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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Là, les circonstances jouaient en sa faveur.

A.W. Murdoch avait le grade de sergent. John Tyler était un officier à la retraite, donc un civil, et seule la courtoisie lui conférait encore le titre d’officier supérieur. Mais leur relation avait débuté d’un bon pied ; Murdoch lui donnait du « mon colonel » et, à partir de là, Tyler pouvait prendre la direction des opérations.

Assis à l’avant du Hummer, ils se livrèrent à quelques commentaires sur l’invasion en préambule à une discussion plus sérieuse.

Murdoch, originaire de San Diego, avait compté parmi ces jeunes paumés que la Californie si souvent engendrait, jusqu’à ce que ses errances le conduisissent à l’armée où il découvrit enfin un but à sa vie. Ce but était la maintenance des armes et l’instruction des recrues appelées à s’en servir, et constituait, semble-t-il, l’unique préoccupation du jeune sergent. Quand Contact transforma Quantico en base fantôme, Murdoch sombra dans le désespoir. Il ne cessait d’y revenir, tous les deux ou trois jours, comme un oiseau revient obstinément au nid saccagé.

Et puis il avait un jour vu la bannière de Tyler et avait de nouveau osé espérer en l’avenir.

Tyler, en réponse à ces confidences, retraça pour lui les récents événements de sa vie. Il lui était difficile de définir les fonctions qu’il avait exercées dans le civil, en raison des nombreux domaines concernés – le Congrès, l’armement, la finance. Sa tâche avait été de connaître les gens, en gardant ses distances ; de dire des choses, en restant évasif. En fait, cette vie-là s’enfonçait déjà dans une sorte de passé diffus, brumeux. Les intrigues, les conspirations complexes qui l’avaient à une époque tenu en haleine lui semblaient aujourd’hui aussi vaines que les parades amoureuses d’une espèce en voie de disparition.

Il ne traduisit pas aussi clairement ses sentiments à Murdoch. Il évoqua cependant le coup d’État que Contact avait fait avorter. Murdoch était fasciné ; il avait été conscient de l’état d’alerte qui couvait ce soir-là, en août, des mouvements clandestins des troupes.

— C’était exaltant, dit-il. On se serait cru en pleine guerre de Sécession. Prêts à tirer sur le fort Sumter. Je n’ai jamais eu une grande sympathie pour cette vieille taupe verbeuse de la Maison-Blanche.

Enhardi par cet aveu, le colonel lui fit part de son dernier entretien avec le Président – une version tout de même quelque peu édulcorée.

Murdoch l’écoutait, médusé.

— Vous le menaciez vraiment d’un revolver ?

— Oui.

— Vous auriez pu le tuer.

Tyler confirma de la tête.

— Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?

— Ça n’aurait servi à rien. Et je ne voyais pas l’utilité d’attirer l’attention. De toute façon, il était… trop malléable. Trop complaisant. Vous comprenez, Murdoch ?

— Tout à fait. Quand je vois les gens… des gens que je connaissais, même. Ils sont devenus si gentils. Trop gentils. Il y a quelque chose d’angoissant, dans leur attitude, mais on ne peut tout de même pas les haïr pour ça. Et encore moins les tuer. Ce serait comme de descendre un lapin shooté.

Tyler acquiesça.

Murdoch sortit deux boîtes de bière d’une glacière à l’arrière du véhicule. Il en offrit une à Tyler, qui l’ouvrit et écouta le bref sifflement du gaz emprisonné.

— Non, dit Murdoch, ce ne sont pas eux, les ennemis. Ces choses sur la route, par contre…

— Les Serveurs, dit Tyler.

— Exact. Eh bien, pour moi, l’ennemi à abattre, ce serait plutôt eux.

— Je suis de votre avis.

— Vous avez réfléchi à ce qu’on peut faire, pour remédier à ça ?

— C’est évident, dit Tyler. Mais pourquoi ne me donneriez-vous pas votre point de vue, d’abord ?

— Eh bien, voyez-vous… il y a tout ce matériel, cette technologie, à portée de main. Il n’y a qu’à se baisser pour se servir. Mais dans la majorité des cas, on ne peut rien faire seul – ni même à deux. Ce serait peut-être drôle de faire du rase-mottes au-dessus des arbres avec un A-10, par exemple, mais merde, je ne sais pas piloter. Et vous, mon colonel ?

— J’ai cent heures de vol sur un Piper Cub.

— Vous ne pourriez même pas décoller avec un A-10. Il faut donc qu’on se tourne vers des armes de terrain. Pas un char, ni un Howitzer autopropulsé : trop lourds. C’est vrai, après tout, on ne sait pas bien contre quoi on doit se battre. Alors, il nous faut quelque chose de maniable. Un Dragon, un AT-4. Et ça, on peut en avoir autant qu’on en veut. Le monde entier est devenu une armurerie, O.K. ? Avec opération portes ouvertes. Mais pour une première rencontre, mes deux mots clés sont puissance et mobilité. Tire et tire-toi.

— Le Hummer, résuma Tyler.

— Exact. Le Hummer, et plus spécifiquement ce TOW sur le toit. D’après moi, si on voit un Serveur sur la route, on peut le pulvériser et disparaître avant que la cavalerie arrive.

Tyler buvait sa bière à petites gorgées, affectant une profonde réflexion.

— Monsieur Murdoch, dit-il, nous ignorons le système défensif de ces… choses.

— À mon avis, la meilleure façon de le savoir est d’attaquer.

— Ce peut être dangereux.

Murdoch entendit comme un amusement dans la voix de Tyler, une sorte d’espièglerie mal réprimée. Il sourit.

— En effet, mon colonel. Mais c’est une si belle journée pour attaquer, vous ne croyez pas ?

— Pas d’emballement. Vous devez d’abord m’apprendre le maniement du TOW.

Tyler leva les yeux vers le ciel cyanosé.

— C’est aussi une belle journée pour faire quelques cartons sur un champ de tir.

Le visage de Murdoch s’allongea.

— J’avais espéré faire fonctionner le TOW moi-même au moment venu.

— Le grade a ses privilèges, monsieur Murdoch. J’imagine que nous aurons tous deux l’occasion de le faire.

— Bien, mon colonel.

La première semaine d’entraînement sur le champ de tir de Quantico leur permit de se connaître mieux. Murdoch enseigna à Tyler la manipulation du TOW et de quelques lance-fusées de moindre importance. Il se développa même entre eux une certaine amitié, l’étrangeté de la situation battant en brèche la rigidité de la hiérarchie. Il arrivait à Tyler de se confier, comme on le fait avec un ami. Mais il était des secrets qu’il ne pourrait jamais partager, qu’il n’avait jamais partagés avec quiconque. Comme l’histoire de sa folie, par exemple.

Folie. Un mot trop fort, mais Tyler savait qu’il ne s’agissait pas seulement d’une question de dépression, ou d’apitoiement sur soi-même ; mais d’une présence plus sombre et bien plus intense qui, de temps à autre, semblait s’emparer de lui.

Depuis la mort de Sissy.

Les souvenirs revenaient la nuit.

Faits clés durant sa douzième année : il avait obtenu des résultats tout à fait honorables à l’école et bien au-dessus de la moyenne lors d’un test d’intelligence fait sous l’autorité du conseil des professeurs, et s’était évanoui deux fois, la première en cours de gymnastique, la seconde en salle de classe. L’infirmière de l’établissement lui demanda de quoi, en général, se composaient ses repas, et la réponse de Tyler fut on ne pouvait plus dépouillée : « Des corn flakes. » Il aimait l’image du tigre sur la boîte. Et c’était lui qui, en général, s’occupait des courses… Il n’achetait jamais de légumes frais pour la bonne raison qu’il ignorait la marche à suivre ; on les mettait dans des sacs en plastique, on les pesait… Beaucoup trop compliqué. Et puis il craignait de dépasser les trois ou quatre dollars que Sissy lui donnait.

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