avance pour le film qui l’attend en janvier. Cette Vendetta, où il doit partager la vedette avec Francis Blanche, ne lui dit rien qui vaille mais il faut bien vivre ! Il sait que c’est un film de série B et que ce n’est pas celui-là qui l’aidera à franchir un nouveau palier. Mais comment pourrait-il se douter que sa bonne étoile ne va pas tarder à se manifester ?

8.

Un roquet en képi

Dans les studios d’Épinay, Louis de Funès s’ennuie. Heureusement que Francis Blanche est là pour détendre l’atmosphère. Conscients l’un et l’autre de l’imbécillité de cette histoire de rivalité entre deux familles corses voulant prendre le pouvoir dans un petit village et tentant d’acheter des voix pour gagner les élections, ils attendent leur tour pour donner leurs répliques, sans la moindre conviction. Ils poussent même le vice, histoire de tuer le temps, jusqu’à se donner des… cours de comédie pour de rire. Ce qui ne manque pas de dérouter Jean Chérasse, dont c’est la première expérience face à des acteurs de cette trempe[201]. Si Francis Blanche serait plutôt du genre à faire tourner en bourrique le metteur en scène, Louis ne va pas jusque-là. Il se veut docile et gentil, même s’il impose plusieurs prises pour chaque scène où il laisse son tempérament volcanique prendre le dessus. Mais, ce matin-là, une équipe des Actualités Pathé a dépêché sur le tournage de La Vendetta la journaliste Claude Lacaque, en reportage pour son magazine Les Échos du cinéma. Louis se prête volontiers au jeu des questions et des réponses. Il parle brièvement de son personnage, de son régime alimentaire draconien — « Steak sans sauce, pas d’alcool, un bol de chocolat à six heures du soir  » — pour être en forme au théâtre, d’un projet pour avril ou mai avec Jean Gabin — « Je m’entends bien avec lui et je fais confiance à Michel Audiard qui m’a assuré que ce serait un film très drôle  » —, de sa volonté de rester dans le registre comique — « Il faut de l’humour, toujours de l’humour, de l’humour noir peut-être, mais je ne me vois pas jouer un personnage tragique  ». Enfin, il affirme qu’à l’avenir il ne tournera plus que « de bons films, je refuse tout ce qui est médiocre  ». Il prononce cette dernière phrase avec un rictus qui en dit long sur ce qu’il pense de sa présence devant les caméras de Jean Chérasse ! C’est sa manière à lui de dire adieu aux films… paresseux. Il s’efforcera à l’avenir de privilégier des entreprises plus musclées à l’image de La Belle Américaine qui vient de remporter un immense succès[202], au point que Robert Dhéry reçoit une avalanche de propositions pour en écrire une suite du style La Belle Américaine s’évade, James Bond et la Belle Américaine ou La Belle Américaine en Andalousie.

Louis veut donc miser sur la qualité, même s’il n’a pas encore atteint le sommet de l’affiche. Les producteurs comme Robert Dorfmann et Alain Poiré reconnaissent que ses délires font rire, le temps d’une scène, mais ils rechignent à lui confier le rôle principal. Il est vrai que ses premières tentatives avec Comme un cheveu sur la soupe, Ni vu, ni connu ou Taxi, roulotte et corrida plaident en sa défaveur. Et ce n’est certainement pas cette Vendetta qui renversera la vapeur. Mais ce pourrait être Oscar  ! En effet, l’idée de porter à l’écran la pièce de Claude Magnier fait gentiment son chemin sous l’impulsion de Jean-Jacques Vital, qui le fait savoir par voie de presse en précisant qu’il cherche « un metteur en scène ayant de l’humour  ». Quant à Louis de Funès, interrogé sur ce projet, il précise : « Je jouerai le jeu du vaudeville par la complexité des situations, les entrées et sorties bien réglées, les coups de théâtre et rebondissements divers et je gagnerai la bataille du cinéma par le rythme et l’exploitation d’un décor peu banal[203]. » Un projet en ce début d’année 1962, suivi de trois autres liés à L’Avare  ! On chuchote que Jean Chérasse lui aurait proposé d’adapter Molière et qu’il chercherait des producteurs, que le comédien et metteur en scène Daniel Sorano, rendu célèbre par son Cyrano de Bergerac donné à la télévision en 1960 sous la direction de Claude Barma, souhaiterait le voir endosser le costume d’Harpagon aux côtés de Rosy Varte dans le cadre du Festival d’Avignon[204], que la direction du théâtre de l’Atelier l’aurait invité à se produire à l’automne dans L’École du mensonge… Autant de projets qui sont restés lettre morte comme il en est des châteaux de cartes s’effondrant au premier éternuement.

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200

Gérard Oury, op. cit., p. 205.

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201

Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud puis de l’IDHEC, Jean Chérasse n’a réalisé jusque-là qu’un seul documentaire, Un charlatan crépusculaire, en 1958.

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202

Sortie le 29 septembre 1961, La Belle Américaine tient l’affiche à Paris pendant dix-sept semaines avant de poursuivre une carrière internationale.

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203

Louis de Funès cité par Robert Chazal in De Funès, Éditions PAC (1979), p. 53.

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204

Daniel Sorano, formé à l’école de Jean Vilar, est décédé le 17 mai 1962 à Amsterdam lors du tournage du film Le Scorpion de Serge Hanin. Sa brutale disparition à l’âge de 42 ans ne serait en rien liée à l’abandon de ce projet.

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