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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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En revanche, Louis de Funès se retrouve bel et bien face à Jean Gabin au mois d’avril dans les studios de Saint-Maurice. Il a eu raison de faire confiance à Michel Audiard, et pourtant ce film n’a pas été facile à monter. Rien ne se fait sans le contrôle de Jean Gabin qui a imposé cette condition au producteur Jacques Bar avec lequel il vient de signer pour cinq films sur trois ans[205]. Non seulement il veille à la qualité du scénario, mais encore, et surtout, il est extrêmement exigeant sur le choix de ses partenaires. Il ne tolère pas, en particulier, qu’ils puissent lui faire de l’ombre ! Côté scénario, il trouve à son goût l’histoire adaptée d’une nouvelle d’Albert Simonin, Le Pelousard. Une escroquerie mise en place par un ex-officier de cavalerie gagnant sa vie en dupant quelques pigeons séduits par son bagout afin de les faire parier sur un cheval qui n’a aucune chance de gagner une course. Tout irait pour le mieux si le tocard en question ne remportait, par miracle, la fameuse course. Le rôle du pigeon échoit tout naturellement à Louis de Funès, en restaurateur naïf, et Gabin n’y voit aucune objection, d’autant qu’il est peu présent à l’écran. En revanche, Gabin s’oppose à la présence d’une autre comédienne que Madeleine Robinson pour tenir le rôle de son ancienne maîtresse qu’il invite à partager un somptueux dîner alors qu’il n’a pas le sou. Il fait modifier de nombreuses répliques à Michel Audiard et il ne veut pas que le film porte le titre de la nouvelle de Simonin. Finalement, Gabin et les producteurs se mettent d’accord sur Le Gentleman d’Epsom. Tourner avec Gabin, c’est aussi accepter la présence de sa « garde rapprochée », Yvonne, sa maquilleuse, Paul, sa doublure lumière, et Micheline, son habilleuse également chargée de l’alimenter en cigarettes et allumettes.

Si Jean Gabin ne déroge jamais à ses habitudes, comme celle de ne guère parler à ses partenaires avant ou après les prises de vues, tout se passe calmement avec Louis. Coiffé de sa toque de cuisinier, de Funès met toute son énergie à donner la réplique à Gabin sous l’œil méticuleux de Gilles Grangier dans la salle de restaurant reconstituée dans le studio. Cependant, un matin, Gabin ne peut s’empêcher de rire. La prise est interrompue une fois, deux fois, trois fois… En plein milieu de la scène, Gabin pouffe et cela ne plaît qu’à moitié à de Funès. Il demande une pause, va dans son coin et appelle du regard le secrétaire d’un Gabin de plus en plus hilare. André Brunelin s’approche et constate : « il me semblait que de Funès appréciait mal l’attitude de son partenaire et j’avais compris qu’il le soupçonnait de se moquer de lui. Je l’en détrompais, évidemment. Mais alors, pourquoi rit-il quand je joue ? me demanda de Funès sur un ton fort contrarié. “Mais parce que vous êtes drôle, Louis !” lui répondis-je innocemment. Il me fusilla du regard, comme si je venais de l’insulter[206]. » De fait, tout en éprouvant de l’admiration pour Gabin, Louis se méfie. Il a accepté ce rôle de moindre importance par plaisir, mais refuse secrètement de lui « servir la soupe ». Pour de Funès, l’heure est passée de jouer les faire-valoir ; désormais vedette au théâtre, il désire être traité comme il se doit. D’autant qu’il a ouïe dire qu’en coulisses les producteurs lui font moyennement confiance. D’ailleurs, Gilles Grangier ne le lui cache pas. Pendant qu’ils travaillent au Gentleman, ils évoquent ensemble la possibilité d’une collaboration sur une idée de Jean Levitte. L’histoire d’un restaurateur passé pour mort qui, de retour dans son établissement, découvre un autre homme aux côtés de son épouse. La Cuisine au beurre pourrait bien réunir Fernandel et Louis. Du moins, c’est l’idée de Grangier. Créer un couple de comiques. Seulement, le producteur Robert Dorfmann ne veut pas entendre parler de « ce de Funès », préférant de très loin Bourvil, une valeur sûre à ses yeux.

Ce n’est certainement pas en prêtant son bref concours au film à sketches de Julien Duvivier que Louis va modifier son statut d’amuseur de premier plan jugé « inapte » à porter sur ses seules épaules le poids d’une production à succès. Dans Le Diable et les Dix Commandements, il se retrouve face à Jean-Claude Brialy dans le sixième épisode — Tu ne déroberas point — de ce long métrage à gros budget, en bedeau face à un caissier de banque particulièrement malhonnête. Si, une fois encore, Louis joue avec talent et sérieux sa partition, il est noyé dans la masse des grosses vedettes des années soixante que sont Alain Delon, Lino Ventura, Micheline Presle, Charles Aznavour, Françoise Arnoul, Fernandel ou Michel Simon. Pire encore, il n’est qu’un second rôle parmi d’autres à l’image de Jean Carmet, Maurice Biraud, Claude Piéplu, Madeleine Clervanne, Dominique Paturel ou Noël Roquevert. Bref, son heure de gloire cinématographique n’a pas encore sonné en ce printemps 1962 où il se rend aussi souvent que possible en famille au manoir de la Thibaudière à Allonnes où vit désormais la tante de Jeanne. La tante Marie, dont la santé s’est altérée depuis quelques années, a dû quitter le château de Clermont.

Louis apprécie cette petite commune proche de Saumur où il peut se promener en toute quiétude et parler haricots verts, pommes de terre ou poires avec les cultivateurs. On l’y accueille sans cérémonie. On sait qu’il « fait du cinéma  » et qu’on parle de lui dans les journaux, mais dans cette cité du Maine-et-Loire, Louis fait partie du paysage comme s’il avait toujours été un Allonnais. Un presque anonymat qui l’éloigne des pesanteurs de la vie parisienne. On ne devient pas une vedette de théâtre sans avoir à supporter quelques familiarités qui l’ennuient. On commence à l’inviter à des dîners en ville qu’il refuse régulièrement. Il a un prétexte tout trouvé : le soir, il joue Oscar au théâtre, le week-end aussi, et le lundi… il est à Allonnes ou dans sa maison de Saint-Clair-sur-Epte où il s’affaire à peaufiner son nouveau potager qui pâtit de ses absences. En un mot, Louis tient à sa tranquillité et à son intimité. Il se demande aussi s’il doit prolonger les représentations de cette pièce à l’automne comme le souhaite Max Rénier, le directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Louis de Funès peine à masquer sa fatigue. D’une part, Oscar l’épuise, et d’autre part, il redoute que Bertrand Barnier lui colle trop à la peau. Toutefois, quitter la scène sans avoir dans son viseur aucune autre perspective théâtrale n’arrange pas ses affaires, même s’il a déjà donné son accord pour deux films à tourner à l’été et en novembre, sans compter un probable long métrage en janvier si Alain Poiré parvient à convaincre Marcel Bluwal de l’engager. Si seulement une proposition pouvait arriver à point nommé…

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205

Dans le contrat de Jean Gabin, il est précisé qu’il touchera pour chacun des deux premiers films 500 000 francs et 600 000 francs pour chacun des trois suivants. Il est également prévu que le scénariste de base sera Michel Audiard pour tous les films et que ceux-ci seront réalisés en alternance par Gilles Grangier et Henri Verneuil.

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206

André Brunelin in Gabin, Éditions Robert Laffont (1987), p. 531.

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